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Chaque mois, cinq idées pour améliorer votre créativité éditoriale

Journal – juillet 2026

1er juillet

Je lis Les Géorgiques deux pages par deux pages. Je m’arrête parfois au milieu d’une phrase et reprend au milieu d’une autre. Ca n’aurait pas de sens ? En fait, si. C’est comme un carburant pour reprendre l’écriture du texte en cours, qui s’écrit un peu comme je lis, morceau par morceau, qu’il s’agira de coudre ensemble ensuite, pour donner un livre. Un patchwork qui fera couverture. Sous perfusion de Claude Simon, ce n’est pas le pire des ingrédients possibles. Mais je n’écris pas du Claude Simon. Ceci n’aurait aucun intérêt (et faudrait en être capable du tiers que déjà ce serait ambitieux…) Pour Parfois l’homme, je lisais Vialatte de cette façon. Une histoire de rythme. Ecrire dans la roue de… Bénéficier d’une aspiration plus que d’une inspiration.

2 juillet

J’écris lentement. Je n’ai jamais écris aussi lentement qu’aujourd’hui. Je pèse chaque phrase, chaque mot, au fil de l’écriture. Je pense la construction. J’améliore la documentation. C’est la première fois aussi que ce que me rapporte l’écriture me permet d’aborder l’écriture aussi sereinement. Une bourse, une avance plus confortable : je ne vole pas ce temps à d’autres activités. Peut-être aussi la légitimité qui grandit. Peut-être l’ambition de ce projet. Peut-être un peu de tout cela. J’écris lentement et je m’en trouve bien.

3 juillet

Par le motif du marais, la Seine me rattrape, et ses méandres. parce que je veux bien me faire rattraper (j’aurai pu tenter d’écrire un roman d’escalade en montagne). Ceci dit, je n’avais pas mis les pieds dans ce marais avant aujourd’hui. J’en ai fait le tour ce matin et j’ai mesuré son potentiel romanesque. Ce pourra être là, la catastrophe. Car catastrophe il y aura. La Seine me tend les bras et le motif de la digue qui cède, aussi. Il y a mille façons de suivre le cours du fleuve.

5 juillet

Il y a collision dans les projets. Des retours sur le manuscrit de janvier interrompent le travail sur le manuscrit suivant. Et les trois prochains jours pris pas une formation à l’écriture que je donne à Roubaix. Après, ce sera la pause estivale. Rien qu’écrire jusqu’à mi-septembre environ, avec quelques formations passionnantes déjà programmées. Ouf. Possibilité de hiérarchiser les chantiers. Ensuite, très vite, ce sera la préparation de la sortie du roman de janvier. Ça sera intéressant. Au milieu de tout ça, lire un peu. Quand même.

7 juillet

Roubaix. Trois jours de formation. Stimuler sa plume. Aider, pousse, tirer : offrir quelques pistes et moyens pour que l’écriture soit un brin plus créative. Donner des clefs. Proposer des outils. Je puise dans les ateliers d’écriture des méthodes susceptibles de. J’aime ça. Pendant ce temps, pas d’énergie pour mes propres travaux. Il ne faut pas que ces formations prennent trop de place.

8 juillet

Le prochain jour de travail au planning est le 14 septembre. Un peu plus de deux mois à consacrer à l’écriture devant moi. Pas une mauvaise chose (même perçu une bourse pour ça), au contraire. Juste une organisation minoritaire dans une société qui hiérarchise peut-être les activités autrement. En profiter : à partir de mi-septembre, il y a déjà de beaux rendez-vous au programme !

9 juillet

Au fond d’une tasse, des traces de café collées, pas tout à fait sèches, laissent au bout du doigt une sensation d’humidité sirupeuse. On peut en boire un deuxième sans rincer. C’est jouable et sans conséquence. Souvent, c’est la solution qu’on choisit quand on est seul et qu’une nouvelle envie de caféine prend peu de temps après la première. D’ailleurs, on a parfois encore l’amertume en bouche.

