Pokemon Go et la ville palimpseste

Pourquoi Pokemon Go ? La géographie fait depuis plus de 10 ans partie des ingrédients de ce que je construis, de ce que j’expérimente, de ce qui me construit. Sur le web, et pas seulement. Ce n’est pas l’élément toujours le plus visible, et certaines expérimentations ont été oubliées. Mais pourtant… Ce qui se superpose au lieu, ce qui constitue une géographie personnelle, ce qu’on peut raconter avec les lieux… Continuer la lecture de Pokemon Go et la ville palimpseste

Dédicace des as : l’auteur à la rencontre de ses lecteurs

dedicace 3L’auteur, lorsque son livre a paru, est invité par les libraires et autres salons du livre à rencontrer ses lecteurs. Souvent, il s’agit de s’assoir derrière une table et d’attendre le chaland. Parfois, on a plus de chance, et l’on est invité à parler. La sortie de mon récit Les Miraculées a été l’occasion d’une très belle et très émouvante rencontre à L’Armitière à Rouen. Salle comble, témoignages, questions : une séquence presque parfaite comme en rêvent tous les auteurs, j’imagine. C’est une belle librairie, L’Armitière. Continuer la lecture de Dédicace des as : l’auteur à la rencontre de ses lecteurs

Le visage de Georges Lauret

Georges LauretGeorges Lauret, donc, était médecin, chef du service obstétrique de l’hospice de Rouen pendant la seconde guerre mondiale, sous l’occupation nazie. Dans Les Miraculées, c’est lui le héros. Un vrai héros, pas simplement un héros de papier. Un héros avec un visage.

Grands yeux, petite moustache. Ce portrait à la pipe est visible dans un petit cadre à la place centrale dans l’appartement de Gaby à Paris. Gaby qu’il a sauvée, avec sa grande sœur et sa mère. Trois femmes auxquelles il a évité Drancy, Auschwitz, la mort. Continuer la lecture de Le visage de Georges Lauret

Les Miraculées, un récit pour que cela ne se perde pas

Les miraculees cartonLes Miraculées, c’est un récit, pas un roman. Une histoire, mais pas romanesque.

Elle n’est pas construite comme un roman, mais comme on raconte ses souvenirs.

Reconstruite, un peu, embellie, ici ou là, avec quelques mensonges, des approximations, de légères reconstructions, forcément. Le témoignage n’est pas fiable. Continuer la lecture de Les Miraculées, un récit pour que cela ne se perde pas

Dans les archives du Commissariat général aux questions juives

En cours, un travail qui me fait me plonger dans les archives départementales de Seine-Maritime, période 1939-1945. Là, ce qu’il reste du Commissariat général aux questions juives. Feuilles jaunies, défraîchies, résidus d’une administration dont il conviendrait de ne pas oublier ce dont elle a été capable. Et s’apercevoir que des gens ont pu écrire sérieusement des absurdités pareilles, et ce ne sont pas celles qui font le plus froid dans le dos. Bienvenue, ou pas, dans mon carnet de notes virtuel. Continuer la lecture de Dans les archives du Commissariat général aux questions juives

Par la fenêtre

Le travail est toujours en cours. Ecrire est plus long, plus délicat que ce que j’envisageais. Il faut trouver les mots. Et pour ça, avancer dans le réel. Sur place. Jauger la géographie des lieux. C’est pour prendre la température.

Par la fenêtre de l’immeuble se fait le lien, imprévisible initialement, de ma géographie à celle de ceux du récit. Par la fenêtre de leur immeuble, on voit les fenêtres de là où j’habitais enfant. Une coïncidence. Fortuite, forcément fortuite. Mais qui rapproche encore l’histoire à raconter.

Où l'on voit les fenêtres de l'appartement de mon enfance.
Où l’on voit les fenêtres de l’appartement de mon enfance.

