6. Velléités

Il n’y a pas d’habitude d’écriture, ni lieu, ni heure. Des velléités d’ordre, mais rien qui tienne plus que quelques jours. Les tâches s’imposent comme elles se présentent et leur hiérarchie dépend d’urgences qui me dépassent souvent. Ou je repousse tout à plus tard, sans trop savoir comment les choses se feront. Elles se feront. Elles se sont toujours faites. L’essentiel est un ordinateur sur lequel tout est possible, et c’est parfois écrire. Pas assez souvent. Il me manque cette discipline des auteurs qui font œuvre. J’aurais aimé avoir écrit plus que j’aime écrire. L’écriture n’est pas souffrance, non, c’est effort, c’est temps, c’est passer du temps. Et le temps passe autrement bien plus agréablement : manger, boire, regarder un film. Et qu’importe le film, c’est toujours plus facile qu’autre chose. Pourquoi s’imposer ce qui demande un peu plus d’effort. Et encore, j’ai l’écriture fluide. Je peux vingt ou trente minutes écrire sans qu’il y ait beaucoup à corriger. Corriger, ça, ce serait un supplice. La relecture qui biffe, rature, retourne, déplace, remplace m’est étrangère. Tout au plus une répétition à dynamiter, une coquille à effacer. Lorsque le texte devient long, l’ampleur du travail de reprise de l’ensemble me tétanise, je le sais perfectible, mais m’attaquer aux détails, à quoi bon ? Il y a eu les touches du clavier, les lettres à l’écran. Et je regarde régulièrement combien de mots j’ai tapés. J’écris au kilo. Je suis l’homme de l’écriture brute, du premier jet, et de la quantité suffisante. Cela ira bien pour cette fois. Je me satisfais facilement de ce que j’ai produit. J’ai bien, pourtant, un carnet de moleskine qui me suit partout, dedans quelques notes pour un livre à venir. Deux ans au moins qu’il est là, et juste une quinzaine de pages remplies. Cela n’avance pas très vite. Mais c’est peut-être la chose la plus importante. Je m’en sers peu. Le prochain livre est peut-être dans ces griffonnages, dans ces paragraphes manuscrits, serrés, ces maigres réflexions. Je veux parfois y croire. Quand la croyance s’intensifie le carnet monte jusqu’à mon chevet et passe la nuit-là, sans que je l’ouvre plus que s’il était ailleurs.

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