Sans rime ni raison

Je me suis fait offrir un dictionnaire de rimes lorsque j’avais 10 ou
11 ans. A l’époque, j’écrivais des poèmes… Je n’ai jamais vraiment
cessé, d’ailleurs, même si je le fais plus rarement aujourd’hui. Et
j’ai connu mon heure de gloire, toute relative, en 2004. Il s’agissait
d’un texte à contrainte, écrit dans le cadre de la Semaine de la langue
française. Dix mots avaient été choisis par des personnalités
francophones et proposés à tous pour inciter à l’écriture de textes
utilisant l’ensemble de ces dix mots imposés.
Pour l’année 2004 ces mots étaient : brousse, ombellifère, amertume,
bouline, tactile, farfadet, lumière, tataouiner, déambuler, espérance
Pour votre information, « Bouline » est un ancien terme de marine
désignant une corde qui apparaît aussi dans une expression créole
haïtienne : « à toute bouline » = « à toute vitesse ». « Tataouiner »
est un mot québécois signifiant « tergiverser ».
La Délégation à la langue française de la Suisse Romande reprenant ce
principe et ces dix mots, avait proposé un concours d’écriture à
contraintes pour des textes contenant huit mots sur les dix et à
composer selon un style déterminé : récit policier, conte de fées,
vaudeville, sonnet, à la manière de Victor Hugo, etc.
J’ai concouru, et été primé dans la catégorie « sonnet », m’attaquant à une réécriture du Desdichado de Nerval.
Jugez plutôt :

El Petichado

Je suis le farfadet, – le nain, – le feu follet,
Le Prince de la Brousse à la taille abolie,
Mon espérance est morte – et ma hauteur fêlée
Réduit mon ombre noire à cette anomalie.

Dans la lumière crue, toi qui m’a dégonflé,
Rends moi l’Ombellifère où ma Mélancolie
Trouvait la fraîcheur douce et le temps de souffler
Allongé sous la fane où la rose s’allie.

Suis-je bref ou minus ?… Malheureuse addition ?
Mon tronc est court encor, pendu à la bouline,
Et j’ai déambulé, là où l’on tataouine

Et j’ai deux fois testé toutes les décoctions
Touchant du bout des doigts la somanotrophine :
Amertume tactile ? Essaie la paraffine.

Notez que nous fûmes deux, avec Patrice Besnard,
à l’emporter dans cette catégorie là.
Tout cela pour dire que les rimes sont une matière de première
importance, même si on les utilise peu au quotidien (Passe moi le sel/
je fais la vaisselle n’est pas une rime classique…)
Cette année, du 17 au 24 mars, c’est la dixième semaine de la langue
française et de la francophonie. Les mots de l’année sont : ondelette,
désenchevêtrement, variation, rayonnement, complexité, hélice,
élémentaire, icône, cristal, mirroir auquel a été ajouté ordinateur. A
vous de jouer ?