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397 – logorrhée

Le flux ne s’arrête pas. Jamais. Il parle. Il ressasse sans cesse les mêmes épisodes. Autant de cicatrices qui se rouvrent de loin en loin. Autant de douleurs. Alors il dit encore les conditions de l’accident. Les enchaînements de circonstances, ce qu’il a analysé mille fois, ce qu’il a compris, ce qu’il ne comprendra jamais, ce qui aurait dû se dérouler autrement. Il passe en revue l’évolution de ses émotions, la trajectoire de ses sentiments. Cela dure des heures, en pleine journée, au milieu de la nuit. Il subit le silence et l’obscurité : rien d’autre que les phrases qui défilent, encore et encore. Le film en boucle. Ralenti. Arrêt sur image. Gros plan. Il enchaîne avec des morceaux choisis, la liste des mensonges, des revirements, ce qu’il finit par considérer comme des trahisons. Et il tient le compte des moments de grâce, de tout ce qu’il a aimé et qu’il a perdu. Le manque lui brûle la peau. La nostalgie lui arrache les yeux qu’il a secs depuis longtemps. Il a réfléchi souvent aux conséquences : c’est insupportable et ça ne s’arrête pas. Il sait précisément ce que ces mots-là disent. Il laisse la logorrhée les couvrir. Tant qu’il y a des phrases, il peut encore espérer un peu. Tant qu’il y a des mots, il sait la possibilité d’une reconstruction. Seul le silence aurait raison de lui.

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