La phrase de Maylis de Kerangal

reparer les vivantsLe roman Réparer les vivants de Maylis de Kerangal a reçu tellement de prix, été vendu à tellement d’exemplaires, qu’on pouvait craindre, sans rien en savoir, qu’il s’agisse d’un roman populaire, dans le sens où le style comme le propos en soit nivelé pour être lisible par le plus grand nombre. Cette lisibilité, je la défends lorsque je forme à l’écriture sur le web, m’appuyant notamment sur les travaux de François Richaudeau sur la longueur des phrases, 12 à 20 mots maximum, et leur structure, la plus simple possible : sujet, verbe, complément. Continuer la lecture de La phrase de Maylis de Kerangal

Et si Amazon avait raison ?

Amazon ne paye pas ses impôts. Amazon propose des conditions de travail indignes à ses manutentionnaires. Amazon n’est pas du côté des philanthropes. Loin de là. Et c’est dommage. Amazon est, avant tout, du côté de ses actionnaires. Ceci est clair. Ceci est posé.

Amazon voudrait faire croire qu’il est du côté des lecteurs et des auteurs. Et ceci pourrait contrebalancer cela. Le bras de fer qui oppose Amazon à Hachette aux Etats-Unis ne manque pas d’intérêt (lire l’article du Monde) : la question serait le prix des livres électroniques. Il est excessif en France. Concernant, en tout cas, les éditeurs historiques. Parce que Publie.net a bien compris quel était le prix juste. Et, dans un autre genre, Ska aussi. Quelques euros, pas plus.

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Pour Amazon, du coup, l’auteur gagnerait plus qu’au tarif « à l’ancienne ». C’est expliqué dans un article de Slate.fr. Et c’est tant mieux, pour l’auteur, pour le lecteur, pour l’éditeur, et pour Amazon et ses actionnaires. Alors, pourquoi ne pas fondre sur une solution qui permettrait à tout le monde de vivre mieux ? Parce qu’il n’est pas facile de laisser au bord de la route le libraire, l’imprimeur, et tout ce qui fait intermédiaire aujourd’hui entre l’éditeur et le lecteur.

Les éditeurs traditionnels ont de quoi avoir peur : tout est entrain de changer. Pour les libraires, c’est encore pire, et plus compliqué.

Les auteurs, eux, ont à y gagner. Ils y gagnent chez Publie.net ou ska : parce qu’il y a moyen de construire des alternatives à Amazon (et Hachette pourrait le faire, tiens). Ils y gagnent aussi chez Amazon (où l’on retrouve les deux premiers au format Kindle, d’ailleurs). On promet sur Amazon des pourcentages sur le prix de vente qui n’ont rien à voir avec ceux promis par les éditeurs traditionnels. On descend parfois dans le livre papier à 3% du prix de vente hors taxe, on monte pour les plus chanceux à 12%. Dans l’électronique, on imagine aller jusqu’à 70% pour l’auteur ! C’est ce que propose Amazon pour ceux qui publient en direct sur sa plateforme… De quoi rêver.

Evidemment, dans ces conditions, il faudra que l’auteur fasse une partie, non négligeable, du boulot de promotion. Le buzz dépend de lui. Mais, si la mayonnaise commence à prendre, alors, la force de frappe d’Amazon vient à la rescousse, avec son moteur de recommandation, ses mails, ses mises en avant. Et là, c’est bingo. En théorie, du moins, et en pratique dans quelques cas avérés, y compris en France.

Il ne s’agit pas de vendre du rêve : c’est du boulot aussi. Et je sais la qualité et l’intérêt du travail d’un vrai éditeur. Un qui paye ses impôts en France, et qui pense aussi à ses actionnaires. Je sais le temps passé sur les textes, les réflexions sur les couvertures, les envois aux journalistes, les passages à la radio, les articles dans la presse.

