Le visage de Georges Lauret

Georges LauretGeorges Lauret, donc, était médecin, chef du service obstétrique de l’hospice de Rouen pendant la seconde guerre mondiale, sous l’occupation nazie. Dans Les Miraculées, c’est lui le héros. Un vrai héros, pas simplement un héros de papier. Un héros avec un visage.

Grands yeux, petite moustache. Ce portrait à la pipe est visible dans un petit cadre à la place centrale dans l’appartement de Gaby à Paris. Gaby qu’il a sauvée, avec sa grande sœur et sa mère. Trois femmes auxquelles il a évité Drancy, Auschwitz, la mort. Continuer la lecture de Le visage de Georges Lauret

Les Miraculées, un récit pour que cela ne se perde pas

Les miraculees cartonLes Miraculées, c’est un récit, pas un roman. Une histoire, mais pas romanesque.

Elle n’est pas construite comme un roman, mais comme on raconte ses souvenirs.

Reconstruite, un peu, embellie, ici ou là, avec quelques mensonges, des approximations, de légères reconstructions, forcément. Le témoignage n’est pas fiable. Continuer la lecture de Les Miraculées, un récit pour que cela ne se perde pas

A bon sujet, bon corrigé

"En fonction de l’idée que vous vous faites d’un bon début de roman, écrivez à votre tour la première page d’un roman que vous souhaitez faire publier." C’est la première partie d’un sujet proposé dans l’Annabac de français 2008. Le bouquin que tous les jeunes qui passent le bac de français cette année risquent d’avoir entre les mains à un moment ou à un autre.

Et pourquoi vous en parler ? Parce qu’il y a des corrigés pour ce sujet. C’est fait pour ça, ce genre de livre Et que, parmi les corrigé  il y a un texte il y a longtemps par moi écrit et que j’avais mis en ligne sur ce blog. Vous pouvez le relire ici, ou page 232 de l’Annabac 2008 "sujets et corrigés Français 1ères STG, STI, STL, SMS", chez Hatier.

Comment en est-on arrivé là ? Simplement. Les auteurs de l’Annabac sont tombés sur mon texte à la faveur d’une recherche sur Google, ils m’ont contacté par mail pour l’autorisation d’utilisation, et c’est tout. Le blog simplifie la vie, parfois.

Et puis, ce texte là dans un Annabac, ce n’est pas ce qui pouvait lui arriver de pire. Un début de roman, ça finit rarement aussi bien…

Le plus drôle, c’est qu’après avoir lu mon début de roman, il est demandé aux pauvres lycéens de "composer la lettre que Sébastien Bailly pourrait adresser à un éditeur pour faire publier ce début de roman." Pas facile du tout. D’ailleurs, si un lycéen obtenait une bonne note sur ce sujet, je suis preneur du résultat. On ne sait jamais, ça peut servir.

