Le parler que j’aime

"Le parler que j’aime, c’est un parler simple et naïf, tel sur le papier qu’à la bouche, un parler succulent et nerveux, court et serré, non tant délicat et peigné comme véhément et brusque."

Michel de Montaigne, à qui l’on doit cette phrase, aurait sans doute fait des merveilles avec un blog (j’adore ces phrases qui ne veulent pas dire grand chose). En tout cas, ça correspond bien à ce que devrait être une écriture web maîtrisée, non ?

Cette citation de Montaigne est en page 33 d’un livre superbe sur l’écriture et la langue française, que l’on doit à Maurice Deleforge Delforge, professeur de français à l’école de journalisme de Lille pendant une bonne quarantaine d’année : "En français dans le journal", editions Valhermeil, 2001.

Sujet, verbe, complément

“Les journalistes ne doivent pas oublier qu’une phrase se compose d’un sujet,
d’un verbe et d’un complément. Ceux qui voudront user d’un adjectif passeront me
voir dans mon bureau. Ceux qui emploieront un adverbe seront foutus à la porte.”

Georges Clémenceau

(Fallait que la note quelque part, ici, c’est aussi bien)

Du même :

"Une phrase française, ça se compose d’un sujet, d’un verbe et d’un complément
direct. Et quand vous aurez besoin d’un complément indirect, venez me trouver."

Clarté et justesse

La clarté est la politesse de l’homme de lettre.
(Jules Renard, Journal (7 octobre 1892), p.110, Éd. Robert Laffont coll. Bouquins.)

Le mot juste ! Le mot juste ! Quelle économie de papier le jour où
une loi obligera les écrivains à ne se servir que du mot juste !

(Jules Renard, Journal (22 novembre 1894), p.195, Éd. Robert Laffont coll. Bouquins.)

 

Toujours autant de merveilles, dans "Au fil de mes lectures"

Un métier honnête

" C’est bien ainsi, c’est la raison pour laquelle je suis écrivain (et non professeur ou prédicateur). La feuille blanche incriminée, l’épouvantail des écrivains, ne m’a jamais épouvanté. La feuille quotidienne, là, sur le bureau matinal, ça oui, bien sûr, il vaut mieux courir que tenir, mais le fait que je suis écrivain ne m’a jamais causé de souci. Ce qui veut dire à cette date que je n’ai pas de remords d’intellectuel, je ne pense pas que je pourrais, comme on dit, exercer plutôt un métier honnête, mieux, je pense que j’exerce un métier fort honnête (en principe, ce n’est pas un éloge : si un écrivain travaille honnêtement, il n’en découle encore rien ; c’est en ceci qu’il diffère du maçon, en beaucoup d’autres choses par contre ils se ressemblent) – et cela signifiait au départ que je n’avais jamais éprouvé la nécessité intérieure ou extérieure de le prouver. On va encore nuancer ça. "

Peter Esterhazy, Aux gens du livre, essais et discours, Editions Exils

Les studieux du stylo

A nous aussi cela ferait plaisir les belles phrases, les bons mots, les formules bien rédigées, la belle comparaison proustiennne, l’enfance de l’art, l’état de grâce, la métaphore sublime, la petite proposition subordonnée bien balancée, impeccablement équilibrée, l’épithète assassin, l’adverbe ad hoc, la phrase substantive idoine, ah la phrase substantive idoine, ce n’est pas tous les jours qu’elle nous vient à nous les studieux du stylo.

Philippe De Jonckheere

Bonne chance !

Parfois, on n’a rien envie de dire de plus…

Pourquoi écrire ?
Pour devenir une star ? Pour
être riche ? Pour laisser une trace ? Pour économiser les scéances chez
le psy ? Pour se taper Houellebeck sur un plateau TV ? Pour répondre
aux questions d’Ardisson ? Pour se faire plaisir ? Je n’en sais rien au
fond. J’écris comme d’autres bricolent, vont au cinéma ou enfilent
leurs baskets. Il m’arrive de vouloir écrire juste pour écrire, pour
voir les lettres s’emplier (sic) les unes derrière les autres et,
miraculeusement, former des phrases. Cette sensation est jouissive au
plus haut point.

Alors je vais tenter de me relancer. Après "Ils ont réussi leur start-up",
je vais retourner à la source, loin à l’intérieur, chercher la matière
la plus noble qui soit, la plus dure à travailler, celle qui vient de
soi… Pas d’éditeur, pas de contrat, pas d’avance sur recette (et je
suis nul en cuisine), juste l’envie inexorable de recommencer cette
aventure parallèle, ce fil rouge qui vous tient éveillé toute l’année
et donne aux journées une couleur plus tranchée.

