Les liens du dimanche #13

Obfuscation ? Vous avez dit obfuscation ? Des manière de jouer à cache cache sur les réseaux en trichant, et publiant des choses qui tromperont les algorithmes sur ce que vous êtes vraiment.

Les journalistes papier, et ce qu’ils disent à ceux du web. Criant de vérité chez Yann Guégan.

Et c’est quoi un journaliste, d’ailleurs : une question avec des éléments de réponse sur France Culture. Bon à savoir alors que le New York Times en supprime une centaine mais que de nouveaux médias, 100% web, se lance, comme Brief.me (on vous en a déjà parlé) qui a lancé une collecte sur Ulule. Pas étonnant qu’il faille pour Denis Olivennes, dans ces conditions, inventer le Elle des 10 prochaines années. Et ça ne sera pas facile.

red_ditSur Reddit, c’est plutôt de l’information sans journalistes, mais avec des internautes. Et Le Monde explique comment ça marche, et ça fait de l’audience. Sur Reddit on a d’ailleurs notamment repéré cette vidéo en anglais qui se moque joliment des journalistes à la course au clic…  Et, en Allemagne, c’est Google qui se fâche contre les éditeurs de presse, jugés un peu trop rigides par rapport aux moteurs de recherche.

A lire, pour comprendre dans quel monde on vit sur les réseaux, cette rencontre avec Fakir, le sorcier du hashtag sur Twitter.

On a repéré chez TV5 de la littérature classique et légale, à télécharger.

Spécifique, mais à la croisée de mes centres d’intérêt : ce guide des réseaux sociaux à l’usage des éditeurs.

En vidéo cette semaine : l’invention de l’information en continue par France Info.

Les liens du dimanche #11

« Sans prévenir, sans explications, sans raisons. Google a supprimé de son index tous les articles de Numerama qui traitaient du blocage sur décision administrative d’un type particulier de sites internet, a priori en raison d’un mot employé dans les titres. Une censure robotisée, décérébrée. » Une anecdote pour le moins intéressante sur le pouvoir que l’on laisse aux algorithmes de contrôler notre façon de voir le monde. C’est ici. L’explication de Google : ce serait un bug. Un bug rapidement corrigé. Mais c’est le genre de choses qui pourraient expliquer pour en Allemagne le gouvernement demande à Google de révéler la nature concrète de son algorithme. Toujours à propos de Google, on se demande dans le Journal du Net comment le moteur de recherche fait pour repérer les contenus de qualité.

Les cours de journalisme de la BBC sont disponibles en françaisDécidément, la technologie n’est pas neutre… « Facebook s’octroie non seulement le droit d’accéder à tout votre répertoire de contacts, mais vous observe également dans vos moindres faits et gestes. » Tel est le constat un brin alarmant d’un spécialiste de la sécurité informatique à propos de l’application messenger de Facebook.

Pour info, et pour lutter contre les idées reçues : les 18-35 ans lisent plus que leurs aînés. Pendant ce temps là, au moins, ils sont souvent ailleurs que sur Google ou Facebook. Et toc.

Lire : le portrait-robot du consommateur français d’information ici. Une matière dans laquelle le projet à suivre ces prochaines semaines pourrait bien être Brief. En même temps, et dans un mouvement qu’on pourrait appeler inverse, il apparaît que le long format pourrait être l’avenir du journalisme sur le web. Comme quoi, on continue de chercher dans toutes les directions.

Bonne nouvelle pour ceux qui préparent l’avenir : la BBC a mis en ligne une version en français de ses cours de journalisme.

La vidéo de la semaine ? Un documentaire de 46 minutes : J’ai pas voté.

 

Les liens du dimanche #10

Démarrons avec une image. Parce que c’est un sujet d’importance, et que l’image va tout vous expliquer sur la neutralité du net, et vous faire rire un peu.

