3 mai – Philippe

J’aime l’artichaut, et n’allez pas me juger pour ça. Le vrai artichaut, le breton, celui qui tient ses promesses. Je n’ai aucune considération pour les petits artichauts du Sud, pour les antipastis dégoulinants d’huile, ni pour ceux qu’on jette négligemment sur les pizzas. Non, l’artichaut, c’est celui qu’on mange avec patience, feuille après feuille avec une bonne vinaigrette jusqu’à arracher les poils de son cœur et se délecter enfin du trésor encore tiède autour duquel on tourne depuis un moment. L’artichaut se mérite, c’est un rite initiatique, une aventure, un voyage. C’est le soleil de la Bretagne dans l’assiette, c’est le Camus, pommelé, aux écailles vertes dont on se délecte dans le respect des centaines d’heures de travail qu’il aura fallu pour le cultiver dans les règles de l’art. J’aime l’artichaut de première catégorie et la Bretagne.

1 commentaire

  1. La patience : une qualité qui est peu mise en valeur. La société de consommation est celle du tout, tout de suite. Heureusement l’artichaut est là. Incliner l’assiette en la calant sur la fourchette inutile et verser la vinaigrette. Prendre une feuille, la tremper dans la vinaigrette, serrer les dents pour extraire un peu de chaire parfumée à la noisette. Puis recommencer encore et encore. Construire une muraille de feuilles branlantes. Découvrir les petites feuilles d’un vert pâle appétissant et les décoller en petites brassées qui vont fondre sous la bouche. Atteindre le foin qu’il convient de sortir soigneusement sans laisser de traces. Enfin voilà le fameux cœur qui permet de terminer la vinaigrette. Quelle patience, la pause déjeuner ne suffit pas.

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