L’entre-projets

Sur dix projets, un seul se réalise. C’est une statistique non-scientifique, mais le ressenti forgé au fil des années. C’est peut-être un peu plus, mais pas moins. Dix projets de livres pour un livre écrit. Combien, donc aux oubliettes ? Et même des projets bien avancés, ceux pour lesquels, fort d’une assurance orale, la documentation a été, pour tout ou partie, rassemblée. De longues heures de travail perdue ? Non, jamais totalement. Mon prochain livre, ce sont des heures passées sans savoir si cela se concrêtiserait. Et puis si, finalement : le bouquin sortira en janvier 2006. Il faudrait, d’ailleurs, que j’organise un grand mouvement de bouche à oreilles à ce propos dans la blogosphère. Je ne suis pas très sûr d’y arriver… Si vous avez des idées, je suis preneur. Mais difficile avant que j’ai rien dit du contenu du bouquin en question, hein ? L’envoyer en primeur à des blogueurs influents pour qu’ils en touchent deux mots dans une note ? Comme ce serait original… Mais peut-être efficace. Les méthodes les plus simples sont parfois les meilleures. J’ai deux ou trois mois devant moi pour y réfléchir.
Et ensuite ? Je n’ai plus de manuscrit sous le coude. Pas de commande d’éditeur en cours. Le vide sidéral… Mais il me reste des projets. Deux, pour être exact. Un roman, comme un quart de la population française. Pas de quoi fouetter un chat. Et un livre amusant, au stade de la conception. Juste une idée, donc, avec quelques pages de notes et un peu de documentation réunie. Un machin qui pourrait être sympathique à écrire, et sans doute à lire.
Je pourrais avancer, ce n’est qu’une question de temps que je pourrais, avec un peu de volonté, mettre à la disposition de cette activité là. Et je m’interroge. Quelle place accorder à un livre en cours, juste à son commencement, sur un blog ? Je me heurte à différents obstacles, qui n’en sont pas forcément.
D’abord, comme l’idée me semble bonne, je n’ai pas envie de me la faire voler. En parler ici serait prendre ce risque là. Ce n’est sans doute qu’une vue de l’esprit : qui serait assez fou pour voler une idée rendue publique sur le Web ? Un coup à se faire descendre en flèche par le bouche à oreilles bloguesque : risque qu’on serait bien fou de prendre de nos jours.
Ensuite, l’idée est certes bonne (c’est mon postulat de départ, je peux me tromper, mais sans cette assurance, aucune chance d’aller de l’avant). L’idée est bonne donc, mais elle a, selon mon expérience, neuf chances sur dix de n’aboutir à rien. Suis-je prêt à prendre le risque de rendre public cet échec là ?
Je vois, par contre un ou deux avantages à rendre le projet public, et à en décrire l’avancement sur un blog. D’abord, être poussé par les lecteurs du blog à aller de l’avant (ou à tout arrêter pour cause de nullité, ce qu’il vaut mieux, après tout, savoir avant d’aller trop loin).
Ensuite, faire progresser le projet dans le terreau du blog, m’enrichir des commentaires, des remarques, bref, faire mieux avec des lecteurs que seul devant l’écran. Je ne doute pas, après presque un an d’écriture bloguesque que les commentaires des uns ou des autres puissent être enrichissant.
La solution passerait peut-être par une commande préalable d’un éditeur : avec une date de rendu, je suis toujours plus efficace que lorsque j’avance sans contrainte de temps. Le manuscrit à rendre pour une date donnée m’impose un rythme sans lequel j’ai tendance au surplace (cela explique, en partie, pourquoi le roman n’avance pas comme il devrait). Pour le livre que j’envisage, une commande ne serait pas absurde. Je sais comment m’y prendre, le synopsys, les quelques pages rédigée, mon CV, ma bibliographie envoyés chez quelques éditeurs, et je devrais trouver preneur. C’est comme cela que les choses ont souvent marchées.
Pourquoi j’écris tout cela ici ? Pour poser mes interrogations à un moment donné. Avancer dans la rélfexion. Faut que je me bouscule un peu, et que je ne me laisse pas trop prendre dans les filets du boulot quotidien. Et qui sait, quelques commentaires bien sentis m’apporteront peut-être des débuts de réponse.
Si un éditeur passait par là, aussi, et qu’il soit intéressé par un livre dont, sans trop en dire, je peux déjà annoncer qu’il serait drôle, et parlerait d’écriture de manière complètement décalé, si cet éditeur avait envie d’en savoir un peu plus, et de rentrer un contact avec moi, cela serait un premier pas vers une concrêtisation du projet.

Début de roman

Spécialiste des projets inaboutis, j’ai dans mes archives quelques débuts de romans, de textes de fictions divers, de livres, quoi. Je suis rarement, mais parfois, allé au delà des premières pages. Je relis parfois des choses dont j’ai même oublié que je les avais écrites, et quand. Voici donc un début de roman. Attention, c’est un peu court pour un livre (c’est le moins qu’on puisse dire), mais un peu long pour une note de blog. Maintenant que vous voilà prévenu…

Je suis écrivain. Non, non, ne riez pas : je suis
écrivain. Je savais que vous auriez comme une tendance naturelle à la moquerie…
Mais il ne faut pas. Je suis écrivain. Et il m’aura suffit d’avoir écrit ces
trois mots pour le devenir. Il aura aussi fallu que vous les ayez lus.
Maintenant, c’est fait : plus de doute possible.

Et alors, on fait quoi maintenant ? Parce que le plus
dur reste à faire. Je suis écrivain, et vous êtes en droit d’attendre de moi
l’évidence qui va suivre : un texte à lire. Un roman. Evidemment, un
roman. C’est ce qui se lit le mieux, les romans. Je ne veux pas être un
écrivain maudit, non. Mais un vrai écrivain, un qui vend des livres, un qui
touche des droits d’auteurs, un qu’on reconnaisse, pourquoi pas ?, dans la
rue…

Donc, ceci est un roman. Mais, si c’est un roman, vraiment,
cela me pose un problème insurmontable. Si lorsque j’écris « je suis un
écrivain », j’écris un roman, alors, c’est que ce que j’écris, sans doute,
n’est pas vrai.