Définition de la neutralité du net par Klaire fait grrr

Google meilleur ennemi de la presse en ligne  ? Question universitaire, pour une fois, où la problématique du référencement versus le journalisme est traitée. A lire là.

Universitaire encore, et en anglais, cette étude sur l’influence de l’émergence d’un journalisme indépendant sur l’actu locale. Cas étudié à Toulouse, avec Carré d’info et Libé Toulouse inside.

Yann Guégan dit plein de choses intéressantes sur Wikipedia (maintes fois répétées en formation), et révèle quelques petites choses sur les relations de l’encyclopédie avec les médias.

Facebook teste des publications avec date d’expiration, qui disparaîtraient donc après un temps donné. Explications.

Frédéric Cavazza pose, il le fait souvent, une bonne question : est-ce la fin des conversations sur les médias sociaux ?

Gérer, éditorialement, un blog WordPress en ayant le bon plugin pour programmer ses publications ? C’est bien. Et c »est expliqué, mais en anglais, ici.

Côté piratage, on gardera en mémoire que le livre de Valérie Trierweiler est devenu « le plus piraté en France » depuis l’offre légale.

Et du côté de la presse papier, d’autres choix sont-ils possibles ? Peut-être…

Alain Duez a imaginé un outil papier qui se fasse le relais de son plan ESSE : Demain en mains. Sous-titré « Le magazine de l’économie juste », le mensuel ambitionne de faire savoir au plus grand nombre qu’un autre modèle économique est possible.

Il se construit à partir des mêmes ingrédients qui ont fait la recette de L’Âge de faire : la coopération citoyenne comme relais de diffusion et de maillage du territoire. Avec un prix de vente symboliquement fixé à 0,20 euros, chaque coopérant est invité à s’abonner pour six euros et à revendre ou distribuer les trente exemplaires correspondants auprès de son entourage.

Objectif : 300.000 exemplaires.

Le portrait d’Alain Duez à lire ici.

Et sinon, une filiale, privée, de la Bibliothèque Nationale de France, publique, commercialise des ebooks numérisés avec l’argent public… Ce qui ne manque pas de choquer certains.

BNF

Il faut dire que la situation est pour le moins compliquée.

Pour finir, la Netscouade a publié une belle boîte à outils du rédacteur web., avec 40 outils indispensables, et même pas de truelle. La liste est pertinente.

Cette semaine, en vidéo, je partage avec vous 10 minutes de Philippe Meirieu sur l’intention d’écrire. Une intervention lors du colloque « Pouvoir lire le monde » organisé le 28 mars 2012 par la Fondation SNCF. Parce qu’il faut parfois revenir aux fondamentaux.

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Les liens du dimanche #9

La grande affaire de la semaine, c’est la disponibilité des romans de la rentrée, parfois avant leur sortie, gratuitement, sur quelques sites de piratage. De quoi donner des sueurs froides aux éditeurs, comme le souligne Thierry Crouzet. C’est que la lecture numérique a bien des avantages. D’ailleurs, n’hésitez pas à participer à ce projet !

Sur Facebook, on est parfois envahi d’actualités présentées de manière un peu sensationnelle mais sans véritable intérêt. Des infos aux titres racoleurs. Le réseau social a décidé de faire le ménage. Les choses sont ainsi expliquées sur Génération NT :

Selon Facebook, 80 % des utilisateurs interrogés dans une étude indiquent qu’ils préfèrent que les titres les aident à décider s’ils veulent lire l’article entier avant de cliquer.

Pour faire le ménage dans le fil d’actualité, le réseau social va surveiller le temps passé par un utilisateur pour lire un article après un clic. Un indicateur sera que si un utilisateur revient immédiatement sur Facebook à la suite d’un clic… il n’a pas été satisfait.

Un autre facteur pris en compte consistera à regarder le ratio d’utilisateurs qui cliquent sur le contenu par rapport à ceux qui en discutent et le partagent avec des amis. À défaut de telles interactions, ce sera aussi un signe que la qualité du contenu n’a pas été jugée suffisante.

