24 octobre – Florentine

Mes poulets . Comme ça que ma mère nous appelait, mon frère et moi, ses deux poulets. Moi, sa poulette, quand j’étais seule. Tu viens, ma poulette ?, qu’elle disait. Je venais. Ca a duré jusqu’à l’adolescence, et même après, de temps à autres. Jusqu’à son décès. On s’est retrouvé devant son cercueil ouvert, avec mon frère, on regardait son visage figé par les thanatopracteurs. Ils avaient bien fait leur travail, on aurait dit qu’elle dormait. C’est leur job, ça, faire passer la mort pour un long sommeil. Au moins jusqu’à ce qu’on visse le couvercle. Après, vaut mieux pas voir. Bref, on était là. On se tenait par les épaules, pour retrouver un peu de chaleur, et parce qu’on n’étaient pas très sûrs de tenir debout. Et on lui a dit une dernière fois : tes poulets sont là. J’en avais des frissons. C’est comme ça qu’elle nous appelait avant qu’on comprenne et ce sont les derniers mots qu’on lui a dit. La boucle était bouclée. Voilà. Le couvercle a été refermé. On a un peu pleuré.

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