Quelques considérations sur une note de bas de page de David Foster Wallace

Dans ma vidéo du dimanche 31 janvier 2021 consacrée aux notes de bas de page, j’en évoque une en particulier, et après l’enregistrement elle a continuer à m’occuper un peu. Associer David Foster Wallace est assez logique. Je n’ai pas lu « L’infinie Comédie », et n’ai même pas eu le livre entre les mains. Mais j’ai lu que sur les 1500 pages de ce que l’on considère généralement comme le chef-d’oeuvre de Wallace, il y avait 400 pages de notes.

Alors, ma toute petite note tirée du reportage « De Michael Joyce, tennisman de son état, et de son génie professionnel envisagé comme paradigme de deux ou trois trucs sur le choix, la liberté, la finitude, la joie, le grotesque et l’accomplissement humain » lui-même intégré au recueil  Un truc soi-disant super auquel on ne me reprendra pas… Alors cette toute petite note, disais-je, c’est bien peu de chose comparé à l’utilisation « névrotique » du procédé, dénoncée dans un article de Elle[1]Le lien vers l’article du magazine Elle.

La particularité de cette note de bas de page ? Elle pourrait tout à fait se trouver dans le corps du texte. Ni vue, ni connue. Mais David Foster Wallace fait le choix de « sortir » cette phrase là du texte et de lui donner une autre valeur. Pourquoi ?

Le temps de réfléchir à la question, je glisse ici cette vidéo sur les notes de bas de page[2]Vous avez remarqué que les notes de bas de page ont quasiment disparu sur le web, à l’exception des articles scientifiques et de Wikipedia, qui est tout de même une exception notable..

Cette note de bas de page de David Foster Wallace permet à l’auteur de raconter l’histoire à deux voix. Une voix principale, celle du texte courant, et des confidences adressées au lecteur, sur un ton un peu plus bas, et que n’entendra que le lecteur attentif, celui qui lit la note, les autres pouvant tout aussi bien s’en passer. Cette adresse au lecteur, ce chuchotement, cette deuxième voix, ces confidences donnent au texte un petit attrait supplémentaire[3]Ou énerve le lectorat qui aime les routes droites bien tracées..

Vous aurez compris, j’aime plutôt ça, cet usage de la note. J’aurais tendance à en abuser un peu si l’on m’en donne l’occasion (ce que m’a empêché de faire jusqu’au bout mon éditrice lors du travail sur le manuscrit des Zeugmes au plat, mais je ne lui en veux pas, bien au contraire).

Reste que cette note de bas de page sur les petites amies des joueurs de tennis me plait surtout parce qu’elle est une manifestation d’une forme d’humour absurde, une sorte de pied de nez aux conventions, et peut-être un clin d’œil au lecteur, la marque d’une connivence : l’auteur n’est pas dupe du fait qu’il écrit, et il partage son recul sur ce qu’il est en train d’accomplir avec celui qui le lit. Je mets tout cela dans ces trois lignes, et c’est ce qui me rend David Foster Wallace sympathique (au même titre que sa capacité à digresser allègrement).

M’enquérant de ce qu’on a pu écrire ici ou là à propos des notes de bas de page de David Foster Wallace, je découvre au passage qu’il existe un générateur automatique de notes de bas de page wallacienne. C’est en anglais, mais, surtout, ce sont des notes sans texte d’origine, ce qui leur confère un statut bien particulier, en laissant au lecteur le soin d’imaginer des textes de David Foster Wallace potentiels, virtuels.

Et là, c’est un article découvert à l’occasion d’un atelier d’écriture avec François Bon qui me revient, un article qui évoque quelques œuvres hors norme, constituées exclusivement de notes de bas de page. Des notes de bas de page sans pages, donc. Il y est notamment question de Banlieue de Paul Fournel. On ne sera pas surpris de trouver un membre de l’Oulipo dans ce genre d’exercice.

Dans ce tweet, deux pages de l’œuvre dans ce qui en est manifestement une traduction anglaise. Comment aller plus loin ?

Au fil de ses quelques recherches, j’ai découvert un champs incroyable à explorer avec cette liste d’œuvres dans lesquelles les notes de bas de page sont utilisées à des fins humoristiques.

Je n’ai pas fini de me faire plaisir.

Pour approfondir votre usage de la langue, donnons-nous rendez-vous sur www.ecrireclair.net

Notes

1 Le lien vers l’article du magazine Elle
2 Vous avez remarqué que les notes de bas de page ont quasiment disparu sur le web, à l’exception des articles scientifiques et de Wikipedia, qui est tout de même une exception notable.
3 Ou énerve le lectorat qui aime les routes droites bien tracées.

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