Facebook fait partie de ces services qui gardent, vous le savez, de nombreuses traces de vous. Pour y voir plus clair, lisez donc cet article de Rue89.

Dans les formations que je dispense, j’insiste toujours sur le fait qu’on passe beaucoup de temps à réfléchir à sa home page, alors que la façon dont se présentent les pages intérieures d’un site est très importante. Il est bon de rappeler cependant que la home page n’est pas morte, à partir de l’exemple d’un site qui y est revenu après avoir voulu s’en affranchir.

L'avenir de la presse au cœur des liens de la semaine (Capture du documentaire Presse :vers un monde sans papier ? Diffusé sur Arte
L’avenir de la presse au cœur des liens de la semaine (Capture du documentaire Presse :vers un monde sans papier ? Diffusé sur Arte

Côté média, rentrée oblige, ça parle beaucoup de stratégie. Le patron de Radio France explique dans Libération que « la radio va plus vite que le web ». Mais dans Les Inrocks, c’est Johan Huffnagel, le numéro 2 de Libération qui explique que « le papier n’est plus la priorité de Libération ». Ce qui permet à David Servenay, journaliste et cofondateur de la Revue dessinée, de tracer pour Libération un avenir :

si « le papier n’est plus la priorité de Libération » comme le souligne Hufnagel, alors tirez-en toutes les conséquences ! Passez, par exemple, de six à deux éditions papier par semaine : cela vous coûtera moins cher, mais pourrait aussi vous rapporter beaucoup plus en développant un vrai site, satisfaisant pour vos lecteurs et qui génère des revenus.

Ben voilà, on y vient. Et l’on tient peut-être une occasion de lutter contre le lent déclin de la presse française pointé par Challenges avec l’AFP. Attention néanmoins, rien n’est simple dans ce domaine. La preuve outre-rhin avec les difficultés de Der Spiegel à mettre en oeuvre sa stratégie de rapprochement entre le web et le papier.

Côté web et média, les relations sont en effet souvent compliqué. La preuve encore, dans un autre genre, avec l’attaque du Parisien (le journal) contre The Parisienne (le blog). Rue89 dresse un bilan du sujet.

Et pour finir, la traditionnelle vidéo de la semaine. C’est le documentaire qui a tout à voir avec les liens précédents Presse : vers un monde sans papier ? Diffusé par Arte. Il ne devrait être visible ici que jusqu’au mardi 2 septembre 2014.

https://www.youtube.com/watch?v=DBJZesXZvjA

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Les liens du dimanche #7

Un robot pour détecter la qualité littéraire d’un texte ? Y a qu’à demander, m’sieurs, dames… Evidemment, ça choque un peu mais si l’on y réfléchit

10 astuces pour créer une vidéo virale. Le Saint-Graal du web contemporain, en quelque sorte.

On parlait la semaine dernière des outils des journalistes ? Voici la boîte à outils du journaliste mobile.

Une étude de la société américaine RKG indique que près d’un tiers du trafic total sur un site web vient des moteurs de recherche. L’essor des mobiles est également confirmé… C’est sur Abondance.

Innovation au New York Times – et à L’Express avec la version française du rapport du premier par Eric Mettout qui fixe quelques axes de progression du journalisme sur le web.

Facebook crée une fonction « sauvegarde » pour retrouver des contenus plus tard. L’article des Echos.

Moi, quand on cite Samuel Beckett et l’Oulipo à propos d’écriture web, je fonds… Où l’on confronte poésie et algorithme.

Si la communication en ligne, y compris le marketing, vous intéresse, la responsable de la communication digitale du groupe Lacoste partage ses best practices (sic) :

Facebook est devenu un média social de masse, plutôt généraliste sur lequel il faut être très actif. C’est la télévision d’aujourd’hui appliquée aux réseaux sociaux, avec ses présentations de produits, ses événements et ses célébrités.
Les autres réseaux sont beaucoup plus spécialisés. Twitter est et doit être utilisé comme un relai de news. Instagram a une cible encore différente (la majorité des utilisateurs se connectent sur mobile), nous alimentons le compte avec des photos au quotidien.

