Le mot vainqueur n’a pas de féminin. La femme est-elle pour autant condamnée à la défaite ? Point vocabulaire.

Comment nommer une femme qui gagne, qui l’emporte, qui terrasse l’adversaire au point d’être reconnue comme meilleure que lui. Vainqueur n’a pas de féminin. Il en a eu un : vainqueresse, rapidement sorti de l’usage. Et puis j’ai vu apparaître victrice, en ce début 2021. J’ai cru à la création d’un mot, mais non, victrice est attestée depuis belle lurette.

Alors, utiliser victrice comme féminin de vainqueur ? Ou vainqueuse, comme on lit parfois ? J’ai lancé un petit sondage sur Twitter. Cela n’a pas vocation scientifique, et puis je voulais juste savoir comment les gens parlaient des vainqueurs au féminin. Alors, c’est ouvert à d’autres mots. A en croire Le Robert Historique, dans vaincre, il y a l’idée de l’emporter par les armes, de prendre l’avantage sur quelqu’un dans un combat. La guerre, les duels, les bagarres mêmes seraient d’abord affaire de garçons ? Cela expliquerait l’absence de vainqueurs parmi les femmes. Mais aujourd’hui, on n’en est plus là.

On lit ici que victrice viendrait du latin victrix, vainqueur vient de vincere. Je n’ai pas été très assidu en latin, mais le premier mot ne me semble pas pouvoir être le féminin du second (les commentaires sont ouverts, je mettrai à jour si je m’emmêle les pinceaux).

Qui plus est Victrice est un prénom masculin (un brin désuet), porté par un saint, qui fut évêque de Rouen. Et qu’il ne faut pas confondre avec une femme dont le destin sera bien plus tard lié à la même ville, et don le nom est cité lorsqu’on cherche des occurrences de « victrice » : « Jeanne d’Arc, « victrice des ennemis du nom gaulois » (Marconville)« .

On me fait remarquer sur Twitter, à juste titre que lauréate et gagnante ne peuvent non plus être le féminin de vainqueur (là, pas besoin d’avoir fait du latin).

Et Cécile pousse son analyse : « Opter pour gagnante ou lauréate, c’est décider qu’il n’y a pas de féminin à vainqueur. Donc c’est dire que les femmes ne peuvent pas vaincre ».

J’ai donc tendance à penser que ne resteraient en lice que vainqueuse et vainqueresse. Je ne les trouve pas bien beaux, ces deux mots, mais l’esthétique n’a rien à voir là-dedans : c’est juste qu’il faut un peu de temps au cerveau pour s’habituer aux mots auxquels il n’est pas habitué.

Reste une option : on laisse vaincre les hommes, brutaux et sanguinaires, la femme, elle, bonne joueuse, se contente de gagner la partie. Elle est la gagnante, la victorieuse. N’hésitez pas à donner votre avis en commentaire (le mien n’est pas figé).

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