Allez hop, c’est parti !!!

Vinvin

Bernard Pivot fait confiance aux jeunes

Pivot

L’écriture SMS est un code, un rite de passage. C’est une mode qui
risque de s’installer durablement car le SMS n’est pas voué à
disparaître. Certains pensent que les dommages sur l’orthographe seront
irréparables. Ce n’est pas sûr. C’est une période de jeu, de réduction
phonétique des mots. En tout cas pour moi, même lire cette langue me
pose un problème.
D’une façon générale, je trouve qu’on est un peu trop critique envers
les jeunes. Je me souviens lorsqu’on organisait les dictées des Dicos
d’Or, ils étaient au départ 500.000 à s’inscrire. Il y a encore un
appétit des jeunes pour les mots. Beaucoup tiennent un journal intime.

Bernard Pivot à l’AFP le 16 septembre 2005…

Oui, Bernard ! Et c’est sans compter tous ceux qui tiennent un blog avec parfois des mots correctement orthographiés 🙂

Ecrire n’est pas communiquer

– L’écriture fout la merde à tous
les niveaux ; pensez aux arbres qu’il a fallu abattre pour le papier,
aux emplacements qu’il a fallu trouver pour stocker les livres, au fric que leur
impression a coûté, au fric que ça coûtera aux éventuels lecteurs, à l’ennui
que ces malheureux éprouveront à les lire, à la mauvaise conscience des
misérables qui les achèteront et n’auront pas le courage de les lire, à la
tristesse des gentils imbéciles qui les liront sans les comprendre, enfin et
surtout à la fatuité des conversations qui feront suite à leur lecture ou à
leur non-lecture. Et j’en passe ! Alors n’allez pas me dire que l’écriture
n’est pas nocive.
– Mais
enfin, vous ne pouvez pas exclure à 100% la possibilité de tomber sur un ou
deux lecteurs qui vous comprendront réellement, ne serait-ce que par
intermittence. Ces éclairs de connivence profonde avec ces quelques individus
ne suffisent-ils pas à faire de l’écriture un acte bénéfique.
– Vous
déraisonnez ! Je ne sais si ces individus existent mais, s’ils existent, c’est
à eux que mes écrits peuvent nuire le plus. De quoi croyez-vous que je parle
dans mes livres ? Vous vous imaginez peut-être que je raconte la bonté des humains
et le bonheur de vivre ? Où diable allez-vous chercher que me com­prendre rend
heureux ? Au contraire !
– La
connivence, même dans le désespoir, n’est-elle pas agréable ?
– Vous
trouvez ça agréable, vous, de savoir que vous êtes aussi désespéré que votre
voisin ? Moi je trouve ça encore plus triste.
– En
ce cas, pourquoi écrire ? Pourquoi chercher à communiquer ?

Attention, ne mélangez pas : écrire, ce n’est pas chercher à communiquer. Vous
me demandez pour­quoi écrire, et je vous réponds très strictement et très
exclusivement ceci : pour jouir. Autrement dit, s’il n’y a pas de jouissance,
il est impératif d’arrêter.

Amélie Nothomb, Hygiène de l’assassin. Son premier roman, et sans doute le meilleur.

Intention sans motif

Pour de multiples raisons, et surtout une, qui donnera ou ne donnera pas quelque chose, je m’intéresse beaucoup à ces livres, articles, sites internet qui donnent des conseils pour devenir écrivain. C’est parfois pitoyable, parfois drôle, et parfois intelligent. Dans la catégorie "curiosités", voici une citation, glanée sur le Web à laquelle je n’ai pas changé une lettre : 

Pour devenir auteur ou écrivain, c’est de commencer. Si vous allez à l’école pour devenir écrivain sans écrire pour vous, alors vous ne le deviendrai pas. Ceci est un job rien de plus. Devenir écrivain ne s’apprend pas. On peut apprendre la grammaire, la littérature ou tout autre sujet, mais devenir écrivain n’est pas un choix imposé, c’est d’abord une intention sans motif. On aime ou on n’aime pas.

J’adore quand on donne des conseils comme ceux-là… Passons sur l’orthographe et la grammaire, puisque cela s’apprend, tout n’est pas perdu. Quand à savoir ce qu’est une "intention sans motif", j’accepte toutes les explications de texte en commentaire…