Le contenu posté sur Tumblr est beaucoup plus « inspirationnel », plus riche. À raison d’un thème par mois, nous l’alimentons en contenus de très grande qualité. Enfin, Pinterest a vocation d’être un scrapbook virtuel : ce sont des collages représentant tout ce qui nous fait rêver. Sur cette plates-forme les contenus que nous poussons doivent être des bonbons pour les yeux !

Toujours du marketing : ce que les marques ont inventée pour se faire une place sur les réseaux sociaux, en temps réel, pendant la Coupe du Monde de football

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A mille lieues de là, la vidéo de la semaine. Un documentaire. 1h44. Sous-titré en français en cliquant sur le bouton sous-titre dans la barre sous la vidéo… Il est question d’Aaron Swartz, l’enfant d’Internet.

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Les liens du dimanche #4

D’ici à 2025, 90 % des informations lues par le grand public seraient générées par des ordinateurs : « Cela ne signifie pas que 90 % des journalistes seront remplacés par des robots, mais que le volume de textes publiés va croître de façon gigantesque. Prenons l’exemple des petits matchs de base-ball amateurs : ils n’intéressent pas les médias, mais chacun d’entre eux est suivi avec passion par quelques dizaines de personnes. Quill se procure les données de jeu sur des milliers de ces matchs et produit en un instant des milliers d’articles, un par match, dans un style semblable à celui des journalistes sportifs, qui est facile à imiter. » Narrative Science possède déjà des clients dans ce secteur : des sites spécialisés dans le sport local ou dans les informations pour la jeunesse. L’article du Monde sur le sujet est là. Et, côté littérature, c’est Philippe Vasset qu’il faut lire. A lire également : Un robot pour contrôler le travail des journalistes (Le Monde, encore). Et pour Associated Press, ce n’est pas de la science-fiction (lire ici, en anglais). Pratique si vous souhaitez écrire 5 millions d’histoires par semaine (en anglais ici).

Pour Tony Haile est PDG de Chartbeat, une société basée à New York et connue pour son service de mesure d’audience en temps réel, « vendre des affichages de publicité sur des pages, comme le font aujourd’hui les médias, ne monétise pas du contenu mais des clics sur des liens qui mènent à du contenu. Une fois que j’ai cliqué, la monétisation a lieu, peu importe que j’aie lu le contenu ou que je l’aie aimé ». Cela a une influence directe sur la façon d’élaborer le contenu, et donc sur la ligne éditoriale. Selon lui, « il faut passer du web du clic au web de l’attention« . Ce n’est pas qu’une question de modèle économique, mais aussi une question de fond.

Le smartphone et les tablettes continuent de tout engloutir sur leur passage. Aux États-Unis, plus de la moitié (51 %) du temps consacré au numérique est dorénavant passé dans des applications mobiles, selon une étude du cabinet comScore parue cette semaine. L’ordinateur, qui fut la star du numérique durant deux décennies, perd du terrain. A tel point qu’alors qu’on commençait tout juste à faire passer l’idée du « web first » dans les rédactions, on va devoir penser « mobile first » : on ne publie plus en premier sur le papier, ni même sur le web, mais pour le mobile. Alain Verloes en parle en détails ici.

Dans un récent article de la revue scientifique Pnas, des chercheurs travaillant pour Facebook ont dévoilé une expérience menée en secret sur plus de 600.000 personnes. Le but de l’étude? Comprendre comment fonctionne la contagion émotionnelle, c’est-à-dire le fait qu’une émotion puisse se transmettre d’une personne à l’autre. Faut-il s’insurger que Facebook « joue » ainsi avec nos relations ? Olivier Ertzscheid, sur Affordance, explique :

Il ne faut pas oublier Mac Luhan. Et oui. Le « medium is the message ». TF1 est un medium, Facebook en est un également. Ces « médias » ont à l’évidence et par nature une influence sur les messages et les informations qu’ils diffusent (puisque ce sont eux, leurs actionnaires, leurs journalistes, leurs éditorialistes, leurs algorithmes, qui les choisissent), et ces médias ont à l’évidence la capacité de façonner ou de fabriquer l’opinion. Relire Bourdieu, Chomsky et Mac Luhan donc.

