Journal – 24

6/4/22

Sur ma table de chevet, quelques livres un peu épais dans lesquels je picore quelques pages à l’occasion, c’est le cas de Microfictions, de Régis Jauffret, le premier, de 2007. J’ouvre. J’en suis page 891. Je ne lis que celle-là, je referme. Même pas un chapitre entier, alors qu’ils ne font que deux pages, mais les premiers paragraphes m’ont saisi, et m’ont suffi. À ce rythme, je ne vais jamais finir ce livre… Je sais qu’il y a d’autres Microfictions à lire, ensuite, encore. Mais comment s’en sortir lorsqu’on lit moins vite que l’auteur écrit ?

7/4/22

Commencer la journée en écoutant, en regardant, une vidéo de Milène Tournier sur YouTube. C’est un poème filmé en marchant, et dit et enregistré, et susurré à l’oreille. Il est question des Nymphéas de Monet, et surtout du futur, de ce que c’est, et de 2028, et les échos se multiplient comme par enchantement avec mon présent de tous les jours. La poésie n’est pas que dans les livres, et ça fait longtemps, et la littérature est dans la ville depuis longtemps, et Milène Tournier qu’on “suit” sur YouTube sans bouger de sa chaise sait nous emmener sur ces chemins de mots dans la ville. Là, il se passe quelque chose.

9/4/22

D’un homme dont le regard ne laissait pas de place aux faux-fuyants ne reste aujourd’hui qu’une pile de livres. Des souvenirs, bien sûr, mais, surtout, cette pile de livre. Des livres qu’on avait oubliés, peut-être, mais dont les couvertures sont pour toujours familières : il écrivait. Cela m’impressionnait. Il était publié, et publiait lui-même. Pas le grand écrivain qui restera dans les histoires de la littérature, mais pas un mot posé au hasard sur la page. Il est mort. Je n’étais pas au cimetière et de lui ne me restent que ces livres. Ces livres et une communauté avec celles et ceux qui connaissaient son regard. Je ne sais pas quoi faire de ça, quoi faire de ce sentiment, quoi faire de cette forme de désarroi. C’est peut-être le mot, désarroi. Un trouble, sans plus de définition.

10/4/22

Il y a cette publicité qui tourne sur mes réseaux sociaux : je peux gagner un an de lecture. Un an de lecture ! SI c’est ce que je dépense en livres, le cadeau est attrayant, je pourrais bien succomber. En gros caractères, comme un argument massue, on m’annonce la couleur : un livre par mois pendant douze mois. Et ça, ce serait un an de lecture… Pas pour moi, non. Pas que je lise énormément : je m’en veux même de ne pas lire plus, de ne pas y passer plus de temps. Mais, un livre par mois… Voilà qui est pourtant sans doute déjà calé sur une moyenne haute (longtemps que je n’ai pas jeté un œil au nombre de livres moyen lus par mes contemporains).

11/4/22

Le mystère des algorithmes étant ce qu’il est, on me propose un nouveau concours pour gagner un an de lecture. Cette fois, c’est un éditeur qui propose un livre par semaine. Le rythme me parait un peu plus sérieux, je tente ma chance. Pas sûr que ces livres me plaisent, mais le hasard de recevoir ce à quoi je n’aurais pas forcément jeté un œil, oui. C’est la même démarche qui, chez le bouquiniste, me fait ressortir avec une pile de livre dont je ne connais ni le titre ni l’auteur, parce que je sais que le travail de l’éditeur, justement peut m’intéresser. Je sais que je ne feuilletterai peut-être que quelques pages de certains bouquins, sans en trouver la porte d’entrée, mais j’espère la surprise, l’étonnement, la découverte. Alors, si un éditeur veut m’envoyer un livre par semaine, je prends. Reste à ce que le tirage au sort soit favorable.

12/4/22

Il n’est pas question ici de politique, mais de lecture et d’écriture. Il est question ici de lecture et d’écriture, donc de politique. La liberté de lire et d’écrire ce qu’on veut. C’est une partie de l’enjeu. La différence entre un régime démocratique et un régime autoritaire, c’est ça la question. Je ne comprends pas qu’on prenne le risque du second au prétexte qu’on n’a pas su convaincre dans le premier. Je ne comprends pas qu’on laisse penser tous ceux qui hésitent à voter pour le second que ce n’est pas si grave, après tout, puisqu’on ne fait plus soit même de différence avec le premier. Je veux pouvoir continuer à lire et écrire ce qui me plait. Et ça fait une sacrée différence entre les deux possibilités qui me restent. Une différence suffisante pour aller voter.

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