Abonnez-vous à la lettre d'information

Chaque mois, cinq idées pour améliorer votre créativité éditoriale

Journal – octobre 2026

2 octobre

Assumer une position nuancée dans un débat polarisé est une situation assez étonnante. D’un côté, des retours positifs, et qui ne sont pas désagréables (et tout à fait mérités, évidemment). De l’autre la surprises d’attaques ad hominem qui, avouons le, entachent surtout celles et ceux qui les profèrent. Mais tout de même, pourquoi une telle crispation ? Poursuivre tranquillement son bonhomme de chemin est, on le sait depuis longtemps, la seule option. Un livre doit sortir, des idées doivent être défendues. Quoi d’autre ? L’éternité. Soleil, cou coupé. La poésie.

3 octobre

Il y a écrire. De toutes les façons. On voudrait qu’il n’en existe qu’une, la bonne, et ce serait justement celle qu’on pratique, contre toutes les autres. L’intolérance en étendard. La violence des réactions est un symptôme.

4 octobre

Je n’oublie pas. Je ne les oublie pas. Guérir ne veut pas dire oublier ni pardonner. Guérir, c’est continuer. Polysémie du verbe poursuivre. Et presque assez de lettres pour survivre.

On m’a commandé une nouvelle. Un thème, l’avenir du travail. Et une carte blanche. Ça fait écho, forcément. Mais qu’est-ce qui ne fait pas écho avec la bêtise et la brutalité d’il y a trois ans. Une nouvelle, c’est ça qui compte. Pas un genre que je maîtriserais, et pourtant, la forme courte où tout ramasser, c’est l’école du roman, dit-on. J’en ai écrit un tiers, de la nouvelle. Et qui dit commande dit délai. Il me reste moins d’une semaine. Cette nouvelle, je la lirai sur scène. Il faut qu’elle tienne la route.

5 octobre

Mon site personnel a été piraté. Je mets en œuvre quelques mesures de sécurité pour y remédier. Je vois s’afficher la liste des tentatives d’accès depuis les pays les plus lointains, à une fréquence affolante : derrière la vitrine, le web est un champ de bataille. C’est comme si, toutes les trois minutes, quelqu’un tentait d’ouvrir la porte de votre appartement pour s’y engouffrer.

6 octobre

Il y a se déplacer dans la rue en discutant avec un homme connu, vu tous les jours à la télé. Et être interrompu au milieu d’une phrase par un passant qui souhaite un selfie. Au milieu d’une phrase… L’homme de la télé se prête de bonne grâce à l’exercice. Il connaît les désagréments de la notoriété. J’attends quelques pas en avant pour reprendre la discussion exactement là où elle en était. Louis Pauwels, sida mental, 1986. Malik Oussekine. Nous partageons des souvenirs de manifs du temps où j’étais lycéen. Lui, sans doute étudiant : il a dix ans de plus que moi.

8 octobre

Folie douce de Thomas Fersen, hier soir au théâtre. Histoire contée en musique. Quelques couplets connus qui s’insèrent dans la narration. Trois musiciens. Violoniste, clavier, percussionniste. J’ai découvert tard la richesse des percussions, et surtout l’inventivité nécessaire à cette pratique dans laquelle tout devient instrument. Les percussions m’émeuvent. Du rythme, du rythme, du rythme, ai-je longtemps cru. Jusqu’à ce que la délicatesse d’une baguette caressant une cymbale dans un cri déchirant me cloue sur place.

Il y a trois ans, je tenais ce journal sans rien laisser paraître des béances, et c’était un effort dont je ne mesurais pas les ravages. Mais je croyais encore qu’il était possible de réparer. Et les coups dans la gueule n’y changeraient rien avant plusieurs mois.

9 octobre

Premières épreuves : première version du roman mis en pages. Corrections encore possibles. Avant-derniers réglages. Normalement, me concentrer sur la grammaire et l’orthographe mais j’ai la possibilité de changer quelques petites choses. D’aucunes méritent que je m’y attarde encore. Ce qui me touche : les émottions sont toujours là. L’impression que le texte tient. Les retours de lecture se rapprochent. Vivement.

10 octobre

Foule dans la ville que je ne traverse qu’à reculons. Fête de la victuailles, de la bouffe, andouilles, huîtres, foies gras. Je m’engouffre dans la librairie avec la hâte de celui qui espère ne croiser personne. Cette ville est un territoire ennemi, un champs de bataille jonché de souvenirs aiguisés. On est le 10 octobre. Et je n’y marche toujours qu’en apnée, espérant que rien ne se lise sur mon visage. J’aimerais y entendre chanter Carmen, comme il y a exactement trois ans. C’est impossible. Je dois saluer de loin et de la tête une connaissance qui ne m’a pas aperçu depuis. C’est le possible début d’une crise d’angoisse. Je gère, étonné que revienne ce tremblement. Des escargots dans leur coquille me font de l’œil. Du miel me colle aux bronches. Des pommes attendent d’être croquées. Rien ne m’attire que disparaître. Cette période est lourde. Il faudra espacer encore ces retours.

(Je n’ajoute généralement pas de liens à ce journal, mais pour une fois, peut-être un peu de contexte)

11 octobre

Les gravats. Le décor semble posé. Une sorte de fin du monde. Un genre de post-apocalypse.

12 octobre

Ne pas écrire ici ce que cette date représente. Y penser.

Voir Naza au cinéma et vivre le documentaire ponctué toutes les trente secondes par la mastication du popcorn de la spectatrice derrière soi. Se poser plus que jamais comme objectif de vie de faire interdire le popcorn dans les salles de cinéma.

14 octobre

Il y aura toujours ce spectateur en bord de piste dont tu ne sauras de l’existence que ses éructements à ton passage (raclements de gorge, crachats, fuites urinaires : tu ne prends même pas le temps d’analyser l’origine des bruits, des sécrétions). C’est le même qui ressent le besoin pour exister de commenter un peu au hasard sur Internet ce qu’il croit deviner de la vie des autres. Ça n’a pas vraiment d’importance. C’est parfois drôle, souvent pathétique, majoritairement indifférent.

On a mis hier un corps en terre.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. Découvrez comment les données de vos commentaires sont traitées.

Défiler vers le haut