Journal – mai 2024

1er mai

Apprendre en me levant la mort de Paul Auster, de son cancer du poumon, à 77 ans. Lire sa nécrologie dans Le Monde. Elle était forcément prête. L’occasion de se rappeler que le premier roman qu’il a tenté de publier sous son nom a été refusé par 17 éditeurs. Elle sont nombreuses ces histoires de refus : ce qui arrive lorsqu’on propose quelque chose de différent. Son talent pour la narration, sa capacité à camper des personnages, ses histoires qui laissent une part au hasard. Cette maîtrise qui rend ses romans difficiles à lâcher lorsqu’on s’y plonge. Et cela ne tient pas à l’intrigue, mais bien à la façon dont c’est écrit. Retenir cette leçon là. L’homme avait traduit Mallarmé et Simenon. Et c’est peut-être là le secret : sa maîtrise d’une palette si étendue qu’il avait le choix de la couleur, la possibilité d’une couleur qui lui soit propre.

2 mai

L’amour est très surestimé : le livre de Brigitte Giraud a obtenu le Goncourt de la nouvelle en 2007. Il y est question d’amour. De ce que l’amour a comme possibilités de ratages. Comment ça se termine, comment parfois ça ne va pas plus loin que le premier pas. Du chagrin, du désespoir… Il est question de Marie Trintignant et de ce que c’est d’être veuve. L’écriture joue sur les pronoms, le rythme des paragraphes. C’est très maitrisé. Et l’on a les sillons qui mèneront au Goncourt, tout court pour Vivre vite, quinze ans après.

3 mai

J’ai interviewé Hervé Le Tellier en 2002. Il a écrit la préface de mon essai Les zeugmes au plat en 2011. Je lui ai serré la main hier soir. Je ne l’avais jamais rencontré. Hier, il venait parler de son dernier livre à la Maison de la poésie, à Paris, Le Nom sur le mur (Gallimard). A l’issue de son passage sur scène, il dédicaçait son ouvrage à qui voulait. On n’était pas si nombreux. J’étais le premier. L’occasion de lui offrir Parfois l’homme. Et, enfin, de se serrer la main. Depuis 2002 et 2011, il y a eu le Goncourt pour L’Anomalie. Les choses ont bien changé pour lui. Sa dédicace ? Un zeugme. Et l’on se quitte sur un « A bientôt ». J’espère mettre moins longtemps à le recroiser. Reste d’hier sa présentation du Nom sur le mur. Un livre sur la résistance, sur le fascisme, la vitesse à laquelle une dictature s’installe, la lâcheté et l’héroïsme des hommes. On aimerait que ce soit une leçon d’histoire. On sent le risque : et si c’était une vision de ce qui nous attend ? Dans quel camp seront nous ?

4 mai

Reçu hier au courrier le numéro 13 des Cahiers Georges Perec, sorti à l’occasion des 50 ans de La Disparition, en 2019. Très beau travail des éditions Les Venterniers. J’ai le n° 38 du tirage de tête. Le livre ouvre sur une très belle série de Je me souviens. Et ensuite une série d’articles érudits dont je vais doucement faire mon miel. Il y a dans cette histoire une folie, et des liens qui se tissent, des échos, des émotions. Je vais avancer doucement. C’est une jungle.

6 mai

L’année fut tellement dense et brutale que je jette régulièrement un œil douze mois en arrière. Avec qui j’étais et pour faire quoi. Je pourrais reprendre le journal de l’an passé, jour après jour. Ce qui avait alors le plus d’importance, ce qui, en tout cas, rétrospectivement, avait le plus d’importance, n’apparaît pas : celles et ceux avec qui j’étais heureux de travailler, les liens d’amitié auxquels je croyais, le projet que je défendais de toutes mes forces. J’ignorais comment tout s’écroulerait. J’ignorais l’incompréhension et la déception. Je ne savais pas ce qui dans quelques semaines allait me broyer ni jusqu’où ça irait. Et la tristesse que je porterai avec moi, lourde de tout ça. Mais cela pour regarder devant : dans quelques semaines, tout pourrait avoir encore basculé. Et pas moyen de savoir si ce sera pour le pire ou le meilleur.

7 mai

Hier soir, Jean Rolin, les papillons, le bagne, Nabokov. Écouter parler celui qui écrit. Il y avait une certaine affluence à la Maison de la poésie où j’aime aller m’asseoir. Ça parlait hier du travail d’écriture, un peu de technique, un peu du rapport au réel. C’était avec humour. Ça donnait envie de lire. Ça donnait envie de poursuivre. Peut-être ça les livres : donner envie de poursuivre encore un peu.