J’ai habité là. Enfant. Au premier étage. Et si, grandir, c’est voir les choses sous un angle nouveau, je n’ai jamais autant grandi qu’aujourd’hui. La triple fenêtre, sans rideaux, est celle de ma chambre. J’y ai des souvenirs. C’était trente ans après l’histoire que je raconte. Trente petites années seulement.

Là, j’ai construit un village en carton, rangé mes affaires en fonction de leur couleur, écouté mon père, été serré dans les bras de ma mère, pleuré, aimé, grandi. J’ai fait une barricade. Mon père peignait dans la cuisine, juste à côté. Il y a de bons souvenirs. Ma sœur, mes grand-parents. Des soirées de Noël. Des rêves. De l’angoisse. Je regardais par cette fenêtre. Je voyais forcément cet immeuble d’où je me penche aujourd’hui. J’ignorais que je serai entrain d’écrire sur ce qui s’y était produit.

Une coïncidence. Fortuit, forcément fortuit.

La Nature est un temple où de vivants piliers
Laissent parfois sortir de confuses paroles;
L’homme y passe à travers des forêts de symboles
Qui l’observent avec des regards familiers.

La ville aussi, parfois.

Du travail en cours

Protagonistes retrouvés, entretiens faits, archives fouillées, bibliographie rassemblée : la matière brute est là. Reste à mener à bien le travail d’écriture. Lui-même est commencé. On a l’idée d’un découpage, quelques scènes rédigées. Bref, le livre est en route. Potentiellement finissable. Et je traîne. Des excuses pour ne pas écrire, ne pas m’y mettre, ne pas prendre le rythme qui permettrait aux pages de tomber les unes après les autres.

Ce que je prépare est un récit. Une histoire. Une histoire vraie, poignante. Il y a eu de l’émotion dans les rencontres. Je retarde même les retranscriptions. Il y a des faits, il y a un cadre, il y a une trame narrative.

J’ai plus de matière que je pourrai en utiliser. Elle sert à donner de l’épaisseur. On ne voit pas l’épaisseur, mais on sait qu’elle confère de la solidité au texte, qu’on peut s’appuyer dessus. J’en sais plus sur certains personnages que je pourrai en raconter. Et c’est ce qui fera leur force.

J’ai une responsabilité aussi. On m’a accueilli, on m’a parlé, on m’a montré et même donné des documents que personne ou presque n’avait vu. Je ne dois pas gâcher. Et je dois aux vivants un travail à la hauteur de leur expérience. C’est un brin paralysant.

Un roman, ce serait entre moi et les personnages. J’aurais tous les droits et, bon, à un moment ils finiraient par plier. Là, non. Il y a des blancs à combler, parce que la mémoire s’estompe et s’efface. Les témoignages laissent leur part d’ombre, de brèches à combler. Littéralement, les documents des archives partent en miettes. On ouvre un carton, on sort une pile. On lit chaque page. On respire les fibres du papier qui, petit à petit, font partie de vous. Et, sur les manches, les genoux, le ventre un peu bedonnant, des miettes des documents se perdent. Un jour, si la numérisation n’a pas lieu, il ne restera rien : l’archive est peau de chagrin qui diminue à chaque fois qu’elle est manipulée.

Entre les parpaings, je cimente à la fiction. Juste ce qu’il faut, en restant crédible, mais pour que ça tienne. Quelques scènes, quelques monologues intérieurs. Ce n’est pas un travail d’historien ou de journaliste où je ne pourrais me le permettre, mais un récit, une histoire qui s’appuie sur des faits réels, avérés. Je raconte une histoire vraie. Il y a dans la formulation même un oxymore irréductible.

C’est un travail d’écriture. Des outils narratifs à mettre en oeuvre. Plus facile à dire qu’à faire. Comment on raconte une histoire. Ce qu’on raconte et de quelle façon pour que le lecteur soit pris dans le filet. Et qu’on n’aille pas faire croire que c’est facile pendant. Après, oui. L’avoir fait, plus agréable que le faire.