Google enlève de son index des pages, sur demande des personnes qui y seraient mises en cause. C’est le droit à l’oubli. Mais Google prévient les sites concernés, et ne procède pas vraiment à des vérifications… Et la presse crie au scandale : tout cela tourne à la farce. Explications sur Rue89. Google aurait commencé à revenir sur ses décisions, selon Reuters cité par Le Figaro.

La vidéo de la semaine ? Forcément, elle a un an. Et vous comprendrez pourquoi en la regardant…

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De l’échec de la longue traîne appliqué à la politique éditoriale

La longue traîne ne marche pas. Ce constat est répété par Hubert Guillaud sur La Feuille, qui explique que le concept de Chris Anderson n’a pas trouvé sa place dans la réalité. La longue traîne ? Un espoir théorisé en 2004, qui voulait que, les produits qui sont l’objet d’une faible demande ou qui n’ont qu’un faible volume de vente, peuvent représenter une part de marché égale ou supérieure aux best-sellers.

Cette idée, je l’ai comme beaucoup d’autres défendue. En ce qui me concerne, c’était devant des stagiaires, puis, stratégiquement, aux commandes de quelques sites web. Elle devait s’appliquer aux articles d’un site de presse comme aux autres produits. Et j’imaginais que, publiant des centaines d’articles, la somme du nombre de pages vues générées par les articles les moins lus représenterait une part égale ou supérieure à celle des articles les plus lus.

Le chiffre d'affaires de la longue traîne devait être supérieur à celui des best-sellers...
Le chiffre d’affaires de la longue traîne devait être supérieur à celui des best-sellers…

Force est de constater que les conséquences de cette vision n’ont toujours été au rendez-vous. Entre 2004 et 2014, il s’est passé bien des choses.

De 2008 à 2011, je suis responsable du web dans un titre de la presse quotidienne régionale. Nous publions, en ligne, entre 250 et 300 articles par jour. La majorité ne sont pas lus. Pas lus du tout. Et seuls 1 à 10 ont un impact significatif sur l’audience quotidienne. Pourquoi ? Je crois d’abord que cela vient de nous : nous ne savons pas mettre en avant la richesse de ce que nous publions. Je ne pense pas alors que la longue traîne ne marche pas, mais que nous ne savons pas en tirer profit. Et je me trompe sans doute pour partie.

Les années suivantes, à la tête de Grand-Rouen.com, on publie 5 à 10 actualités par jour. C’est peu. Mais cela n’empêche pas d’atteindre une audience satisfaisante. Largement inférieure à celle du titre de la presse régionale, mais avec 50 fois moins de journalistes, on atteint 30 % de leur audience. Le ratio est intéressant. Là, la longue traîne aurait pu s’appliquer aussi : les articles s’accumulent. Mais ce sont toujours 1 ou 2 articles qui assurent plus de la moitié de l’audience quotidienne.

Quelques temps après, je regarde de près l’audience d’un troisième site, à dimension départementale qui, lui, dépassera l’audience du quotidien régional. Une vingtaine ou une trentaine d’article par jour, dix fois moins que le concurrent, pour une audience qui devient vite supérieure. Mais, là aussi, peu d’effet de longue traîne : ce sont un ou deux articles par jour, parfois trois ou quatre, qui assurent l’audience quotidienne.

