21 juin – Aloïse

La camionnette klaxonnait une fois par semaine devant la maison et c’était magique, ce magasin qui apparaissait et bloquait la rue, le temps qu’on achète ce qui manquait, entre deux marchés à la ville. Quelques yaourts, un paquet de biscottes, des cubes de bouillon de poule et peut-être une barquette de salade piémontaise ou de macédoine de légumes… On ne ratait ça pour rien au monde. Il ne se passerait rien d’autre de la journée. Nous traversions le jardin en courant jusqu’à la rue, tentions ne négocier une sucette, un paquet de biscuits. Et puis, un jour, les supermarchés ont poussé en limite des villages, avec leurs parkings bétonnés. La camionnette a cessé de klaxonner. Finis les piémontaises œuf dur et cornichons, finies les carottes râpées et les sucettes au caramel. Peut-être que l’épicier qui faisait la tournée a trouvé une place et a passé ses journées dos cassé à remplir les rayons de barquettes de nourriture industrielle. Et aujourd’hui, sa petite-fille, à la caisse, immobile, regarde à peine les clients qui craquent pour la boîte de gâteaux en forme de camionnette qui lui noue la gorge à chaque passage sur son tapis roulant.

1 commentaire

  1. J’ai eu l’occasion de conduire un tub Citroën lors d’un stage agricole. Il s’agissait de livrer les poulets aux acheteurs. Évidemment pas direction assistée : le maniement du volant était sportif. Peu de visibilité dans des rétroviseurs ridicules : gare aux marches arrières. Surtout je me suis toujours demandé quelle sorte de suspension est accrochée aux roues. Au moindre mouvement de terrain sur la chaussée, j’étais envoyé en l’air, perdant les pédales et m’accrochant au volant pour être sûr de bien retomber sur le siège rudimentaire. L’épicier d’Aloise devait effectivement avoir un dos en compote en fin de carrière.

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