224 – Larmoyant

Il ne faudrait plus me dit-on

De poèmes larmoyants

Les poèmes pourtant font ce qu’ils peuvent

Avec la part meurtrie

Broyée

De ce qui reste en vie

Il ne faudrait plus me dit-on

De textes complaisants

Comme si j’avais le choix

Ce sont des poèmes naïfs

Rien d’autre

Il suivent le bord arraché des blessures

Les crevasses creusées par le sang

L’assèchement continu des glandes lacrymales

Le tremblement des nuits

Puisqu’il n’est pas de jour sans souffrance

Vivre avec

Et si n’en sortent plus que quelques poèmes

C’est un moindre mal

Tu oses parler de poésie ?

Me dit-on encore

Quoi d’autre que des mots simples

Sans rimes sans rythme régulier

Dont la seule rigueur est de n’en pas avoir

Ce qui déjà en est une

Au point que parfois s’imposent des contraintes pour qu’il ne soit pas dit que l’absence de contrainte en serait une comme les autres

Il faudrait arrêter ?

Mais demandez donc à la douleur de disparaître

Quand le bourreau a choisi de ne jamais réparer le mal qu’il a fait

Alors il y aura encore

Tant que l’émotion sera là

Des poèmes larmoyants

Et naïfs

Puisqu’il est des choses dont on sait qu’on ne se relève pas

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