Correspondance sans correspondante. Lettres en poste restante. Missive to miss. Je ne sais pas si c’est une nouvelle série. Mais je t’écris. Peut-être que tu te reconnaîtras, si tu existes ailleurs que dans ces lettres.
Tu,
Il faudrait croire la légende : il suffirait de laisser le temps au temps et aucune blessure ne résisterait. Légende. Légende. Légende.
Chaque jour me démontre que les sentiments ne disparaissent pas. Oh, c’est un formidable moyen d’être sûr de ce que l’on ressent : attendre et que ça ne change rien au désespoir ni à la vigueur des images toujours présentes.
J’oublie des détails peut-être. Mais pas ce que j’éprouve et que j’emporte toujours avec moi. Rien n’y fait.
Et toi, qu’oublies-tu ? Je ne t’ai jamais demandé. Je n’aurais pas su quoi faire de ta réponse. Ce que tu ressentais. J’ignore ce que tu ressentais. Je ne sais pas lire les visages. Je ne comprends rien à la position des corps.
Qu’as-tu déjà oublié ? Qu’aimerais-tu avoir oublié ? Questions réthoriques, mots mâchés dans le sable.
J’emporte mes sentiments comme un trésor que tu m’as aidé à découvrir. Un trésor enfermé dans une boîte et qui n’en sortira jamais.. Une preuve toujours accessible du bonheur.
Et toi ? Une malle au trésor ? Un balluchon ? Tes poings serrés dans tes poches trouées ? Qu’as-tu gardé ? Rien ?
Ça me serait douloureux. Je voudrais qu’il te reste un éclat de lune, un éclair de fleur des champs, un scintillement, le reflet d’une émotion.
Que tout cela n’ai pas été vain.
S.