Continuer la lecture de Début de roman

Pisse-copie

Il peut écrire des pages entières. Il a même été, et est encore parfois, payé pour cela. Remplir des colonnes, des encadrés, des doubles-pages. Remplir, coûte que coûte, pour vendre, enfin du papier. Dossier de la rentrée, chronique ironique, brèves sérieuses ou humoristiques, vers de mirliton, nouvelles thématiques, fictions à hurler de rire, fables contemporaines, apostrophes, invectives, slogans forcément percutants
Il ne craint ni le cliché ni le pléonasme. Il n’a peur de rien. Tout fait signe, tout signe fait mot, le mot c’est la phrase qui s’enchaîne comme si de rien n’était et le paragraphe qui rebondit à la page suivante. On saute, on surfe. Une première phrases, quelques enchaînement, deux ou trois ruptures, quelques changements de rythme, une chute opportune : l’affaire est bouclée.
Une répétition, peut-être, surgira, une faute de frappe, une coquille. Peu. C’est son métier, tout de même. Et quoi qu’il le fasse vite, il le fait bien. Il a sa petite réputation, et il y tient. Deux pages de magazine à remplir pour dans deux heures. Le sujet ? Qu’importe… Il y a forcément des informations à glaner rapidement ça ou là. Deux cents pages, sur le thème le plus improbable ne lui font pas plus peur. Il saura se documenter. Il ne cède pourtant jamais à la tentation du copier-coller. Son style coule, de toute façon, mieux que celui des autres.
Un style ? Il ne parierait pourtant pas qu’il en a un. Mais il écrit souvent sans signer, voire sous le nom des autres. Et, parfois, un lecteur, une lectrice, attentif, attentive, le reconnaît là où il n’a pas laissé son nom. Parce qu’il cède, il le sait, à la facilité. Quelques tournures qu’il emploie sans réfléchir. Des méthodes apprises sur le tas pour que la phrase ait du tonus. Altière, elle part vers des sommets, mais retombe pour mieux lancer la suivante.
Il n’est pas à l’abri des fautes de grammaires, mais s’en affranchit. Qu’importe. Phrases nominales, vocabulaire approximatif. Il n’est pas pire que la moyenne. Agréable à lire, surtout, et c’est ce qu’on lui demande.
Des phrases, encore des phrases, et pourtant jamais de discours. Rien à dire. Juste des mots, et le temps qu’il fait passer, agréable, au lecteur.
C’est un métier.

Sans rime ni raison

Je me suis fait offrir un dictionnaire de rimes lorsque j’avais 10 ou
11 ans. A l’époque, j’écrivais des poèmes… Je n’ai jamais vraiment
cessé, d’ailleurs, même si je le fais plus rarement aujourd’hui. Et
j’ai connu mon heure de gloire, toute relative, en 2004. Il s’agissait
d’un texte à contrainte, écrit dans le cadre de la Semaine de la langue
française. Dix mots avaient été choisis par des personnalités
francophones et proposés à tous pour inciter à l’écriture de textes
utilisant l’ensemble de ces dix mots imposés.
Pour l’année 2004 ces mots étaient : brousse, ombellifère, amertume,
bouline, tactile, farfadet, lumière, tataouiner, déambuler, espérance
Pour votre information, « Bouline » est un ancien terme de marine
désignant une corde qui apparaît aussi dans une expression créole
haïtienne : « à toute bouline » = « à toute vitesse ». « Tataouiner »
est un mot québécois signifiant « tergiverser ».
La Délégation à la langue française de la Suisse Romande reprenant ce
principe et ces dix mots, avait proposé un concours d’écriture à
contraintes pour des textes contenant huit mots sur les dix et à
composer selon un style déterminé : récit policier, conte de fées,
vaudeville, sonnet, à la manière de Victor Hugo, etc.
J’ai concouru, et été primé dans la catégorie « sonnet », m’attaquant à une réécriture du Desdichado de Nerval.
Jugez plutôt :

El Petichado

Je suis le farfadet, – le nain, – le feu follet,
Le Prince de la Brousse à la taille abolie,
Mon espérance est morte – et ma hauteur fêlée
Réduit mon ombre noire à cette anomalie.

Dans la lumière crue, toi qui m’a dégonflé,
Rends moi l’Ombellifère où ma Mélancolie
Trouvait la fraîcheur douce et le temps de souffler
Allongé sous la fane où la rose s’allie.

Suis-je bref ou minus ?… Malheureuse addition ?
Mon tronc est court encor, pendu à la bouline,
Et j’ai déambulé, là où l’on tataouine

Et j’ai deux fois testé toutes les décoctions
Touchant du bout des doigts la somanotrophine :
Amertume tactile ? Essaie la paraffine.

Notez que nous fûmes deux, avec Patrice Besnard,
à l’emporter dans cette catégorie là.
Tout cela pour dire que les rimes sont une matière de première
importance, même si on les utilise peu au quotidien (Passe moi le sel/
je fais la vaisselle n’est pas une rime classique…)
Cette année, du 17 au 24 mars, c’est la dixième semaine de la langue
française et de la francophonie. Les mots de l’année sont : ondelette,
désenchevêtrement, variation, rayonnement, complexité, hélice,
élémentaire, icône, cristal, mirroir auquel a été ajouté ordinateur. A
vous de jouer ?