8 mai

Journée difficile hier. Tourner en rond. Et puis en début de soirée, des paragraphes qui s’alignent, écrits sans trouver d’emboîtement, pourtant, sans voir qu’ils pourraient exister mais les morceaux s’emboîtent, en 15 minutes, dans le métro : quelques copiés-collés d’un texte à l’autre, qui n’étaient pourtant pas écrits dans le même objectifs, et, à de menus ajustements près, ça fonctionne. La journée était dure. Mais ça valait ça. Et rien n’y parait, à la fin. C’est écrire.

9 mai

Au détour des chemins de randonnée, ils garent leur camping-car au plus près des points de vue et grêlent les paysages de leurs verrues motorisées. Lorsqu’on s’approche, on remarque la place qu’ils prennent avec les auvents, le mobilier de jardin, le linge qui sèche. Ils sont par grappe, souvent, certains dans des camionnette dont on aperçoit les astuces d’aménagement par les portes entrouvertes. Leur chien tourne autour du campement. On a parfois à peine la place de passer : ils empiètent sur le chemin, masquent la vue. Un peu plus loin le parking qui leur est réservé, et obligatoire, est plein de gens dont le rêve semble être de passer leurs jours fériés sur un parking, les uns sur les autres.

J’éprouve, en cette fin de journée, une forme assez nette d’aversion pour les camping-caristes.

11 mai

Avoir marché. Le long du sentier des douaniers. Sentier de la largeur de mes deux pieds côte à côte. Sur la droite, chute possible de la falaise. Au mitan du ciel, le soleil qui cogne. Descentes caillouteuses, montées rudes aux mollets. C’est la marche, pas à pas. Et l’on croise des gars qui courent là où l’on souffle. Ils sont assez à l’aise pour souhaiter le bonjour en souriant sans modérer leur allure. Chacun son rythme et sa façon de profiter. Une famille en sandales, un peu plus loin, ne profitera pas de sa soirée : pieds bien trop endoloris.

12 mai

Le projet de roman n’avance pas. En tout cas, pas vite. Ecris une phrase en trois jours. Mais si cette phrase change tout, puis-je dire que le roman n’avance pas ? Il a fait un seul pas, mais un pas de géant, en s’inscrivant autrement dans sa transtextualité (Transtextualité : selon Gérard Genette, la  » transcendance textuelle du texte « , ce qui met le texte en relation avec d’autres textes. Ouais, c’est parfois technique, écrire, et Genette, ça reste un bon moyen de faire de la technique). Tout ça donc pour dire qu’une seule phrase (peut-être que je la diviserai en deux), me permet de donner une autre allure à l’ensemble du texte. Et de me demander si ça ne devrait pas être l’unique ambition de chaque phrase.

13 mai

En 1964, Monique Wittig reçoit le prix Médicis pour L’opoponax (Editions de Minuit). « le premier livre moderne qui ait été fait sur l’enfance », écrit Marguerite Duras. Un flux épatant, passage d’une idée à l’autre sans paragraphe, usage du pronom « on » pour un indéfini général qui mélange encore garçons et filles. « Le garçon qui s’appelle xxxx » comme formule pour désigner les personnages : on est un enfant avant d’être garçon ou fille, un garçon (ou une fille) avant d’être un individu, et tout se joue dans l’écriture, la grammaire. Un travail sur la langue qui dit le monde, et le monde tel qu’il est vu dans l’enfance. Même avec un oeil technique, la lecture fonctionne et nous entraîne dans ce flux de narration qui dissout les personnages et les situations, sans rien hiérarchiser vraiment. C’est toujours épatant. Il était temps de lire Wittig.

