Dédicace des as : l’auteur à la rencontre de ses lecteurs

dedicace 3L’auteur, lorsque son livre a paru, est invité par les libraires et autres salons du livre à rencontrer ses lecteurs. Souvent, il s’agit de s’assoir derrière une table et d’attendre le chaland. Parfois, on a plus de chance, et l’on est invité à parler. La sortie de mon récit Les Miraculées a été l’occasion d’une très belle et très émouvante rencontre à L’Armitière à Rouen. Salle comble, témoignages, questions : une séquence presque parfaite comme en rêvent tous les auteurs, j’imagine. C’est une belle librairie, L’Armitière.

dedicaceTrois semaines plus tard, je suis invité à la Fnac du Havre. C’est plus loin de chez moi : une heure d’autoroute. Un samedi après-midi 23 avril. Je fais le trajet, j’arrive. Première déconvenue : ce n’est pas moi qui suis attendu. Enfin si, mais je suis si peu connu que la responsable de la communication a collé sur l’affiche annonçant la séance la photo d’un autre. Vraisemblablement une recherche Google un peu hâtive : il s’agit bien d’un Sébastien Bailly, mais de celui qui fait des films (que je vous encourage à voir). Nous ne nous connaissons pas encore, mais nous avons déjà l’habitude de recevoir des mails de l’un pour l’autre, et de nous faire suivre ce qui doit l’être. Bref, je lui envoie la photo de l’affiche, et nous nous en amusons par messagerie interposée. Tant mieux car cela m’occupe.

De 15 h à 16 h30, une seule lectrice m’aura adressé la parole. Je suis cerné de livres. En face de mois, une pile de bouquins de Nabilla, dont on m’impose parfois la lecture de quelques pages à voix haute : c’est dingue ce qu’elle attire de jeunes femmes en quête de sens. Ses livres partent comme des petits pains. Il y a le rayon cuisine, pas loin, très demandé aussi. Un livre qui me promet de m’expliquer comment devenir le nouveau Marc Levy, juste de l’autre côté de l’allée, et ce n’est peut-être pas une bête idée vu le désespoir qui m’étreint, et plein de romans formidables sur ma droite dans des mondes qui hésitent entre Tolkien et The Avengers.

dedicace 2Une deuxième lectrice s’approche, soupèse mon opuscule. « Dommage que ce ne soit pas plus épais ». Elle repart. Elle achète ses livres au poids, et je ne le fais manifestement pas. Une autre encore ; celle là s’intéresse, et finit par m’en prendre un. Victoire.

Vient une libraire, gentille, intéressée. Elle a lu le livre. Elle me pause des questions. On en parle. Une petite quinzaine de minutes. C’est bien. Comment j’ai eu connaissance de cette histoire ? Quelles sont les passages de fiction ?

Et là, vient celle qui voudrait écrire un livre et qui se jette sur l’occasion d’en parler avec un qui a déjà fait ça. Moi, donc. Elle est un peu déçue que mon récit ne parle pas des anges gardiens. Sujet qui semble la passionner. « Mon fils m’a demandé si je pouvais vraiment le faire. Alors je l’ai rassuré : j’étais toujours première en français, alors, oui, je peux écrire un livre. » C’est sûr, ça. Bien sûr. « Mais je ne sais pas comment faire… » Elle quête la bonne parole. Je réponds : « Pour écrire, il n’y a qu’une seule méthode. Il faut écrire. » Ça n’a pas l’air aussi convainquant que je voudrais. Du coup, elle me raconte son histoire. Je n’y comprends pas grand chose.. Et ça dure, ça dure…

Je vendrais un troisième livre, à l’une des libraires de la Fnac. Ce sera tout.

Je devais rester jusqu’à 18h30. A 17h45, je craque et tire ma révérence. La photo de l’autre Sébastien Bailly est toujours sur l’affichette. Je paye le parking. Et retour, une heure d’autoroute, péage compris. L’ensemble m’aura pris 5 heures, que j’aurais peut-être mieux fait de consacrer à écrire, et coûté une trentaine d’euros. Pour m’en rapporter 1,8 peut-être. (Je sais ce n’est pas bien de parler d’argent, mais le décompte se fait forcément à un moment, quand on passe autant de temps à attendre le lecteur derrière une table sans grand chose à faire que laisser son esprit vagabonder).

Ne croyez pas que je me plaigne. La phase de franche rigolade liée à cette erreur de photographie a bien rempli mon après-midi. Attendre seul derrière une table qu’il se passe quelque chose fait partie du jeu. Et j’espère bien que ce n’est pas la dernière fois.

En 2010, j’ai vécu une expérience assez comparable, au Salon du livre de Rouen. Il y avait plus d’auteurs que de lecteurs, ou peu s’en faut. A une table de moi, Piem, le dessinateur qui, honneur suprême, m’avait croqué dans cette situation terrible où nous étions.

Telle est la vie de l’auteur de livres. J’ai eu la chance que, parfois, ce ne soit pas le désert, que des lecteurs soient souvent au rendez-vous. J’ai eu la chance de belles rencontres. Et puis, parfois, ce coup d’épée dans l’eau. Ces heures perdues à espérer qu’on intéressera quelqu’un. J’en ai profité, sur un bout de papier, pour griffonner le plan d’un roman. Et puis pour partager ça avec vous.

Une réflexion au sujet de « Dédicace des as : l’auteur à la rencontre de ses lecteurs »

  1. Bonjour M Bailly,
    J’aime beaucoup vos films………..nan je rigole, en regardant un peu par hasard le site de fr3 Normandie afin de voir si les news sont passionnantes , je tombe sur Gaby et je rebondie sur vous.
    Très émue, je vais acheter votre livre. (oui oui le 4ème ce sera moi).
    Je tiens également à vous rassurer sur la mentalité rouennaise qui vous a semble t il choquée….et bien ça n’a pas changé.
    Je pensais naïvement que l’être humain avait un peu appris des leçons du passé , et puis, une petite poupée chinoise est entrée dans ma vie , tendre Kexin, chérie et compagne de mon dernier fils. Les bras m’en tombent chaque jour un peu plus,je vais bientôt être « manchote ». J’ai honte et je la défendrai toujours. Maintenant, je sais. Je sais ce qu’est le racisme.
    Bien à vous et au plaisir de vous lire.
    Véronique B

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