Je sais que l’éditeur, lorsqu’il fait bien son travail, rend le livre meilleur, le défend, et se charge de toutes ses contingences qui détourneraient l’auteur de l’écriture si il avait à s’en occuper. J’imagine même, que si l’éditeur est tellement indispensable, Amazon finira bien par en avoir. Des éditeurs maison, qui travailleront sur des titres. Et que tant qu’il n’en a pas, c’est qu’il n’y a pas de réel retour sur investissement de ce côté, alors que, manifestement, en misant sur les auteurs…

Courte vue ? Que se passera-t-il lorsque les éditeurs à l’ancienne seront morts et que les libraires qui n’auront pas su devenir des lieux de vie auront disparu ? Qu’adviendra-t-il lorsque les bibliothèques de prêt n’auront plus de rôle face au streaming généralisé de la lecture ? Rien, il ne se passera rien. J’achèterai sur Ska, je m’abonnerai à Publie.net ou à Amazon. Je lirai toujours, et peut-être même que je gagnerai mieux ma vie en tant qu’auteur.

Si seulement Amazon comprenait l’intérêt d’une politique sociale pour ses employés, et la grandeur qu’il y a à payer ses impôts. C’est peut-être sur ces sujets là que les auteurs pourraient faire pression, puisqu’ils ne semblent pas se plaindre lorsqu’Amazon vend gentillement leurs livres.

[mise à jour 18/08/2014] Lire aussi : « Au revoir Amazon ! » – Fronde des auteurs en Allemagne aussi

J’ai lu Literary life de Posy Simmonds

Literary lifeOn doit déjà à Posy Simmonds Tamara Drewe. Le film vaut le détour. Les personnages d’écrivains qui y sont croqués également. On lui doit également Gemma Bovery. Le film tiré de ce roman graphique là sort en septembre 2014, avec Fabrice Luchini et Gemma Aterton, pour partie tourné à Rouen. Mais ce dont on parle aujourd’hui, c’est Literary life. Un recueil de chroniques graphiques sur la vie littéraire parues entre 2002 et 2005 dans The Guardian Review. Ces chroniques parlent de la vie littéraire, comme leur nom l’indique. Et l’on retrouve une galerie de portraits qui n’est pas sans rappeler celle de Tamara Drewe et de sa pension de plumitifs.

Egos surdimensionnés, crises d’angoisse ou de jalousie, petits travers et défauts monumentaux : la figure de l’écrivain est détaillée en petits morceaux, qu’il soit jeunesse ou à succès, du dimanche ou inspiré. Les dialogues courtois entre écrivains qui se jalousent, se détestent ou cherchent à s’en mettre plein la vue sont particulièrement bien sentis. Quelques personnages récurrents viennent à leur secours : un privé très années 50, un médecin et son assistante infirmière. Hilarante lorsqu’elle tente de soigner les écrivains de la maladie du cliché. Car ce qui caractérise l’écrivain c’est qu’il a des problèmes.

Pas un seul heureux de son sort. Mais des êtres fragiles envers lesquels Posy Simmonds a une vraie sympathie. Et, au final, toute ironie bue, le lecteur également.

Acheter : Literary Life: Scènes de la vie littéraire

Pour le plaisir :

 

Le journalisme expliqué en une anecdote

J’aime assez Comment on devient écrivain, d’Antoine Albalat pour m’en être procuré un exemplaire en papier. Je recommande à celles et ceux voulant faire profession d’écrire d’y jeter un oeil. J’en avais cité quelques passages ici. Depuis, le livre est disponible sur Gallica, en texte intégral, ce qui est un bon moyen d’y regarder à moindre coût. J’en garde un extrait sur le journalisme. L’anecdote date du XIXème siècle. Le journalisme a bien évolué depuis. A moins que…

Georges Duval

Les sujets du bac de philo 2014, option « écrivain en herbe »

Les sujets distribués aux élèves de la série S sont les suivants:
– « L’artiste est-il maître de son oeuvre? »
– « L’auteur est-il maître de son oeuvre ? »
– « Vivons-nous pour être heureux? »
– « Vivons-nous pour être publié? »

Pour la série L, les élèves ont le choix entre deux sujets de dissertation:
– « Les oeuvres éduquent-elles notre perception? »
– « Les classements de vente éduquent-ils notre perception? »
– « Doit-on tout faire pour être heureux? »
– « Doit-on tout faire pour être publié? »

Enfin, pour la série ES, les élèves peuvent disserter sur les thèmes suivants:
– « Suffit-il d’avoir le choix pour être libre? »
– « Suffit-il d’avoir écrit pour être libre? »
– « Pourquoi chercher à se connaître soi-même? »
– « Pourquoi chercher à se publier soi-même? »