14 mai

Nouvelle version de chatGPT. La 4o. Les premiers tests laissent apparaître de vrais progrés d’écriture (choix du vocabulaire, composition des phrases). Il va devenir difficile d’écrire sans dans le cadre professionnel : le rendu est bien meilleur que celui de nombreux salariés. De la plupart, devrais-je dire. On va donc devoir se concentrer sur d’autres choses que l’écriture. Le contenu ? Les premiers tests que j’ai fait révèlent en effet qu’il reste largement perfectible. Donc s’en méfier a priori. Est-ce que chatGPT écrit mieux que moi ? Je disais que non, jusque-là. Maintenant, je pense que je peux encore écrire mieux que l’IA. Je peux. Mais pas toujours. Pas dans mon niveau de texte courant. Je peux parce que j’ai des notions de rythme, parce que j’ai une intention particulière et que je sais mettre le style au service de cette intention. Mais sinon ? Et en utilisant des prompts un peu évolués avec 4o, est-ce qu’il ne peut pas devenir meilleur que moi, déjà ? Ce qui ferait ma valeur ajoutée, alors, ce serait ma capacité à obtenir de 4o exactement ce que je veux, et que cela soit plus rapide, ou de meilleure qualité, que si je le faisais moi-même.

15 mai

Comment déterminer ce qui est de la bonne poésie ? (Je sais les limites du mot bon, disons intéressante ou « méritant » publication d’un recueil). Discussion hier soir avec une éditrice parisienne : un tiers des envois qu’elle reçoit est écrit par des personnes qui ne lisent manifestement pas de poésie. Pas qu’il faille avoir tout lu, mais comment envisager que d’autres ne sont pas passés avant et qu’on s’inscrit dans une filiation. Il y a eu d’autres avant soi… c’était le point de vue défendu par Jérôme Leroy à la maison de la poésie. Certains écrivent comme un mécanicien qui entreprendrait de réinventer la roue chaque matin en arrivant au garage, et en revendiquerait la paternité vers midi.

16 mai

Lecture des Poèmes bleus de Georges Perros. Recueil court, et passionnant pour la place qu’il donne à la banalité. C’est Jérôme Leroy qui m’a donné envie d’aller y voir de plus près. Merci. Les vers libres de Ken Avo, décrivent d’abord le voyage à mobylette de Paris à la Bretagne pour retrouver l’amour. On se laisse embarquer. Plus loin des pièces aux structures plus rigides (le vers libre n’est pas une facilité lorsqu’on manie aussi bien l’octosyllabe) Grosse envie de me plonger vite dans le recueil suivant : Une vie ordinaire. Je me réjouis toujours d’avoir tant à découvrir encore. Il suffit de quelques pas dans une librairie ou une bibliothèque pour se rendre compte de tout ce qu’il reste et de tout ce qu’on ne lira pas. Je devrais lire plus de poésie.

Trois vers, pas forcément les plus représentatifs, mais tellement d’échos en 1962, avec ce que nous vivons aujourd’hui :

Les hommes meurent de plus en plus gaiement

Comme s’ils lançaient un à la vôtre

Aux malheureux qui restent.

17 mai

Parfois l’homme est sélectionné parmi les six livres susceptibles de recevoir la bourse découverte 2024 de la fondation Prince Pierre de Monaco. Le jury est composé de membres de l’Académie française, de membres de l’Académie Goncourt… Il est présidé par Caroline de Monaco, Princesse de Hanovre. Il y a quelque chose d’un peu irréel dans cette information, que je me représente par la présence incongrue de mon livre sur la table de chevet de la princesse. Une irréalité, oui. A n’en plus savoir de quel côté de la page est la fiction.

18 mai

Concert hier soir à l’Opera de Rouen. Places prises il y a une éternité. Et découverte d’Augusta Holmès avec La Nuit et l’Amour et du Concerto pour violoncelle n°1 de Camille Saint-Saëns (il n’y avait pas que ça, mais gardons ce qui marque). Holmès, jamais entendu parler. La pièce jouée est belle. Grande compositrice, à une époque où il y avait encore moins de place pour les femmes. Grande envie d’écouter ce qu’elle avait d’autre. Saint-Saëns, à Rouen, on connaît de nom. Ce concerto est une démonstration de virtuosité incroyable pour le violoncelliste. C’était Edgar Moreau hier, comme habité. Il nous a offert la sarabande de la troisième suite pour violoncelle de Bach en bonus. À la baguette, c’était Hervé Niquet, face à l’orchestre de l’opéra de Rouen. J’y allais à reculons, pour des raisons qui n’ont rien à voir avec la musique, mais parce que sortir à Rouen m’est difficile. J’en suis reparti enchanté.

19 mai

Je ne publie pas. Depuis 11 mois, en parallèle de ce journal lisible, un autre, qui dit l’indicible pour en garder la trace. C’est là-bas que ça s’écrit aujourd’hui. C’est mieux comme ça. Ça va.

