Pas sûr de jamais la revoir, il mesure chacun de ses gestes à l’aune de son absence : la porte qu’il franchit sans lui céder le passage, les yaourts qu’il choisit dans le rayon sans se soucier de savoir si elle les préfère à la grecque ou brassés, le chemin qu’il prend d’un point à un autre et sur lequel elle ne lui confiera aucun secret, le réveil qu’il aurait espéré tendre et qui le cueille dans des draps froids, la machine pour la vaisselle qui se remplit deux fois plus lentement, le paysage qui lui offre un horizon terne et sans promesse… Tout est bancal, mal rééquilibré par l’intensité de ses émotions. Il a beau l’imaginer partout, elle manque à chaque respiration. Il a le souffle court. Elle donnerait du sens au moindre instant et tout s’effiloche en bancs de brume collante. Comment la retrouverait-il dans une telle grisaille ?
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