Journal – 25

13/4/22
Recevoir par la poste dix exemplaires du manuscrit, qu’il faudra renvoyer par la poste à dix éditeurs qui le glisseront dans des piles de manuscrits, et espérer que, dès les premières pages, celui-ci se distingue et frappe au coin de l’oeil le premier lecteur professionnel. C’est ce qu’il faudrait pour une autre vie du livre, pour, simplement, une vie du livre, et qu’il touche des lectrices et des lecteurs non professionnels. Parce que c’est ce que vaut bien ce manuscrit-là. Impression de tourner en rond avec ça depuis toujours

14/4/22
Ai-je croisé Michel Butor ? Je n’en ai pas le souvenir, mais, lycéen, j’aurais assisté à une conférence, près de Rouen, lors de laquelle l’auteur de La Modification aurait échangé avec moi et un ami des regards au moins de connivence. C’est l’ami qui me raconte ça, surpris que, près de 40 ans plus tard, je n’en ai aucun souvenir. Il me raconte, avec le nom de la professeure de français qui nous avait trainés là, et je me souviens d’elle pour d’autres raisons. Mais aucune trace dans ma mémoire de cette rencontre dont l’ami me dit qu’elle fut mémorable. Michel Butor s’adressant à lui et à moi plus qu’aux autres parce qu’alors nous étions intéressés. Si je ne me souviens pas, peut-on dire que j’ai rencontré Michel Butor ?

16/4/22
Il y a dans les villes visitées, la boutique improbable, mi-friperie, mi-bouquiniste et là des éditions rares. C’est un Bouvard et Pécuchet numéroté, un peu défraichi, mais préfacé par Raymond Queneau aux lettrines en couleur. Un beau livre à l’ancienne. C’est l’édition des Nouvelles (1945-1982) de Julio Cortazar dans l’édition de plus de 1000 pages de Gallimard, presque au tiers de son prix neuf, et, pour le coup, en excellent état. À peine ces deux volumes en main, décider d’arrêter de fureter dans les trésors. Trop tentants, toujours trop tentant. Recommander, à qui voudra l’adresse, la librairie Candide à Angers.

17/4/22
La tapisserie de l’Apocalypse est présentée à Anger, dans l’enceinte du château, dans un bâtiment moderne aux dimensions conséquentes. Il faut pouvoir accueillir cette œuvre du XIVe siècle, tout en la protégeant de la lumière. C’est la fin du monde devant nous, et l’on se sent petit face aux multiples têtes des monstres sortis des enfers, face aux cataclysmes qui se déchaînent. On sait depuis que nous sommes les seuls monstres et qu’un miroir suffirait à nous faire peur si nous arrivions à un minimum de conscience de la réalité. Mais, alors, on imagine la peur saisir le paysan à l’idée que puissent apparaître de telles créatures. Et comme il était tentant de se soumettre, terrorisé par d’aussi grandioses perspectives.

18/2/22
Très belle et très forte lecture de Je ne déserterai pas ma vie de Sébastien Rongier. C’est triste, et c’est fort. Incroyable partie d’échecs entre Marcel Duchamp et Samuel Beckett à Arcachon, là où s’est aussi réfugiée la famille Ganon dont je raconte l’histoire dans Les Miraculées. Se dire que peut-être ils ont croisé Marcel Duchamp et Samuel Beckett sur un trottoir. La résistance. Les camps. L’art. La littérature et une héroïne formidable, Mary Reynolds, qui fait face au nazisme et risque tout. Un très beau livre que je vous recommande donc. Chez Finitude. Et l’ombre de Beckett, encore, dont le pot de chambre pour toujours explique sa relation avec Nathalie Sarraute. Mais c’est trop en dire, déjà.

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