20 mai

Bien sûr je ne dis pas tout et ce qui est lisible n’est que la surface des choses. J’ai une existence de mots lisible sur les écrans depuis plus de 20 ans. Une pellicule de mots qui a tout ce temps constitué un halo, un reflet, une image déformée. Elle est devenue de plus en plus sincère. Mais elle ne peut pas l’être tout à fait. Il faudrait de l’attention à la lecture : rien dans le Carnet ne prétend au vrai. Tout dans le Journal y aspire. Grosso modo. Disons que le « je » du journal est une version lisible de moi. Le « je » du Carnet est souvent quelqu’un d’autre : exercice de littérature. Pas sûr que s’y repère qui que ce soit. L’important : pour moi la distinction est claire. Créativité d’un côté, autobiographie partielle de l’autre.

21 mai

« Quand on capture un si nombreux lectorat avec un premier roman, on ne déstabilise pas dès le deuxième. On attend au moins dix bouquins pour changer de ton. » Cette citation de Daniel Pennac, tirée de Terminus Malaussène, m’est envoyée par une amie. Et voilà. Pennac a parlé. Les débuts poussifs sur lesquels j’ai successivement travaillé peuvent être refermés. On ne change pas de ton, pas cette fois. Ok. Je crois que je n’ai juste pas voulu le comprendre. Je me reprends. Et ça ne va pas me faire de mal. J’écris jusqu’à fin août sans me poser plus de questions. C’est mon plan.

22 mai

Si ils ne respectent ni les règles morales, ni les règles légales, à quoi s’attendent-ils ? A ce qu’on respecte le silence ? A ce qu’on s’écrase sans rien dire ? Se pensent-ils si forts, si puissants, si protégés qu’on n’oserait rien leur dire jamais ? Oui, il y a un prix à payer. Et il est cher. Ils comptent là-dessus pour qu’on se taise ? Mais ils se trompent. Il n’y aura pas de silence. Jamais. Et je rapellerai jusqu’à mes dernières forces ce qu’ils ont fait, et comment. A défaut de jamais comprendre totalement pourquoi. Et ils se parent de leur superbe, défendant la femme battue et l’orphelin, quand eux-même refusent de se remettre en question. La honte espagnole, c’est ainsi, ai-je appris hier, que les Ukrainiens appellent une honte par procuration : avoir honte pour le comportement de quelqu’un d’autre. L’autre se conduit mal, et on a honte, non pas pour lui, mais à sa place, on ressent la honte qu’on éprouverait si on se comportait comme la personne. Cette honte espagnole, je l’ai ressentie pour plus d’un dans cette histoire. Et la seule façon de ne pas la ressentir est de ne pas me conduire comme eux, jamais. Et de ne jamais accepter leur conduite.

23 mai

Première réponse positive pour une résidence d’écrivain : accueilli un mois pour écrire. Cela fait partie de l’écosystème qui permet aux auteurs de se consacrer à l’écriture : pendant un mois, à l’écart du monde, dans un lieu pensé pour cela. Mais l’échelle du temps n’est pas simple ce mois sera novembre 2025. C’est un peu loin lorsqu’il faut, dans la candidature dire sur quel projet on travaillera alors. En l’occurrence, c’est peut-être une bonne nouvelle ; je sais le projet, il est relativement avancé. Je voulais le laisser reposer. Voilà qui lui laisse du temps.

24 mai

D’abord les mots. Organiser sa vie pour que tout se mette au service de l’écriture. C’est inverser le choix fait avant : organiser pour que l’écriture soit au service du reste. Qui sert qui ? Et si c’était ce changement le seul possible, le seul envisageable ? Écrire. Le reste suivra.

25 mai

Rencontre. Hier soir à Buchy, des lectrices remplissent la petite libraire. Présentation du livre, lecture, dialogue. Ces moments sont précieux. Chacune repart avec son exemplaire dédicacé. Parfois, l’homme ne vient pas aux rencontres. Il ne lit pas, en tout cas il lit moins. Est-ce que j’aime ça, ces rencontres, ce temps d’échange ? Oui, on parle d’écriture et de lecture. On parle de la vie. De lacets défaits, de naissance et de ce que c’est que vivre l’aventure du quotidien. Et je découvre chaque fois comment chaque lecture réécrit le livre. Quand elles parlent du livre, de ce qui les a touchées, c’est d’elles qu’elles parlent.

