Le plaisir de la lecture

On nous parle du buzz de l’écriture web, et je m’en réjouis : ça y est, c’est l’eldorado, ceux qui savent écrire pour le web vont piquer la place de tout ceux qui ont gagné de l’argent en vendant du référencement. Optimisation du texte pour les moteurs de recherche, actualisation rythmée des pages web, folksonomie ad hoc… Youplaboum, c’est la revanche du littéraire sur le technicien. On en saute de joie.

Quand, comme moi, on parle d’écriture web depuis quelques années, on ne peut en effet que se réjouir. Et quand, comme moi, on gagne un peu sa vie en écrivant pour le web, forcément, ça émoustille. Seulement voilà, il va maintenant falloir redire, dire encore, et répéter qu’on n’écrit pas pour des robots. Mais pour des lecteurs. Qu’il ne faut pas seulement poser des mots-clés sur des pages, mais fidéliser le lectorat. Qu’il ne suffit pas d’appliquer les recettes de l’écriture web, mais qu’il faut aussi, même sous la contrainte, savoir faire preuve de créativité.

Reprenons les choses dans l’ordre. Il y a une poignée de règles concernant l’accessibilité de l’information. Une autre concernant la lisibilité des textes. Quelques unes pour un référencement naturel de qualité… Bien. Ce sont des règles. Ce ne sont que des règles.

Reste un détail, une petite cerise sur un gateau de contraintes : le plaisir de la lecture.
Celui-là, on risque d’attendre un moment pour qu’un robot sache le détecter. Et j’ai dans l’idée que, souvent, c’est lui qui fait revenir le lecteur. Car, il ne faut pas l’oublier, si l’on fait autant d’efforts pour faire venir une fois le lecteur, et qu’il trouve quelque chose qui l’intéresse (pas forcément ce qui l’intéressait au départ : sérendipité)… si l’on fait autant d’efforts, donc, et qu’au final le lecteur ne ressent pas l’envie de revenir, qu’il ne place pas la page dans ses favoris, le site dans del.icio.us, ou qu’il ne s’abonne pas au fil RSS, alors, on n’aura pas totalement rempli sa mission.

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9 commentaires

  1. La quadrature du cercle de l’écriture Web : être créatif mais respecter des règles précises (http://www.dixxit.fr/agence/approche/regles/). Fidéliser le lecteur sans déplaire au moteur. Éviter les textes arides truffés de mots-clés, comme les envolées poétiques impossibles à indexer…
    J’ai tendance à penser que ces contraintes sans cesse renouvelées font tout le sel de notre métier.
    Les règles d’écriture ne tuent pas la créativité. Elles en sont le terreau. Si tout le monde pouvait les respecter, nous ferions déjà un grand pas vers le plaisir de la lecture, non ?

  2. Muriel> Plus que vers les surréalistes, c’est vers les oulipiens qu’il faut peut-être tourner notre regard en matière de littérature à contrainte.

  3. Dans ces meubles laqués, rideaux et dais moroses,
    Danse, aime, bleu laquais, ris d’oser des mots roses. (Charles Cros)
    L’Oulipo a produit nombre de vers homophones de la sorte… Comment les moteurs de recherche les prennent-ils en compte?

  4. Cher Sébastien, on risque d’ouvrir un débat… L’écriture contrainte est certes ce qui caractérise et définit Oulipo. Mais historiquement, les surréalistes ont été les premiers. Et c’est d’ailleurs un Queneau marri et non repenti me semble-t-il qui a créé Oulipo, trente ans après avoir été exclu du cercle des Surréalistes… Il y a des rancunes tenaces, très tenaces… 😉

  5. Euh, Muriel, si on veut faire de l’histoire littéraire, nous pouvons. Mais les surréalistes auront plus apporté avec l’écriture automatique, qui libère, justement, de toute contrainte, qu’en travaillant sur l’idée de la contrainte.
    Et concernant la contrainte, les Oulipiens, sentant à juste titre le vent venir de la contestation de leur travail ont fort à propos mis en place le concept de plagiat par anticipation qui les prémunit, une fois pour toute, de toute remise en cause de leur originalité.
    Pour le reste, la contrainte est aussi vieille que la littérature. On peut remonter au sonnet, ou au-delà. Dès que ça rime, il y a contrainte. Et ce n’est qu’un exemple.

  6. C’est bien ce que je disais : il y a un débat.
    Pitié, non : pas d’histoire de la littérature : j’en ai fait pendant six ans ;). Même s’il y a plus de quinze ans, c’est comme le vélo : ça ne s’oublie pas. 😉

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