Cinq questions sur les communiqués de presse

arobaseJe forme à l’écriture, souvent, et à l’écriture de communiqués de presse, parfois. Journaliste, j’en ai reçu 150 000, peut-être (en vingt-cinq ans). J’en ai lu beaucoup moins. J’en ai écrit, aussi (et il arrive encore qu’on me demande de le faire).

En tirer quelques enseignements et les partager ? Oui, allons y. D’autant que je m’appuie pour cela sur les témoignages de quelques dizaines de journalistes qui ont bien voulu répondre à un petit questionnaire que j’avais mis en ligne avant une formation, pour éclairer mes stagiaires. Les résultats n’ont rien de scientifique mais illustrent parfaitement ma propre expérience, ce qui suffit pour les valider à mes yeux. Continuer la lecture de Cinq questions sur les communiqués de presse

Les liens du dimanche #10

Démarrons avec une image. Parce que c’est un sujet d’importance, et que l’image va tout vous expliquer sur la neutralité du net, et vous faire rire un peu.

Définition de la neutralité du net par Klaire fait grrr

Google meilleur ennemi de la presse en ligne  ? Question universitaire, pour une fois, où la problématique du référencement versus le journalisme est traitée. A lire là.

Universitaire encore, et en anglais, cette étude sur l’influence de l’émergence d’un journalisme indépendant sur l’actu locale. Cas étudié à Toulouse, avec Carré d’info et Libé Toulouse inside.

Yann Guégan dit plein de choses intéressantes sur Wikipedia (maintes fois répétées en formation), et révèle quelques petites choses sur les relations de l’encyclopédie avec les médias.

Facebook teste des publications avec date d’expiration, qui disparaîtraient donc après un temps donné. Explications.

Frédéric Cavazza pose, il le fait souvent, une bonne question : est-ce la fin des conversations sur les médias sociaux ?

Gérer, éditorialement, un blog WordPress en ayant le bon plugin pour programmer ses publications ? C’est bien. Et c »est expliqué, mais en anglais, ici.

Côté piratage, on gardera en mémoire que le livre de Valérie Trierweiler est devenu « le plus piraté en France » depuis l’offre légale.

Et du côté de la presse papier, d’autres choix sont-ils possibles ? Peut-être…

Alain Duez a imaginé un outil papier qui se fasse le relais de son plan ESSE : Demain en mains. Sous-titré « Le magazine de l’économie juste », le mensuel ambitionne de faire savoir au plus grand nombre qu’un autre modèle économique est possible.

Il se construit à partir des mêmes ingrédients qui ont fait la recette de L’Âge de faire : la coopération citoyenne comme relais de diffusion et de maillage du territoire. Avec un prix de vente symboliquement fixé à 0,20 euros, chaque coopérant est invité à s’abonner pour six euros et à revendre ou distribuer les trente exemplaires correspondants auprès de son entourage.

Objectif : 300.000 exemplaires.

Le portrait d’Alain Duez à lire ici.

Et sinon, une filiale, privée, de la Bibliothèque Nationale de France, publique, commercialise des ebooks numérisés avec l’argent public… Ce qui ne manque pas de choquer certains.

BNF

Il faut dire que la situation est pour le moins compliquée.

Pour finir, la Netscouade a publié une belle boîte à outils du rédacteur web., avec 40 outils indispensables, et même pas de truelle. La liste est pertinente.

Cette semaine, en vidéo, je partage avec vous 10 minutes de Philippe Meirieu sur l’intention d’écrire. Une intervention lors du colloque « Pouvoir lire le monde » organisé le 28 mars 2012 par la Fondation SNCF. Parce qu’il faut parfois revenir aux fondamentaux.

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Les liens du dimanche #9

La grande affaire de la semaine, c’est la disponibilité des romans de la rentrée, parfois avant leur sortie, gratuitement, sur quelques sites de piratage. De quoi donner des sueurs froides aux éditeurs, comme le souligne Thierry Crouzet. C’est que la lecture numérique a bien des avantages. D’ailleurs, n’hésitez pas à participer à ce projet !

Sur Facebook, on est parfois envahi d’actualités présentées de manière un peu sensationnelle mais sans véritable intérêt. Des infos aux titres racoleurs. Le réseau social a décidé de faire le ménage. Les choses sont ainsi expliquées sur Génération NT :

Selon Facebook, 80 % des utilisateurs interrogés dans une étude indiquent qu’ils préfèrent que les titres les aident à décider s’ils veulent lire l’article entier avant de cliquer.

Pour faire le ménage dans le fil d’actualité, le réseau social va surveiller le temps passé par un utilisateur pour lire un article après un clic. Un indicateur sera que si un utilisateur revient immédiatement sur Facebook à la suite d’un clic… il n’a pas été satisfait.

Un autre facteur pris en compte consistera à regarder le ratio d’utilisateurs qui cliquent sur le contenu par rapport à ceux qui en discutent et le partagent avec des amis. À défaut de telles interactions, ce sera aussi un signe que la qualité du contenu n’a pas été jugée suffisante.