26 mai

Je rentre doucement dans le mois anniversaire de la dépression. Il y a un an, ça me semblait aller. Des moments de joie, des moments de bonheur, peut-être même quelques unes des plus belles journées possibles, un soutien fort qui m’aidait face aux désagréments. Ça n’allait pas durer : un mois plus tard, ce sera le fond du trou. Je vis chaque jour comme un anniversaire, et il me faudra ensuite encore un an pour revivre chaque jour. C’est l’échéancier de la douleur. Il y aura des dates clefs qui seront difficiles à passer. On s’en approche. Tout ça n’est pas derrière moi, mais devant.

27 mai

C’est une planche assez quelconque sur laquelle j’ai écrit un poème à l’âge de 16 ans. Il y a pile 40 ans. Un poème nostalgique : l’histoire d’un couple d’adolescents amoureux que la vie sépare et qui garderont pour toujours ce souvenir. Ils n’ont pas su vivre leur histoire, en ont vécu une autre pitoyable et décevante. Cette mise en perspective, il y a 40 ans… mais surtout une forme si proche de celle des poèmes naïfs que j’écris depuis presque un an. Discussion vendredi au sujet de cette naïveté : ce n’est pas si simple que ça ait l’air simple, disions-nous. À relire le texte d’il y a 40 ans, je me dis qu’il y a eu du chemin parcouru, sur des points de détail qui, me semble-t-il, changent les choses, et une permanence assez étonnante malgré les années. Je devrais plutôt dire un retour aux sources. Avoir 16 ans, pour toujours ?

29 mai

Sabine Huynh présentait hier son recueil : Prendre la mer – 60 sonnets pour les Boat People (éditions Bruno Doucey). Édition bilingue oblige, sa traductrice, Amy Hollowell, lisait les versions en anglais. L’occasion de découvrir une forme : le sonnet caudé, 14 vers plus une « queue » de un à trois vers. L’occasion de découvrir l’indicible de la fuite des boat people du Vietnam. Dans le cadre d’une recherche post-doctorale en socio-linguistique, Sabine Huynh a recueilli les récits des Vietnamiens émigrés à Toronto. Si son travail portait sur la forme de la langue parlée dans leur communauté, le fond ne pouvait que la toucher : née à Saigon, émigrée en France, elle a vécu le silence de ses parents sur leur propre histoire. Ce qu’elle raconte donc dans ces poèmes : les traversées, les bateaux bondés, ce que c’est que quitter le pays, les conditions effroyables. La poésie pour dire l’indicible. En français et en anglais, pour les Vietnamiens de Toronto. C’était encore à la Maison de la poésie, à Paris.

30 mai

Que lis-tu en ce moment ? Répondre la vérité : j’essaye de ne pas lire. Evidemment, je lis un peu, mais il faudrait que je lise le moins possible. Je suis une éponge. Dans les heures qui suivent la lecture, risque réel de contagion : le style de l’autre, son vocabulaire, le rythme de ses phrases… Tout cela va influencer ce que j’écris. L’affaire est assez commune. Alors, lire ce qui tient dans le rythme que je cherche, lire ce que je voudrais contagieux ? C’est une option que j’aime assez. Assumer cette influence. C’était Vialatte pour Parfois l’homme. Lire autre chose, quelque chose de si différent que l’influence ne pourra avoir lieu. La poésie fonctionne. Les classiques, peut-être. Ou ne pas lire, rien. Rester avec sa propre musique. Comme je lis un peu, je prends le risque de légères contagions. Elles seront peut-être insensibles, ou enrichissante. Qui pourrait dire : « tiens, juste avant ce paragraphe, l’auteur lisait Duras, c’est sûr » ? Mais éviter Duras. Trop contagieuse.

31 mai

Vingt romans retenus pour le prix Cheval blanc. Le Cheval blanc, c’est un bar. Un troquet. C’est un mot affectueux, troquet, un bar-brasserie. dit-on sérieusement. C’est dans le Nord, à Lille, et Parfois l’homme fait partie de la première sélection du « plus déjanté des très sérieux prix littéraires ». J’aime beaucoup ce qui se dégage des compte-rendus des années précédentes : fanfare, verre de bière gravé au nom du lauréat, et puis, du sérieux derrière : résidence d’écriture, rencontres. Festif, déjanté mais professionnel : voilà qui aurait tout pour me combler. Faire partie des vingt, déjà, c’est un bel honneur. Le jury est présidé par Sanseverino. Rendez-vous en novembre.

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