Alors, pas de longue traîne dans la presse ? La conclusion, à partir de trois exemples vécus semble s’imposer. La question suivante, c’est : pourquoi ? Il me semble que les explications techniques et économiques développées par Hubert Guillaud dans son article sont éclairantes : on met en avant les articles les plus lus, ou ceux qui ressemblent à ceux qui ont été jusque là les plus lus (d’où le règne du fait-divers dans la presse locale) et, du coup, on ne fait que reproduire les recettes qui ont déjà marché. C’est un effet « super star » dans lequel le journaliste propose toujours au lecteur ce qui ressemble le plus à ce qu’il a déjà apprécié. Les algorithmes de Google n’arrangent rien en mettant invariablement en avant ce qui « marche » le mieux.

J’y vois aussi un effet « communautaire ». Car la rédaction n’est plus la seule responsable. Plus le temps passe, plus le lecteur prend le pouvoir dans la hiérarchisation de l’information : ses partages sur les réseaux sociaux sont souvent la clef principale du succès d’un article. Il partagera certes d’abord ce qu’on lui montre en premier mais ce n’est pas toujours le cas, et il pourrait aller chercher autre chose et inverser quand il le veut les priorités.

Il ne le fait pas. Et, quelque part, c’est peut-être le signe de ce qu’est une communauté : un ensemble de personnes qui voudra parler de la même chose au même moment. Une communauté de lecteurs, cela fonctionne à l’inverse de la longue traîne : c’est ce noyau dur qui va décider collectivement de s’intéresser à la même chose au même moment. Charge au community manager de faire rentrer dans la danse des sujets, mais il n’imposera pas sa loi. La seule marge d’action serait peut-être de ne plus mettre certains types d’articles à disposition de la communauté. Mais au risque qu’elle se disloque, et que l’audience s’effrite. Si ce que partage mes lecteurs est dans la rubrique faits-divers et que je supprime cette rubrique, ou l’atrophie, je risque que mes lecteurs aillent voir ailleurs plus sûrement qu’ils se jettent sur la rubrique culture…

L’enjeu pour une rédaction serait bien au contraire de proposer à un instant T à sa communauté l’article que ses membres ont justement envie de partager. Cela fait-il un projet journalistique ?

Ecriture web : explorer le champ lexical

Lorsqu’on vous parle d’écriture web, on vous parle depuis longtemps de mots-clés. C’est bien, les mots-clés : c’est ce que tape l’internaute dans son moteur de recherche favori pour vous trouver. Ainsi, placer comme il faut les mots « crevette » et « Madagascar » permet d’atteindre un bon référencement sur ces mots là (ça ne suffit pas, mais c’est un bon début).

Google est plus malin que cela. Il sait des choses sur les mots que vous ignorez parfois. Il est même capable de retrouver un article sur les crevettes lorsque vous cherchez le mot « gambas ». Même si le mot gambas n’est pas dans l’article. C’est que manifestement, Google repère la cohérence des champs lexicaux que vous utilisez. Mais qu’est-ce qu’un champ lexical ? C’est l’ensemble des mots qui vous vient à l’esprit sur un thème donné. Pas forcément de la même famille, pas forcément de même nature : des adverbes, des adjectifs, des verbes, des noms qui, tous, font référence à un thème.

Une explication en vidéo :

La question qui se pose alors à l’auteur d’un texte sur le web est : comment faire le tour du champ lexical d’un sujet donné. Les associations d’idées sont la première voie. A condition de ne pas se laisser embarquer : la métaphore est a priori l’ennemie jurée du champ lexical.

Les dictionnaires sont une source bienvenue. J’utilise en ligne le TLFI. Un bon dictionnaire de synonymes a tout son intérêt.

Les associations d’idées des autres sont également une source quasi inépuisable. Seulement, comment rentrer dans leur tête ? Il y a un outil pour cela. Keyword Tools « s’appuie » sur les requêtes sur Google pour vous suggérer des mots-clés à partir de ce que les internautes tapent vraiment dans le moteur de recherche.

Le mot-clé crevette recèle de nombreuses potentialités d'associations.
Le mot-clé crevette recèle de nombreuses potentialités d’associations.

