Lettre ouverte à Mark Zuckerberg, vendeur de canapés et de sondes urinaires, à propos de ma petite voisine qui envisage de se marier à distance avec un terroriste

lettre ouverteMark,

tu as changé ma vie. Ce n’est rien de le dire. Je parle de Facebook, en long, en large et parfois de travers au fil de nombreuses interventions ici ou là, je regarde de près ce que tu proposes sur ton réseau social depuis pas mal d’années. Je m’en désole parfois, mais ton machin a changé nos façons de communiquer. Pas que les miennes, celles de 30 millions de Français, de plus d’un milliard et demi de personnes dans le monde. C’est une sacrée responsabilité.

Tu te chagrines lorsqu’on veut montrer la pointe d’un sein, mais tu me permets de savoir, le soir des attentats de Paris si mes amis vont bien. Et là, tu es plutôt réactif, et ce que tu proposes est bien accueilli. La semaine suivante, tu permets aux gens qui se séparent de le faire en douceur sur ton réseau, tu prends soin de la vie affective de tes utilisateurs. Bravo. On t’a connu un peu plus violent avec les filles au début de ta carrière informatique. Tu progresses.

Tu me traques. Pour cela, tu es un peu moins appréciable. Tu me proposes des sites de rencontres si je ne suis pas marié, des sites pour tromper ma femme si je le suis, des sondes urinaires quand je vieillis. Tu me connais bien, et tes pubs en tiennent compte. C’est dingue ce que tu sais faire avec le profilage auquel tu me soumets. Je l’accepte parce que tout est gratuit, et que je sais bien que, dans ce cas, là, le produit, c’est moi.

Du coup, je me suis dit que si tu savais exactement quand j’avais envie d’un nouveau canapé, peut-être que tu pouvais aussi repérer quand ma petite voisine de quinze ans commencerait à s’intéresser au voile intégral et à des voyages humanitaires en Syrie. Je me dis que si tu es capable de me proposer d’aller manger une pizza au coin de ma rue, tu devais bien repérer qu’elle envisageait de se marier fissa et en ligne avec un guerrier quadragénaire habitant en plein désert et déjà en couple…

Ce n’est pas que je t’encourage à continuer à nous ficher tous azimuts : je pense même un peu problématique de savoir trouver tout seul grâce à tes outils les opinions politiques de mes amis célibataires parisiens… Mais, je me dis qu’à ma voisine tentée par l’exotisme des zones de guerre tu pourrais peut-être envoyer quelques messages d’alerte, lui ouvrir d’autres portes, et cesser de ne lui présenter que le contenu des pages d’apologie crapuleuse sur lesquelles elles se met à cliquer frénétiquement au passage un peu délicat de sa crise d’adolescence.

Ah, je sais bien qu’on se radicalise surtout en prison. Je n’ignore pas que Facebook n’est pas le diable. Mais, puisque tu en as le pouvoir, plutôt qu’un bouton pour dire que ça va, je ne suis pas mort dans les attentats, tu pourrais peut-être protéger un peu mieux ma petite voisine des cinglés de Daesh plutôt que de son ex.

Bien à toi,

Sébastien

 

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