Où mène le chemin de l’usine à gaz

Quelle ne fut pas ma surprise, me promenant dans Villers-sur-mer, de voir cette plaque : « Chemin de l’usine à gaz », en lieu et place de la voie qui s’appelait jusque-là d’un nom beaucoup plus poétique : l’impasse de l’ancienne usine à gaz. J’avais publié ici, il y a 11 ans, la plaque de cette voie et c’était pour moi un ravissement.

J’ai quelques raisons d’y être attaché. D’abord, il me semblait beaucoup plus symbolique que l’usine à gaz soit une impasse qu’un chemin, ce qui se comprendra aisément. D’autant que je suis allé y voir de plus près : ce chemin est bel et bien une impasse. C’est fourbe comme une usine à gaz, ce changement de nom. Pour quelle raison appeler chemin une impasse ? Mais, évidemment, l’usine à gaz comme un chemin qui ne mène nulle part ça a une certaine cohérence (toutes mes excuses aux quelques habitants qui y logent, cela mène tout de même chez eux) . Reste la réactualisation de l’usine à gaz, qui perd son ancienneté. Pourtant, elle n’est pas réapparu. Que de questions !

J’aime tellement le nom de ce lieu, que je le cite dans mon roman Mum Poher. Pas dans le chapitre qui se déroule à Villers-sur-mer, mais dans un autre, bien avant. C’est un paragraphe sur comment l’on nomme les noms de rue, car, à Niton, sur l’île de Wight, la rue où se trouve l’église s’appelle Church street, ce qui est bien moins original que l’impasse de l’ancienne usine à gaz, mais relève de la même façon de nommer : en fonction de qui est, ou a été, dans la rue. Le chemin de l’usine à gaz, qui ne serait plus « ancienne » a ceci de trompeur qu’il n’y a pas d’usine à gaz, là. Mais il y en a bien eu une. Peut-être suis-je un peu contrarié que cette trace dans Mum Poher ne colle plus à la réalité (qui respecte bien moins l’histoire que la fiction, voilà).

Suite à ma publication de la photo de l’impasse en 2009, j’ai reçu un mail (ça a pris un peu de temps : le mail date de 2018). Mon correspondant fait des recherche de « photos de l’ancienne usine à gaz à Villers dont le directeur était justement un certain Bailly entre 1899 et 1913 ». Rien à voir avec moi, à ma connaissance, mais ce lien patronymique n’est pas pour me déplaire. Les lieux sont définitivement plein de surprises. Je n’en sais pas plus, pour l’heure, sur cette usine.

Par deux fois, au moins, la plaque de l’impasse a disparu. La mairie avait depuis longtemps renoncé à la changer. Jusqu’à l’apparition de ce chemin de l’usine à gaz. L’emplacement de la plaque est légèrement décalé, un peu moins visible.

Et ce nom moins original puisqu’une rapide recherche sur Internet révèle qu’il en existe ailleurs. Peu, mais il en existe. Il n’y avait aucune autre « impasse de l’ancienne usine à gaz », et elle a donc disparu.

Peut-être un aimable correspondant me racontera un jour comment ce nom a changé. Et m’en dira plus sur l’usine et son rôle. J’ai plein de questions aussi sur cette maison abandonnée qui fait l’angle entre le chemin de l’usine à gaz et le boulevard Pitre Chevalier : elle a me semble-t-il un très fort potentiel romanesque. Et si le directeur Bailly de l’usine à gaz y avait habité ? J’ai une photo de l’intérieur, prise de la rue par un trou un peu béant, dans la porte… Je ne la publie pas, ne sachant trop quelle histoire se cache derrière ce lieu. Mais c’est ainsi que les romans naissent. J’en suis sûr.

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