Les virgules de Bruno Le Maire

C’est une phrase de Bruno Le Maire à propos d’Emmanuel Macron qui fait se gausser la presse et les réseaux sociaux. C’est sur Twitter que je la vois d’abord. Sous cette forme :

Cocasse et illisible. Forcément illisible. Pour une histoire de virgules. Voyons plus en détails ce qui cloche. La version sans virgules :

« il se tut, me fixa de son regard bleu sur lequel glissaient des éclats métalliques comme un lac accablé de soleil dont il aurait été impossible sous le scintillement des reflets de percer la surface »

La version telle qu’elle est citée dans la presse :

« Il se tut, me fixa de son regard bleu sur lequel glissaient des éclats métalliques, comme un lac accablé de soleil dont il aurait été impossible, sous le scintillement des reflets, de percer la surface. »

C’est tout de même un peu plus lisible : on comprend que ce ne sont pas les éclats métalliques qui sont « comme un lac ». C’est à ça que servent les virgules. Reste que ce n’est toujours pas très compréhensible. Ce sont souvent les incises qui posent ce problème. Remettons de l’ordre afin de tenter de nous y retrouver.

« Il se tut, me fixa de son regard bleu sur lequel glissaient des éclats métalliques, comme un lac accablé de soleil dont il aurait été impossible de percer la surface sous le scintillement des reflets. »

On a réussi à gagner un semblant de lisibilité.

Libre à chacun, ensuite, de juger de la qualité de l’image, et de son originalité. Une petite recherche suffit à retrouver la description d’un personnage qui a « les yeux bleus comme un lac ». C’est la Petite sirène d’Andersen…

Alors quoi, on aurait du se satisfaire d’un : « Il se tut et me fixa d’un regard bleu métallique » sans l’image du lac. Moins poétique, mais pour l’efficacité, allons à l’essentiel, et à la sobriété :

« Il se tut et me fixa. »

Suffisant, non ?

En illustration, la Petite Sirène, et des reflets accablants de soleil.

2 commentaires

  1. Oui, mais ça enlève ce lyrisme incroyablement désuet qui semble tenter à la fois de laisser percer de l’accablement et de l’amour. Même si on ne sait pas très bien dans quel sens ☺️

    1. Ah, le lyrisme. Tu me pousses à retrouver du Cioran : « Quand on se refuse au lyrisme, noircir une page devient une épreuve: à quoi bon écrire pour dire exactement ce qu’on avait à dire ? »
      Ben, justement, pour exactement dire ce qu’on avait à dire. 😉

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.