Pisse-copie

Il peut écrire des pages entières. Il a même été, et est encore parfois, payé pour cela. Remplir des colonnes, des encadrés, des doubles-pages. Remplir, coûte que coûte, pour vendre, enfin du papier. Dossier de la rentrée, chronique ironique, brèves sérieuses ou humoristiques, vers de mirliton, nouvelles thématiques, fictions à hurler de rire, fables contemporaines, apostrophes, invectives, slogans forcément percutants
Il ne craint ni le cliché ni le pléonasme. Il n’a peur de rien. Tout fait signe, tout signe fait mot, le mot c’est la phrase qui s’enchaîne comme si de rien n’était et le paragraphe qui rebondit à la page suivante. On saute, on surfe. Une première phrases, quelques enchaînement, deux ou trois ruptures, quelques changements de rythme, une chute opportune : l’affaire est bouclée.
Une répétition, peut-être, surgira, une faute de frappe, une coquille. Peu. C’est son métier, tout de même. Et quoi qu’il le fasse vite, il le fait bien. Il a sa petite réputation, et il y tient. Deux pages de magazine à remplir pour dans deux heures. Le sujet ? Qu’importe… Il y a forcément des informations à glaner rapidement ça ou là. Deux cents pages, sur le thème le plus improbable ne lui font pas plus peur. Il saura se documenter. Il ne cède pourtant jamais à la tentation du copier-coller. Son style coule, de toute façon, mieux que celui des autres.
Un style ? Il ne parierait pourtant pas qu’il en a un. Mais il écrit souvent sans signer, voire sous le nom des autres. Et, parfois, un lecteur, une lectrice, attentif, attentive, le reconnaît là où il n’a pas laissé son nom. Parce qu’il cède, il le sait, à la facilité. Quelques tournures qu’il emploie sans réfléchir. Des méthodes apprises sur le tas pour que la phrase ait du tonus. Altière, elle part vers des sommets, mais retombe pour mieux lancer la suivante.
Il n’est pas à l’abri des fautes de grammaires, mais s’en affranchit. Qu’importe. Phrases nominales, vocabulaire approximatif. Il n’est pas pire que la moyenne. Agréable à lire, surtout, et c’est ce qu’on lui demande.
Des phrases, encore des phrases, et pourtant jamais de discours. Rien à dire. Juste des mots, et le temps qu’il fait passer, agréable, au lecteur.
C’est un métier.

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