Il y avait le mot fiabilité, qu’on tentait d’habiter. Celui sur qui l’on peut compter, et moi aussi j’y comptais. Il y avait le respect de la parole donnée, et l’importance morale de la réciprocité. Il y avait reconnaître ses erreurs, parfois, comme tout un chacun. Il y avait de la confiance. Et toujours le besoin qu’elle soit réciproque. Sans ça, quoi ?
Il y avait tous ces mots. Ce n’était pas du vent. C’était à quoi s’accrocher. En quoi se reconnaître. C’était comme on s’était constitué une identité.
Et la planche pourrie. Il y a eu ces mots que je n’ai pas pris assez au sérieux : la planche pourrie. Il aurait fallu entendre. Comme entendre avant : je ne comprends pas ce que tu vas faire dans cette galère, d’un qu’on a toujours considéré de bon conseil.
Il y avait le mot confiance, une fois donnée difficile à reprendre. Le mot fidélité. Même le mot sacrifice s’il avait fallu. Il a fallu du temps pour entendre le mot malhonnêteté, le vu mot bêtise, le mot amateurisme. Il a fallu avoir tellement encaissé qu’il était trop tard.
Avoir déterré tous ces mots un par un. Les avoir découverts lépreux, contredits. Contrefaits.
Il y a eu le mot humiliation. Au pluriel. Multiplié. Jusqu’à la noyade.
Il y a eu les phrases impossibles à oublier. Les phrases qui n’ont pas été retenues. Les phrases qu’on aurait dû retenir.
Il y a eu des lézardes et des quais affaissés. Des naufrages. Ah, ça n’aura pas été une partie de plaisir, et c’est toujours là. Le fantôme de la fiabilité, le brouillard de la confiance, les planches qui n’en finissent pas de pourrir.
