Les Miraculées, un récit pour que cela ne se perde pas

Les miraculees cartonLes Miraculées, c’est un récit, pas un roman. Une histoire, mais pas romanesque.

Elle n’est pas construite comme un roman, mais comme on raconte ses souvenirs.

Reconstruite, un peu, embellie, ici ou là, avec quelques mensonges, des approximations, de légères reconstructions, forcément. Le témoignage n’est pas fiable.

Mais la structure narrative est celle des événements.

On dit : ça c’est passé comme ça.

Cela ne s’est jamais passé comme ça, dans un roman. Dans un roman, on prend le lecteur par la main et on l’emmène, de palier en palier, d’un début à une fin. Il y a des règles de narration.

Dans la vie, il n’y a pas de début, il n’y a pas de fin, il n’y a une trame chronologique qu’apparente. Le monologue intérieur est le plus souvent ailleurs, dans demain, dans hier, voire totalement hors du temps.

Dans les souvenirs, il y a des collisions, des reconstructions, des images qui ont marqué, des confusions.

Les Miraculées ne suit une structure chronologique qu’en surface. Ce sont des circonvolutions permanentes : l’avant l’après en concurrence permanente avec le présent de la narration.

Les Miraculées c’est la structure des souvenirs, comme on raconte une histoire.

C’est, vraiment, un récit.

Pas l’Histoire. Mais quelques moments de quelques vies dans l’Histoire. Ces moment qui marquent et qu’on racontera 70 ans plus tard parce qu’ils sont tels qu’on ne les oubliera pas.

Les Miraculées ont ceci d’important que ce ne sont plus les acteurs qui peuvent raconter, ou plus pour très longtemps. La place est maintenant à ceux qui ont entendu les acteurs raconter, à l’histoire de l’histoire, aux témoignages de seconde main.

C’est le moment, pour chacun, de se saisir de ce qui ne le concerne pas pour que cela continue de concerner tout le monde.

C’est le temps de la mémoire, et la mémoire filtre, reconstruit.

Et le texte vient figer un moment des souvenirs. Sans promettre que tout, exactement c’est passé ainsi, mais que grosso modo, oui, c’est ce qu’on a ressenti à ce moment là, et comme on l’a transmis.

Les Miraculées commencent là où arrivent les Nazis. Le récit s’arrête le jour où ils partent. L’histoire de la famille Ganon, celle de Georges Lauret, c’est avant, aussi, et après. Ce sont d’autres choses qui ne sont pas dans le livre et des souvenirs, même, qui ont totalement disparus.

C’est l’histoire d’un médecin qui a pris des risques inconsidérés pour sauver de petites filles juives et leur mère ballotées par la folie des hommes.

Ce n’est finalement pas grand chose, mais dont il convient de garder la trace, et de perpétuer quelques bribes d’émotions.

Les Miraculées, c’est cela : quelques traces et des bribes d’émotion.

Et le texte est là juste pour que cela ne se perde pas.

  • Les Miraculées, Sébastien Bailly, éditions des Falaises, 9€.

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