4. Sans livre

C’était un écrivain sans livre. Comme il y a des livres sans lecteurs. Des hommes sans lecture. Des textes sans auteur. C’était un écrivain sans livre, occupé à ne pas écrire. Et cela lui demandait une énergie folle, des capacités de distraction hors du commun. Parfois, il se laissait aller à rédiger un premier paragraphe, un premier chapitre. Mais, très vite, il passait à autre chose.

Il avait une table de travail. Un carnet de moleskine noir. Un stylo-plume en bakélite avec un réservoir muni d’une petite pompe qu’il remplissait directement dans une bouteille d’encre sombre. Il avait un ordinateur portable finition aluminium brossé. Une statuette en bronze représentant un écrivain penché sur son manuscrit, vraisemblablement du XVIIIème siècle.

Sa collection de livres sur l’écriture aurait fait l’admiration de n’importe quel passionné du sujet. Mais ils n’étaient pas nombreux dans son entourage. Tout ce qu’on avait écrit sur l’écriture l’attirait. Pas une foire à tout sans qu’il dégote un volume improbable sur l’art d’écrire des lettres ou les méthodes secrètes pour publier son premier roman. Il n’avait pas trouvé la patience de tout lire : certains lui étaient tombé des mains dès les premières pages.

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