10 juillet

On apprend à vivre sans. Il manque quelque chose d’important, quelque chose qui devrait être là et qui n’y est pas. Quelque chose qui fait contrepoids au bonheur. Une ombre qu’on porte toujours avec soi. Un manque. Une absence. Il y a une absence. Littéralement. Il faudrait s’y habituer. Jours après jour, semaine après semaine, mois après mois, année après année. C’est un deuil, donc. À ceci près qu’il reste la possibilité de renouer. La potentialité d’un message, d’un hasard. Chaque instant décider de ne pas y remédier. Il y a l’idée que le temps fera son œuvre. On n’y croit pas. On ne croit ni à l’oubli ni même à l’habitude. On sait l’inéluctable. Telle est la situation. Faire avec. Faire sans. Ne pas se résigner à trouver les choses normales. Traîner avec soi son poids d’invisible.

11 juillet

Écrire en sachant qu’on écrit pour plus ou moins nombreux. L’idée : l’important, ce serait le texte. Ni l’auteur, ni le lecteur. Le texte, sa tenue, sa cohérence, son originalité. Un ton, un voix, une facture qui seraient propres à l’auteur. Mais le lecteur ? Dernière roue du carrosse auquel on reprochera toutefois d’être de moins en moins au rendez-vous, de manquer d’exigence, de se satisfaire du populaire. L’écriture comme nécessité intérieure qui devrait par magie rencontrer une absence de nécessité. Tu parles, peu de chances que ça fonctionne ce truc.

Le personnage, dans le roman, est le moyen de pousser la folie plus loin que la vie ne l’autorise. Rien à écrire ou étudier de neuf sur les liens entre folie et écriture. Terrain défriché par les plus grands. Et puis, la folie, c’est du domaine de la science. Psychiatrie, neurosciences : tout ça explique comme ça peut mais reste extérieur au processus. La folie ne se connaît que de l’intérieur. Ce n’est plus le mot qu’on emploie. Mais de l’intérieur seulement la perte de contrôle, l’illusion, l’irrationalité, le désespoir. La douleur. L’amour même. L’expérience humaine jusqu’aux limites du danger mortel. On ne sait la douleur que pour l’avoir ressentie. L’avoir traversée. En être revenu. Et avoir gagné, pour écrire, la possibilité de retourner à l’envie dans ces territoires de désolations. Avoir gardé tatouée au revers des paupières la cartographie des trajectoires de feu, de glace, le lieu des morsures et les coordonnées des laminoirs. Et toujours sous le crâne le vent qui hurle les noms des bourreaux.

12 juillet

Je m’occupe d’un méandre. Pas pour refermer une parenthèse. Ce serait mentir. Je m’occupe d’un méandre pour que cet espace continue d’exister. J’imagine publier en 2028 un roman sur un méandre de la Seine. Une façon de célébrer ce qui aurait pu l’être. À ma manière. Une forme de fidélité. Cela s’écrit un peu malgré moi, contre moi, comme mu par une force propre. Il y a donc toutes les raisons d’aller au bout. Ce sera le quatrième roman publié ou, au pire, le troisième non publié. Mais l’écriture est plus importante que la publication. Il y a ce méandre qui va mourrir. Et c’est important pour moi.

13 juillet

Un peu plus de trois ans après avoir lâché la barre sous les coups, je relève la tête. Le monde brûle, littéralement. De la prédation, de la bêtise, de l’incompétence. Je relève la tête, et ils n’en finissent pas de dévaster les paysages et d’avancer, stupides, en bombant le torse. Il se félicitent de leur médiocrité. Coalition de cloportes dont la violence est l’ultime mode d’action.

