Interview d’Hervé Le Tellier – 2002

Je viens de retrouver une interview d'Hervé Le Tellier que j'avais publiée sur le web en novembre 2002. Il commençait tout juste la publication de son Papier de verre quotidien dans la lettre d'information tout aussi quotidienne du journal Le Monde… Je suis content, je croyais l'avoir perdue, cette interview…

Pouvez-vous tout d'abord vous présenter ?
J’ai d’abord été mathématicien, avant de devenir journaliste, ce que j’ai fait pendant dix ans, dans le secteur des sciences. Aujourd’hui, je partage mon activité professionnelle entre le billet du Monde.fr, l’émission de France-Culture “les Papous dans la tête”, et l’écriture en général. Enfin, depuis trois ans, j’enseigne les “techniques journalistiques” en DESS à Paris III. Depuis une dizaine d’années, je suis membre de l’Ouvroir de littérature potentielle, l’Oulipo, un groupe de mathématiciens et d’écrivains. C’est une dimension importante de ma vie. Et j’ai un petit garçon de huit ans bientôt. C’est encore plus important.

Chaque jour les abonnés en ligne du Monde découvrent votre Papier de verre. Pouvez-vous nous dire de quoi il s'agit et comment est venue l'idée ?

Le papier de verre est une réaction sur l’actualité, un “billet d’humeur”, comme il en existait autrefois en une du Monde papier, signés par Robert Escarpit puis Bernard Chapuis. J’ai été contacté début février dernier par Boris Razon, rédacteur en chef du monde.fr ; il avait lu un des livres, “Les amnésiques n’ont rien vécu d’inoubliable”, qui rassemble mille réponses à la question “à quoi tu penses ?”. Il a pensé (si j’ose dire) que je pourrais être le genre de personne pour le projet de billet de une qu’ils avaient en tête pour la “check-list”. Nous avons fait une semaine d’essais, pour voir si ça marchait, pour se “caler”. J’ai par exemple réduit considérablement la taille en une semaine : j’avais commencé avec 300 signes. C’était beaucoup trop. Aujourd’hui, je tombe à 150, parfois 130 signes. Cette concision est nécessaire pour toute lecture sur ordinateur, et c’est une formidable contrainte.

Comment vous organisez-vous pour écrire ce texte ? Quelles sont vos méthodes de travail ? Vos sources d'inspiration ?
Je lis le Monde dans l’après-midi, et j’écoute les infos du soir sur une chaîne de télé. Je choisis des sujets “évidents”, et pas de l’actu tombée dans la nuit. Par nécessité : le papier de verre est sans doute la première chose lue pour certains, et tous n’ont pas écouté la radio le matin. Une fois les thèmes choisis, j’essaie de trouver la tournure, la formule, et je fais réduire, comme les champignons dans une poêle. Ce n’est pas un éditorial, c’est un billet, quelque chose qui s’apparente au witz freudien, au trait d’esprit. J’essaie de ne pas imposer mon opinion, même si elle transparaît, puisque je n’ai pas la place pour argumenter. Autour de moi, j’ai des dictionnaires, toutes sortes d’ouvrages, je retourne les mots dans tous les sens pour faire naître du sens. Et surtout, surtout, j’envoie chaque nuit (vers une heure du matin) au Monde.fr non pas un, mais deux ou trois billets sur des sujets différents. C’est l’équipe de la check-list qui choisit. Lorsque je découvre leur sélection, j’ai le syndrôme de la mère juive qui offre deux cravates à son fils, une rouge, une bleue, et qui le rencontre un jour avec la rouge: “Mais qu’est-ce qu’elle a, la bleue, mon fils, elle ne te plaît pas ?”

Ecrire chaque jour une brève de ce format, cela fait deux contraintes fortes. L'Oulipien que vous êtes s'amuse-t-il à en ajouter encore d'autres ?
Ça m’est arrivé parfois. Des alexandrins déguisés, des acrostiches cachés, un travail avec la typo, ou même un monovocalisme en a sur Tsahal et Arafat… Mais faire court prend beaucoup – vraiment beaucoup – de temps. Ce n’est pas la peine d’en rajouter…

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