Facebook fait partie de ces services qui gardent, vous le savez, de nombreuses traces de vous. Pour y voir plus clair, lisez donc cet article de Rue89.

Dans les formations que je dispense, j’insiste toujours sur le fait qu’on passe beaucoup de temps à réfléchir à sa home page, alors que la façon dont se présentent les pages intérieures d’un site est très importante. Il est bon de rappeler cependant que la home page n’est pas morte, à partir de l’exemple d’un site qui y est revenu après avoir voulu s’en affranchir.

L'avenir de la presse au cœur des liens de la semaine (Capture du documentaire Presse :vers un monde sans papier ? Diffusé sur Arte
L’avenir de la presse au cœur des liens de la semaine (Capture du documentaire Presse :vers un monde sans papier ? Diffusé sur Arte

Côté média, rentrée oblige, ça parle beaucoup de stratégie. Le patron de Radio France explique dans Libération que « la radio va plus vite que le web ». Mais dans Les Inrocks, c’est Johan Huffnagel, le numéro 2 de Libération qui explique que « le papier n’est plus la priorité de Libération ». Ce qui permet à David Servenay, journaliste et cofondateur de la Revue dessinée, de tracer pour Libération un avenir :

si « le papier n’est plus la priorité de Libération » comme le souligne Hufnagel, alors tirez-en toutes les conséquences ! Passez, par exemple, de six à deux éditions papier par semaine : cela vous coûtera moins cher, mais pourrait aussi vous rapporter beaucoup plus en développant un vrai site, satisfaisant pour vos lecteurs et qui génère des revenus.

Ben voilà, on y vient. Et l’on tient peut-être une occasion de lutter contre le lent déclin de la presse française pointé par Challenges avec l’AFP. Attention néanmoins, rien n’est simple dans ce domaine. La preuve outre-rhin avec les difficultés de Der Spiegel à mettre en oeuvre sa stratégie de rapprochement entre le web et le papier.

Côté web et média, les relations sont en effet souvent compliqué. La preuve encore, dans un autre genre, avec l’attaque du Parisien (le journal) contre The Parisienne (le blog). Rue89 dresse un bilan du sujet.

Et pour finir, la traditionnelle vidéo de la semaine. C’est le documentaire qui a tout à voir avec les liens précédents Presse : vers un monde sans papier ? Diffusé par Arte. Il ne devrait être visible ici que jusqu’au mardi 2 septembre 2014.

https://www.youtube.com/watch?v=DBJZesXZvjA

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Le journaliste qui ricoche et celui qui se mouille

Les travers du journalisme en ligne apporteur d’audience se mesurent aussi à l’aune d’une dérégulation totale du métier. Noyé dans le flot incessant des nouvelles, le professionnel recruté pour son hyperréactivité sur la Toile joue au serpent qui se mord la queue : il fait savoir ce qui se sait, montre ce qui se voit, réagit à ce qui génère des réactions.

Intéressant article : "Journaliste, ou copiste multimédia ?", de Marie Benilde, sur le site du Monde Diplomatique.

"il fait savoir ce qui se sait, montre ce qui se voit", ben oui, il utilise le "buzz" (vilain mot, décidemment), pour trouver sa place dans le flux des conversations. Un peu comme le journal du matin titrera sur le fait divers sordide qui s’est passé à quelques kilomètres de chez moi, parce que "ca fait vendre, coco". On ne réinvente rien. On utilise les lois de proximité différemment. Et, savoir ce qui fera buzz avant les autres, c’est être là où l’audience viendra naturellement, par capillarité, apportée par le flux des requêtes et la magie de Google. Logique de capture d’audience qui ne suffira pas à fidéliser le lecteur, mais lui fera connaître le journal.

Fidéliser, c’est proposer l’information qui fait revenir, soit qu’elle est plus "intéressante", soit qu’elle est plus réactive, soit qu’elle est plus… Bref, ce n’est pas en parlant de ce dont tout le monde parle, mais bien en annonçant ce dont tout le monde, peut-être, va parler. Bref, en étant, aussi, à l’origine de l’info, en faisant un "vrai" travail de journaliste (puisque pour beaucoup, il ne serait de journalisme que d’investigation).

Investigation : le mot est laché. Internet n’est, heureusement, pas que le lieu de la superficialité, pas une simple surface sur laquelle l’information ferait des ricochets à n’en plus finir. L’info ricochet, la même d’un site à l’autre, qui perd petit à petit de son amplitude, de son intérêt, n’a qu’un temps. On peut aussi, on doit, considérer Internet comme un terrain "normal". Pour un quotidien régional, presque "une locale de plus". Où l’on peut aller au delà de la surface, chercher ce qui se trame en profondeur, sonder les courants, pècher en eaux troubles. Bref, il y a le journaliste qui ricoche et celui qui se mouille. Cela non plus n’est pas totalement nouveau.

Et rien n’empèche un journal d’employer les deux. Ni même un journaliste, suivant l’heure ou la rubrique, de faire les deux. Pour peu qu’il sache nager.