Le sécateur

J'ai pu m'émerveiller devant le mécanisme ingénieux et inattendu d'un vieux sécateur dont la robustesse laissait à penser que le siècle à venir ne le voilerait pas plus que le siècle passé. Il épousait le creux de ma main avec un naturel déconcertant. Je n'ai rien coupé avec, pas taillé un rosier. Juste fait jouer les deux lames dans le vide, écouté les promesses d'un claquement sec qui n'aurait pas laissé la moindre chance au branchage visé. D'un seul métal, rustique, brut de fonderie, presque, ce sécateur est la preuve qu'un temps on a fabriqué pour durer utile. Avant. Avant ces objets qui me sont contemporains et ne me survivront pas. Tous les sécateurs connus, quelle que soit la puissance de leur mâchoire, la force de retour de leur ressort, l'affutage de leurs lames, le respect, voire l'admiration que j'ai pu avoir pour leurs propriétaires à chapeau de paille, ont perdu de leur aura : ce sécateur-là est devenu le sécateur. Et n'est pas prêt, je crois, d'être détrôné.

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