Les blogueurs et les hommes politiques

Qui suit un peu l’actualité des blogs sait que les liens entre les hommes politiques de premier plan et les blogueurs du même plan se sont resserés ces dernières semaines. Le numéro 2 du gouvernement accorde une interview vidéo à un blogueur, un autre en invite une poignée à déjeuner, d’autres encore, et souvent les mêmes, sont conviés à écouter les voeux de ministres…
Et chacun d’y aller de ses commentaires sur ces rencontres, évidemment relayées par les blogueurs eux-mêmes. Commentaires qui se divisent en plusieurs type :
– en acceptant ces invitations, et en en rendant compte avec leur subjectivité, les blogueurs trahiraient (mais trahiraient quoi ?)
– certains politiques instrumentaliseraient certains blogueurs
– certains politiques prouveraient leur ouverture en acceptant de discuter avec des blogueurs
– les blogs arriveraient dans l’âge de la reconnaissance
– ils se fourvoieraient en rentrant dans le système…
Il faudrait, vraiment, pour certains, que le monde soit ou blanc ou noir, ou bon ou mauvais… Les insultes fusent même un peu vite, ce qui n’est jamais bon signe.
Le réalité, pour autant qu’elle existe au singulier, est rarement si simple. Je suis persuadé que les blogs reproduiront pour une bonne part le système général, avec des têtes d’affiche, qui varieront dans le temps, et des relations pas forcément désintéressées avec le pouvoir. La seule question qui se pose pourtant, si je comprends bien, est celle-là : doit-on lorsqu’on blogue refuser de rencontrer les grands de ce monde et de raconter ces rencontres ? Je n’y vois aucune raison. Les blogs restent ouverts aux commentaires, pas forcément aux insultes, et chacun peut donner son avis sur le contenu des billets suscités par ces rencontres : c’est là qu’est le changement, et il ne faut pas s’attendre à plus que cela.
Localement, j’interviewe des politiques, je suis invité à des conférences de presse, et je n’y vois aucun souci. Je ne ferais rien de cela si je ne m’occupais d’un blog local. Et je ne vois vraiment pas pourquoi je ne devrais pas le faire. Je ne vois pas non plus pourquoi ce serait différent au niveau national.

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1 commentaire

  1. Bonjour,
    j’ai été de ceux qui ont émis un avis très critique sur un des trois événements dont vous parlez. Sur les autres (interview de Nicolas Sarkozy et présence de blogueurs lors de ses voeux à la presse), je n’ai pas grand-chose à dire sinon qu’on pouvait espérer un peu plus de pugnacité dans l’interview d’un homme politique par un acteur d’un média que l’on dit « citoyen ». Honnêtement, je n’ai pas vu en quoi Loïc Le meur se comportait différemment que PPDA face à son invité : respectueux jusqu’à la servilité et n’apportant jamais la contradiction. Si c’est pour refaire la même chose que la presse classique, déjà très critiquée sur son manque de pugnacité face aux hommes politiques et autre puissants, je ne vois pas bien l’intérêt.
    Là où la situation est toute différente, c’est lors du déjeuner avec le ministre de la culture. Dans ce cas, on n’est pas du tout dans le cadre d’une conférence de presse classique. On est dans un truc bâtard, mi-consultation, mi-conférence de presse dont le cadre de communication n’est pas du tout maîtrisé. Ce que j’ai reproché à Cyrille Fievet en l’occurence n’est pas d’être allé déjeuner avec le ministre, mais 1. de s’en faire l’écho sur son blog d’une manière qui montre une absence totale de recul (pour moi, il s’agit d’une manipulation pure et simple) et 2. De croire que ce genre de rencontre informelle et privée peut faire avancer le débat démocratique sur ce type de sujet. J’ai été d’autant plus acerbe sur cette démarche que précisément, ce projet de loi a montré combien l’Assemblée avait pu, contre toute attente, se montrer à la hauteur des enjeux en accueillant des débats d’une grande qualité. La démarche que vous évoquez a manifesté un énorme mépris pour la représentation nationale d’une part (ce qui politiquement n’est pas sans signification), et d’autre part pour toute forme de construction collective de l’expression d’une position politique (la mobilisation autour d’EUCD.info). J’y vois pour ma part la manifestation d’une hybris caractéristique des dangers que peuvent représenter les blogs, basés pour l’essentiel sur une écriture personnelle, si l’on pense qu’ils peuvent fonder, en tant que tel et sans médiation, une nouvelle structuration politique, à partir de points de vue strictement individuels s’exprimant à l’état brut dans l’espace public.
    Bref, cet événement (ie pas seulement la rencontre, mais l’articulation rencontre-billet) me semble constituer un dangereux précédent et ouvrir la voie à de nouvelles formes d’organisations politiques bien peu démocratiques.
    Je signale au passage que je n’ai pas le sentiment d’avoir insulté quiconque, alors que j’ai relevé les termes d' »abruti », « pitbull », « con », et autres charmants qualificatifs venant d’en face.

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