17 avril – Anicet

Mais quel cochon ! J’en avais partout, du nez au menton, le sourire aux oreilles, et les lèvres recouvertes de cacao. C’était le dimanche midi, et je finissais toujours le grand saladier de mousse, à m’en lécher les doigts. Quel cochon, riait grand-mère, heureuse qu’une fois encore je fasse honneur à son dessert. Petit cochon, mon cochonou, tu en as mis partout : c’était lorsque j’étais petit. Et j’en voulais encore ! Jamais retrouvé ce goût-là et j’hésite toujours, ne résiste jamais : et si c’était la bonne ? Alors je goûte, dans tous les restaurants, et toutes les marques du rayon frais, mais je ne retrouve jamais le plaisir de l’enfance, la voix rieuse de ma grand-mère, ni le plaisir coupable de celui qui a taché la nappe. Petit cochon est devenu grand, et les mousses ne sont plus ce qu’elles étaient, perdues dans l’enfance. Pourtant, la prochaine que je croise, je la gouterai encore. Au cas où.

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  1. Ils sont cinq autour de la table, trois frères et leurs parents. Le gigot est terminé, les garçons attendent avec impatience le dessert. Leur excitation est à son comble, la cuisinière a préparé une mousse au chocolat. Ils vont encore se disputer comme des chiffoniers, compter les cuillères, évaluer la quantité de mousse sur chacune. Ils ne savent même plus depuis combien d’années cette dispute dure autour de ce dessert. Dans quarante ans, ils en reparleront encore entre eux en souriant. C’ était il y a cent ans. Mon père, le plus jeune, avait douze ans.

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