A bas l’orthographe

    « On parle à tout instant de réformer l’orthographe. Je ne cesse de me demander pourquoi. Pour simplifier, me dit-on ; pour savoir écrire « bicyclette » ; ou « diphtérie ». Je n’en vois pas l’intérêt. Où serait le plaisir ? … Autant simplifier le bridge ou décompliquer le mont Blanc ! Hésitez-vous sur le nombre de t de bicyclette, sur les y de diphtérie ? Écrivez hardiment « bicyclete », « dyphtérye », tout le monde vous comprendra quand même. Sans doute, me dira-t-on, mais on passe pour un idiot. Et puis après ? N’est-ce pas plus noble et plus convenable que de se parer des plumes de la corneille ? Est-il si beau de savoir l’orthographe ? En avez-vous à ce point le fétichisme ? Les vrais grands hommes ne savent pas l’orthographe ! Imaginez-vous Henri IV, Louis XIV, ou Bonaparte, ou même simplement Saint-Simon, ou Ravaillac, écrivant proprement ? discutant du pluriel des noms à trait d’union ? Que de temps perdu ! Ils allaient au plus court, au bout de la phrase, à la victoire, au crime urgent ! »

Alexandre Vialatte

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