Je travaille ces jours-ci sur le passage de l’oralité à l’écriture. Le passage technique, historique, philosophique. Ce que ça a changé de passer de l’un à l’autre. Les récits de l’oralité conçus pour être mémorisables. Les récits écrits ouvrant la possibilité de nouvelles formes de réflexion. Homère, Platon, Saint-Augustin. Je solidifie mes bases. Comme ça a résisté à l’écriture, aux hiéroglyphes, à l’alphabet. On gagne à remonter 2500 ans en arrière. On gagne des interrogations, et des éléments de réponse (et c’est grâce à l’écriture).

14 juillet

Le concept ambivalent de pharmakon. Quelque chose qui n’est ni bon ni mauvais mais qui le devient selon la façon dont on l’emploie. Voilà. C’est chez Platon, et c’est chez Derrida. C’est le choix de la subtilité, de l’analyse. Pas de la tempérance. Il ne s’agit pas de ne pas choisir, au contraire. La technique n’est pas discutable en tant que telle, mais en fonction de son contexte : là, c’est ok. Ici, non. Avantages et inconvénients selon le contexte.

Plein de choses à analyser ainsi.

15 juillet

Avancer mot à mot dans le marais.

16 juillet

Réussir à séparer mon travail de la logique économique capitaliste dans une société qui n’est pas organisée pour cela. C’est-à-dire sans accepter de relations de dépendance que je n’aurais pas choisies et m’autoriser toujours à les remettre en discussion. Tout cela a des limites que je connais bien. C’est être prêt à ce que tout finisse une cannette à la main, sur un coin de trottoir ; mais la rue plutôt que la compromission. La marge plutôt que le déshonneur. Dans fable du loup et du chien, n’accepter plus que le rôle du loup.

J’ai tenté le collier : quoi qu’ils disent, ils finissent par tirer sur la laisse. Et si ça ne suffit pas, ils t’accusent d’avoir la rage.

17 juillet

Pouce à ressaut : incapacité à plier mon pouce droit sans forcer, douleur à la base du pouce. Ce n’est intéressant que d’un point de vue : c’est le pouce avec lequel j’écris sur l’écran du téléphone. Sa mobilité mise à mal, il me devient douloureux de tenir ce journal. Un des éléments de la thérapeutique consiste à cesser les mouvements répétitifs qui seraient potentiellement à la cause du mal. J’ai, depuis l’apparition du pouce à ressaut des difficultés à écrire à la main (tenir le stylo). Il n’y a guère que le clavier de l’ordinateur qui ne pose pas de problème. Le pouce y appuie sur la barre d’espace, pas de mobilité fine à mettre en jeu.

Ce qui se passe quand il devient impossible d’écrire ? On pense à Nietzsche, on pense à Borges. La vue de l’un, les doigts de l’autre. Écrire tient à si peu de choses. Et ce sera un beau jour impossible.

Cette fois, il semble que les anti-inflammatoires fassent de l’effet.

18 juillet

Je savais (et je le dis en formation) que l’on avait souvent tout à gagner à supprimer les premières phrases d’un texte (voire le premier paragraphe ou le premier chapitre). Ce début, l’auteur l’écrit pour prendre appui. C’est une échelle posée sur le mur à construire (travail d’équilibriste). On l’enlève à la fin. Je me découvre un autre défaut : les derniers mots, la dernière phrase… à la poubelle aussi. Souvent. Je redis ce qui écrit plus haut, je conclus, je moralise. À la benne… Et c’est souvent bien mieux.

19 juillet

Traversée de la forêt de Fontainebleau : forêt noircie de part et d’autre de l’autoroute. C’est une plaie de charbon et de cendres. Une boursoufflure de fin du monde. On passe au milieu du désastre. Tourisme de l’effondrement. Ne manque que la voix blasée du guide : « sur votre droite, l’herbe a brûlé jusqu’au bord du bitume, et regardez maintenant sur votre gauche, la jolie couleur des quelques feuilles restées aux arbres : ici les soldats du feu ont tout mis en œuvre pour que les flammes n’atteignent pas la chaussée ». Et l’on applaudirait. Quoi faire d’autre ?

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