 

Impossible d’utiliser toutes les suggestions dans un texte, mais vous avez là, si on y réfléchit de cette façon, la description de ce que pourrait contenir un site thématique sur la crevette et les façons de la cuisiner !

Le travail de définition du champ lexical n’est pas le même selon que l’on élabore le champ lexical de base d’un site donné ou celui d’un article particulier.

Lorsqu’on lance ou lorsqu’on refait son site web, on a tout intérêt à prendre le temps d’élaborer un champ lexical « de base » : 30 à 40 mots ou expressions que l’on retrouvera de page en page et qui donneront aux moteurs de recherche la vision de l’unité thématique du site. Les mots-clés que l’on retiendra ne seront pas les mêmes selon la cible à laquelle on s’adresse : un site professionnel n’aura pas forcément à repousser un vocabulaire technique qui n’aurait pas sa place sur un site grand public. C’est un travail important, qui peut prendre du temps.

Lorsqu’on écrit un article sur un site, la réflexion sur le champ lexical sera l’occasion de s’assurer qu’on ne passe pas à côté de quelque mot-clé important. Il s’agira de donner une unité à son texte, et de mieux faire ressortir la page qui le contiendra dans les moteurs de recherche.

Référencement : quand les crevettes sont cuites…

Depuis 2006, lors de mes formations à l’écriture sur le web, je marque les esprits avec un exemple : celui des crevettes de Madagascar. Une belle longévité pour un article sur mon ancien site, qui montre concrètement que la répétition des mots-clefs dans un article influence positivement son référencement auprès de ceux qui cherchent les-dits mots-clefs dans Google.

Mais, le 12 juin 2014, j’étais devant quelques stagiaires de Radio France pour le compte de l’ESJ. Arrivé à la partie concernant le référencement, j’annonce mon effet spécial. Effets de manches, roulement de tambour. Je fais l’effet d’un manche, roulé dans la farine. Rien. Rien de rien : mon article sur les crevettes de Madagascar a sauté. Mais diantre, que s’est-il passé ?

Rien d’imprévisible, en fait : j’ai changé de site., rapatrié toutes mes archives ici, y compris les crevettes de Madagascar, qui ont donc changé d’adresse. Et la problématique du changement d’adresse, en référencement, c’est un vrai problème. On tombe très rapidement, si l’on ne fait rien, dans le travers du « NPAI » : n’habite plus à l’adresse indiquée.

Ce qui m’arrive là se résout assez simplement en redirigeant les moteurs de recherche des anciennes adresses aux nouvelles, à l’aide d’un bout de code à placer à l’ancien emplacement des pages, par exemple, et/ou d’un nouveau fichier .htaccess sur l’ancien site. C’est de l’informatique, la partie technique du référencement. Et je m’en suis passé. C’est mal, et, en même temps, pas très grave en ce qui me concerne, à part pour ces crevettes de Madagascar, donc. Je devrais en outre demander à ceux qui jusque là pointaient vers l’ancien site de pointer vers le nouveau. Un travail un peu long à réaliser, mais très efficace. Voir des explications techniques ici, par exemple.

Bref, le déménagement d’un site, ce n’est pas juste déménager. Comme dans la vraie vie, il faut mener quelques actions pour que l’on continue à vous trouver.

Comment mesurer l’impact d’un changement de site lors duquel le suivi a été pas ou mal géré ? Voici un exemple concret.

Le site Paris-Normandie.fr a lancé une nouvelle version mi-mars 2014. Ses statistiques se sont effondrées.
Le site Paris-Normandie.fr a lancé une nouvelle version mi-mars 2014. Ses statistiques se sont effondrées (source OJD).

Et voilà pourquoi il ne faut pas oublier de penser au référencement lorsqu’on déplace un site, ou même lorsqu’on change de système de gestion de contenu : Google doit pouvoir s’y retrouver. Et le lecteur aussi.