Plan apéro : sans modération

Mais où sont les pistaches ?
Mais où sont les pistaches ?

Comment expliquer le plan en pyramide inversée en formation à l’écriture ? En proposant un plan apéro. En tout bien tout honneur.

J’ai animé ma toute première formation à l’écriture en l’an 2000. Les gens qui sont nés à l’époque sont aujourd’hui majeurs. C’est dire si j’ai eu l’occasion d’expliquer, en long et en large (voire de travers), ce qu’est le plan en pyramide inversée. C’est le plan journalistique, celui de la dépêche d’agence, et celui que l’on recommande aussi pour les articles sur le web, tant pour faciliter la vie du lecteur que le référencement par les moteurs de recherche. Soit.

CC Voie de presse
CC Voie de presse

Comment l’on explique le plan en pyramide inversé, généralement ? Simplement en disant que le premier paragraphe doit proposer l’information la plus importante, la plus intéressante, la plus proche du lecteur, puis que, de paragraphe en paragraphe, on va vers le détail, ce qui est plus lointain, et ce qui serait, somme toute, moins important à savoir.

C’est là que le bas blesse : si quelque chose n’est pas important, ne perdez pas de temps à le raconter, et faites gagner du temps à votre lecteur en ne l’obligeant pas à le lire.

Alors, je n’explique plus du tout le plan en pyramide inversée de cette façon. Je parle maintenant de plan apéro.

Une personne par paragraphe

Imaginez quatre personnes qui prennent l’apéro ensemble. Ces quatre personnes ont lu votre article. La première s’est arrêtée au premier paragraphe, la deuxième au deuxième, la troisième au troisième, la quatrième, elle, aura tout lu. Nous travaillons pour les besoins de la démonstration à partir d’un article de quatre paragraphes, mais on peut s’arrêter beaucoup plus loin. L’apéro durera alors plus longtemps.

Il importe que la première personne soit en mesure de lancer la conversation. Elle a l’info principale. Les faits. Elle peut dire : « Tu as vu ? Nadal a battu Federer en trois sets hier à Monte-Carlo ». Mais c’est tout, elle n’en sait pas plus.

François Jaques: Peasants Enjoying Beer at Pub in Fribourg (Switzerland, 1923)
François Jaques: Peasants Enjoying Beer at Pub in Fribourg (Switzerland, 1923)

La deuxième personne va aller plus loin. Elle a lu un paragraphe supplémentaire : « Oui, tout s’est joué au troisième jeu du deuxième set quand Nadal a décoché un coup droit surpuissant ». Sa connaissance du sujet est plus détaillée, son analyse plus fouillée.

La troisième personne peut en rajouter encore : « Pourtant Federer était favori ! Mais il n’avait pas l’air en forme. Peut-être qu’il n’était pas à 100%. En tout cas, les pronostics ont été déjoués. » C’est en savoir un peu plus. Cette personne a bien fait de lire un paragraphe de plus : elle a l’air plus intelligente. Son effort de lecture est récompensé.

La quatrième personne présente à l’apéro, vous l’avez compris, va avoir un élément complémentaire pour participer à la conversation. Elle n’a rien appris jusque-là et a pu boire son verre tranquillement en mangeant des pistaches. Mais elle sait que les deux joueurs de tennis se rencontreront à nouveau quelques semaines plus tard, sur un autre tournoi et que ce sera l’occasion pour Federer de prendre sa revanche. C’était dans le dernier paragraphe.

On a retrouvé les pistaches
On a retrouvé les pistaches

Le plan apéro donne un bonus au lecteur à chaque fois qu’il pousse plus loin sa lecture. Et l’objectif est simple : permettre à celui qui a lu le plus d’avoir le plus de choses intéressantes à raconter à l’apéro. On peut l’écrire en pensant à un dialogue, entre ceux qui partageront le soir même un bon moment.

Depuis que j’explique le plan en pyramide inversée de cette façon, les stagiaires et les étudiants comprennent beaucoup mieux comment il fonctionne. Peut-être parce qu’ils sont plus calés en apéro qu’en pyramide.

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