Journal – 31

8/11/22
Ne pas se donner le temps d’entamer la rédaction d’un prochain livre (celui de finir Le Catalogue 2022, puis de reprendre le texte de mon manuel Maîtriser les techniques rédactionnelles : on verra ensuite, en mars, ou avril, donc). Ne pas écrire, cela veut dire ne pas choisir encore le sujet, penser aux possibilités, car il y en a plusieurs. Ne pas prendre de notes, ne pas organiser de documentation, ne pas écrire, évidemment. Pourtant, sans savoir duquel il s’agira, le livre est déjà là qui travaille. Il n’a pas vraiment besoin de moi pour le moment.

9/11/22

Relecture de la première page de Tarendol. Pas le roman le plus connu de René Barjavel. Et, là, les deux premières phrases du deuxième paragraphe (le narrateur parle de son réveil) : “Le jour, je le pose sur la cheminée de mon bureau, à côté du cadre à photos. Dans le cadre se chevauchent quelques photos de mes enfants.” Peut-être que je suis devenu un brin exigeant (pas sûr d’arriver à l’être autant avec moi-même) mais ce n’est pas possible ces répétitions des mots cadre et photos. Pas possible au deuxième paragraphe. On ne peut pas. Voilà. Mon livre est dédicacé par René Barjavel. Vraiment, j’aimais beaucoup. J’avais fait un peu la queue pour qu’il signe mes exemplaires. C’était en 1982. J’avais 14 ans.

10/11/22
À partir d’aujourd’hui, et pour 40 jours, la note quotidienne se conforme à une proposition d’écriture quotidienne de François Bon sur le thème des carnets d’écrivains.
Son avant-bras nu effleure ta main. Elle s’excuse. Pardon. Elle a empiété. Passé une frontière. Tu as deviné sa chaleur, une finesse inattendue, un très léger duvet. Le contact est imprévu, devenu rare avec qui l’on n’est pas intime. On ne s’embrasse plus, et à peine si l’on s’approche lorsqu’on se salue. Un effleurement. Le mot est joli. Comme on caresse une fleur sans l’abimer, et la texture du pétale. La texture de la peau. Les mots te touchent : effleurer, texture. Le texte. Ce qui reste à écrire.

11/11/22
J’ai oublié le nom de la professeure de français de 4e. Elle m’a procuré mes premiers volumes de La Pléiade. Oui, la poésie de Victor Hugo, à 14 ans. Elle nous a emmenés au théâtre. Peut-être Michel Bouquet dans Le Malade imaginaire. C’est une possibilité floue. Les dates ne collent pas. Pas Beckett, je ne pense pas, pas déjà Beckett. Elle prenait le train avec moi pour Paris où j’allais seul pour raisons familiales. Elle a fait étudier des poèmes en ne dévoilant qu’à la fin de l’heure qu’un était de Rimbaud et l’autre de moi.

12/11/22
Quand son avant-bras a touché ta main, elle aurait pu le laisser là, en contact. Prolonger la situation et ne rien dire. Attendre que tu bouges, ou dises un mot. Il faut aller trop loin pour savoir jusqu’où on peut aller. Il faudrait. Il aurait fallu. Elle ne saura jamais. Elle a déplacé son bras assez vite pour que tu croies à un accident, elle s’est excusée. Elle ne sait pas ce que tu as pensé, et si tu y penses encore ; si tu te doutes qu’elle aurait aimé te laisser le choix.

13/11/22
Les derniers rêves de la nuit, lorsque déjà éveillé, tu te rendors quelques minutes et que le rêve continue, rebondit, se renouvèle. C’est selon… Chaque matin différent. Tenter de garder trace dans la conscience et savoir qu’on ne retient que des bribes. C’est comme des langues de brouillard qu’on voudrait attraper. Là, des résultats d’élections. Le moins pire gagne et l’on ne se réjouit pas d’une victoire qui n’est que la moindre des catastrophes. C’est une soirée électorale où dominent la couleur jaune et les regards contrits.

14/11/22
Ciel. L’arracher en lambeaux au fil de la journée. Petit matin du noir au gris brumeux, encore opaque, le ciel ne dévoile rien de la journée qui vient. Le gris passe de foncé à clair. Sans relief aucun. Lentement. Le soleil ne percera qu’après midi. Pour enfin dessiner des ombres.

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