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431 – Correspondance 24

Correspondance sans correspondante. Lettres en poste restante. Missive to miss. Je ne sais pas si c’est une nouvelle série. Mais je t’écris. Peut-être que tu te reconnaîtras, si tu existes ailleurs que dans ces lettres.

Tu,

Ce serait un jour une lettre d’adieu. Je te dirais adieu. Je serais capable de le faire, et ce ne serait pas une douleur. Je dirais : c’est fini. Rien de ce qui a été ne subsiste. Il ne reste que des souvenirs secs qui s’effacent, et plus aucune émotion. J’ai toujours préféré le mot émotion. Je n’aurais jamais dû en accepter aucun autre.

Je peux tenter de le dire au futur : ce sera un jour une lettre d’adieu. Une lettre qui posera, noir sur blanc, la fin, et l’impossibilité de quelque rebond que ce soit. Une lettre après laquelle tout aura disparu.

Évidemment, je n’y crois pas. Évidemment, je sais que c’est impossible. Je ne l’écrirai pas. Je ne le dirai pas. Ni l’un, ni l’autre : il n’y aura pas d’adieu. Ça ne se terminera pas comme ça.

Bien sûr, je vais partir. Un jour, pas si lointain, je m’éloignerai pour de bon de la ville. Il ne peut pas en être autrement. J’ai très longtemps considéré les lieux sans importance particulière. Être ici ou ailleurs ? Du pareil au même. Depuis, il m’est devenu quasiment impossible d’être ici. Physiquement impossible. J’ai trouvé ça injuste et terriblement violent, j’ai eu le sentiment qu’on me volait quelque chose. Quelque chose d’important auquel j’avais consacré beaucoup d’énergie et qui comptait bien plus que je l’imaginais. Mon enfance, mon adolescence, la plus grande part de ma vie d’adulte me sont devenus inaccessibles. En me prenant la ville, en me l’interdisant, c’est ma vie qui s’est désagrégée.

J’ai résisté autant que j’ai pu et de toutes les façons. En vain. Il m’est devenu impossible de respirer dans ces rues. Ce ne sont pas des choses qui devraient arriver.

Pourtant non, ce ne sera pas une lettre d’adieu. J’emporterai tout avec moi, ailleurs, et je reconstruirai tout autrement. Les émotions et les souvenirs. Les beaux. Et il y en a. Plein. Tu le sais. J’espère que tu le sais et que tu comprends.

Des événements. On peut appeler tout cela des événements. Ils m’accompagnent. Rien n’est résolu. Rien ne sera résolu. Cela, je peux l’écrire au futur. Rien ne sera résolu. Il y aura toujours la violence. Toujours les humiliations. Toujours la douleur. Toutes les victimes le savent. On fait semblant. On fait de mieux en mieux semblant.

Si, un jour, une lettre d’adieu, ce ne sera pas aujourd’hui.

S.

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