Donald et Pimprenelle

J’en ai rien à foutre. Tu lis, tu lis pas. Ça change rien. L’éditeur publie, il publie pas. Quelle importance ? Et si même je vais jusqu’au bout du texte ou pas. Qu’importe. Faudrait qu’on tombe tous d’accord pour que ça fasse sens ? C’est rien. Même tous d’accord, même si ça prenait forme (à qui, de quoi), ça n’en aurait pas plus, de sens. Ni plus, ni moins.
M’en bats les… Ça m’indiffère. Ça ou autre chose. Autre chose…
Ça aurait la forme d’une histoire d’amour. C’est beau les histoires d’amour et il y a toujours des gens pour y croire. Des gus pour espérer. Des Pimprenelles pour pimpreneller… Ils sauraient tous les deux les prénoms des neveux de Nounours et ceux de Donald. Imagineraient des batailles de boules de neige entre Rémi, Toto, Fanfan, Riri, Fifi et Loulou. Ça les aurait rapproché. Parce qu’il y a toujours quelque chose qui nous rapproche, puis nous éloigne. Parfois c’est la même chose et vingt ans plus tard elle aurait mis à la benne sa collection complète des manuels des Castors juniors et il n’aurait pas supporté.
Ça aurait de la gueule. Et aucune importance. Mais un temps, on y aurait tous cru. Et même qu’elle s'appelait Pimprenelle et lui Donald et que ça expliquait tout.
Mais m’en moque. Tu lis, tu lis pas. C’est ça ou autre chose. L’essentiel est ailleurs. Tellement ailleurs que plus nulle part. Une histoire d’amour ? Et deux et trois. Une série. Des myriades. Des enfants par pelletées, des fins heureuses, des carnavals, des caniveaux. Du rythme et des emballements pour le critique heureux d’un texte dont il puisse sans peiner dire un ou deux trucs intelligents.
Ça aurait pu être de la littérature. Des mots sur les mots entassés. Pour dire des choses que personne aurait dit avant. Et s’apercevoir après que si en fait mais pas vraiment pareille cette petite voix qui fait la différence, petite musique qu’on n’aurait pas trouvé ailleurs ou alors chez untel et untel dont l’influence blablabla. Tout a déjà été fait et refait alors autant raconter Donald et Pimprenelle. Ces deux là et leurs enfant qui auraient finalement de vrais prénoms mais aussi des surnoms ridicules. Ils en auraient voulu six au début et puis finalement dès le premier Pimprenelle aurait su que six fois, six grossesses, six tables à étrier où crier jusqu’à la délivrance et souffrir encore après, non, ça ne le ferait pas et ils renoncèrent dès le deuxième de toute façon l’appartement trop petit et le loyer trop grand.
Mais qu’importe au fond car si l’on en est là nous tous, déjà, c’est qu’on a respecté le pacte. L’écrivant, le lecteur et l’éditeur entre qui ouvre et ferme les portes. On a signé. On est d’accord. On fait semblant que ça prend sens. Tacitement on acquiesce. Donc ce sera ça : une histoire d’amour qui commence dans l’enfance partagée avec délice et se termine trop adultes pour être honnêtes. Deux enfants plus tard, justement parce qu’il faut bien ça.
Donald et Pimprenelle : vous y croyez, vous ? Oui, un peu, forcément. Eux-mêmes n’y croyaient pas au début. Ils avaient souffert toute l’école à entendre rire dès l’appel du matin. Présent ! qu’ils disaient et ça gloussait derrière. Ils auraient même gloussé l’un de l’autre alors. Mais pas le jour de leur rencontre. Tout ça dépassé. Mais le plaisir dès la présentation de savoir des choses en commun sur quoi construire une histoire. Et ne pas se tromper, aller jusqu’au bout. Construire. Entendre les gloussements de la belle famille de l’un et l’autre glousser lors du Donald, Pimprenelle voulez-vous prendre pour époux dans la salle des mariages et les amis cousins un peu éloignés, les pièces rapportées n’en pas croire leurs oreilles. Le destin croyaient-ils alors scellé à jamais dans le glouglou confus des rires ravalés.
Mais bof. Autant se tirer une balle dans le pied et d’un mauvais pas encore. Puisque ça n’a pas d’importance ne pas aller au bout.

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