Elle a l’œil triste et le keffieh tirebouchonné, le sourcil brun, épais, sur un regard qui en a vu d’autres. Elle a espéré, enfant, il n’y a pas si longtemps. Elle a cru des lendemains possibles, des lendemains qui chantent. Elle a appris la guitare et s’était renseignée : comment aider ? Elle a manifesté et porté haut les couleurs. Elle est monté sur des épaules de gaillards aux idées proches des siennes qui se souviennent avec émotion de ses cuisses autour de leur cou et de leurs mains sur ses genoux, mais qui n’ont jamais trouvé les mots. Elle a couru pour échapper aux bastonnades et a ri, y repensant, devant des bières qu’elle avait méritées. Elle ne croit plus vraiment que tout cela ait servi à quoi que ce soit, mais elle ne renonce pas. Elle s’interdit le maquillage, par solidarité, et parce qu’elle ne saurait pas vraiment où appliquer le fard, quoi faire de la poudre de riz, comment user du mascara. Cela ne l’intéresse pas. Elle a l’œil triste, le keffieh fatigué, un cuir élimé trouvé chez un fripier et c’est bien suffisant. Un badge peace and love et, peut-être, tatouée sur l’épaule, quelques mots de René Char ou d’Eluard. Quelque chose sur la liberté. Elle n’imagine pas vieillir. Il sera temps.
