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408 – Ne s’oublie pas

On ne sait d’elle que l’ombre qui se faufile le long de la paroi, et sa disparition à peine perceptible dans l’ombre. Une anfractuosité, un relief, une plaque de carrelage qui manque : il n’en faut pas plus pour qu’elle échappe à l’attention. Elle n’est plus là, et l’on doute de l’avoir devinée. Il y a, en bas du mur, des renfoncements et sans doute des passages vers d’autres espaces où elle a ses habitudes. Elle n’a jamais vu le jour, jamais respiré l’air extérieur et ne connaît que l’alternance des périodes d’exploitation et de la fermeture de la station. Si quelqu’un, une fois, a étudié son régime alimentaire ? Ses habitudes de reproduction ? Sa place exacte dans la vie du groupe ? Ses causes de décès les plus probables ? Qui aurait choisit de consacrer son temps à l’observer ? Voire à l’apprivoiser ? Ce que des spécialistes ont testé : les façons les plus efficaces de s’en débarrasser, les pièges létaux, les poisons anticoagulants. Rien qui fonctionne vraiment mais l’espoir de limiter le nombre d’individus, d’empêcher la prolifération. Des contraceptifs injectés dans de la nourriture. Mais elle est maline, rusée. Elle apprend, joue le nombre et la rapidité de la gestation. On n’en viendra pas à bout. Elle sera là longtemps après la fin. Comptant sur le nombre et le temps, elle finira maîtresse des lieux, après que le dernier homme aura pris le tout dernier métro.

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