Scrivener : plus loin dans l’écriture

scrivenerQu’est-ce qu’écrire un livre ? Inventer, mettre de l’ordre, trouver des liens. Oeuvre d’architecture, travail sur les points de vue, construction, documentation. Derrière la façade que l’auteur offrira au lecteur, des fondations, des lignes invisibles, des échos. Tout cela peut naître dans l’esprit de celui qui écrit et finir couché sur le papier, étalé sur l’écran. C’est la vision en deux dimensions d’un travail en trois. L’auteur, lui, est dans la troisième dimension.

Les logiciels de traitement de texte traditionnels s’inscrivent dans ces deux dimensions. Calqués sur le modèle de la machine à écrire, ils produisent une feuille à partir d’une feuille. C’est bien. Mieux qu’une feuille, déjà, dans les possibilités de correction infinie. Mais pas dans la gestion de la troisième dimension : celle des notes, de la documentation, du plan, de la gestion de projet. Toutes choses dans lesquelles l’ordinateur, spécialiste de la gestion de données à pourtant fort à apporter.

Je vous parlais il y a quelques jours d’ yWriter, logiciel spécialisé pour l’écriture de roman. J’étais enthousiaste après mes premiers essais. De ce partage est né un écho : sur Twitter, on me conseille Scrivener. Je n’avais pas vu ce logiciel apparaître jusque là dans mes recherches. Et pourtant, quel trésor !

Deux défaut d’abord : il n’est que partiellement traduit en français, et la documentation est en anglais. Et le logiciel est payant : 40 €. Une mise en garde encore : mieux vaut être à l’aise en bureautique. Si vous avez du mal avec Word, passez votre chemin : là, il y a des icones dans tous les sens, des données en lien les unes avec les autres, et une liberté telle de mettre en place votre propre organisation que ce peut être déstabilisant (surtout si votre anglais laisse à désirer, puisqu’alors la documentation vous sera d’un moindre secours…)

Si la bureautique ne vous fait pas peur, et que vous pouvez lire quelques dizaines de pages en anglais, alors foncez. Scrivener offre tout ce dont un auteur peut rêver : gestion de sa documentation et de ses notes de travail, écriture du texte, évidemment, liens entre les éléments… Si vous avez l’habitude d’avoir trente fenêtres ouvertes en simultané, vous serez ici dans votre élément.

Le logiciel n’est pas spécifiquement orienté pour le roman. C’est un plus : on l’utilisera sans difficulté pour d’autres travaux : essai, thèse, mémoire, rapport. Tout ce qui met en jeu une somme conséquente de documents, un plan un brin complexe sera traité ici avec efficacité. Le scénario semble également à l’honneur.

Je vous engage à profiter de l’essai gratuit d’un mois proposé par l’éditeur. Et ne vous inquiétez pas si aucune version française n’est proposée sur le site. A l’installation, vous aurez bien le choix de la langue de l’interface.

Des outils pour raconter une histoire

Parmi les activités qui m’occupent ces temps-ci, il y a l’écriture d’une histoire. Une histoire dans un contexte historique. Une narration, donc, et sous la forme d’un livre, a priori, quelques centaines de pages. Travail de documentation, structuration du récit, écriture.

En 2003, lorsque je publie S’éditer, aux éditions Eyrolles, je fais le tour des outils d’aide à l’écriture (le livre est épuisé). Il y avait déjà de jolies choses. Aussi, au moment de me lancer dans ce travail, je me pose à nouveau la question des outils.

J’ai déjà travaillé sur ce type de projet, au long cours, en utilisant un traitement de texte traditionnel. Avec l’obligation, à chaque fois que j’y revenais, de tout relire, et, surtout, un manque de rigueur dans la gestion de mes notes qui me faisait perdre du temps, et parfois, j’en suis sûr, des idées.

Le traitement de texte de type Word ou OpenOffice, voire leurs équivalents en ligne ne sont pas adaptés. Trop linéaires, plus proches du travail de lecture que tu travail d’écriture complexe. En même temps, établir un cahier des charges du logiciel qui faciliterait la vie de l’auteur n’est pas simple. Et puis, il y a la question du budget aussi.

J’ai mis la main sur yWriter. Ce logiciel est gratuit, et développé par un écrivain. Il a des concurrents, mais ils sont payants et/ou en anglais. yWriter a même l’avantage d’être presque totalement traduit en français.

Qu’apporte-t-il par rapport au logiciel de traitement de texte traditionnel ? Un fonctionnement par « brique », de type « base de données ». Une fiche par lieu, une par personnage, une par objet : c’est déjà énorme, puisqu’on peut associer chaque fiche aux scènes correspondantes. La scène est l’élément central du travail. On écrit des scènes qui s’insèrent dans des chapitres. C’est l’ossature.

Capture d'écran yWriter
yWriter permet d’écrire, mais aussi d’organiser l’écriture

On notera qu’on est là dans une logique a priori assez figée. Elle est pensée pour le roman. Pour raconter des histoires d’une façon classique. Mais cela permet la structuration du récit par touches.

Au début d’un projet, on ne sait pas toujours où l’on va. Avec yWriter, on pose les choses sans se soucier de l’organisation. On peut écrire une scène centrale, on la bougera après. On garde la maîtrise du récit, sans se laisser emporter comme on tentera d’emporter le lecteur.

yWriter possède de nombreuses autres fonctions. On a ainsi accès à des vues récapitulatives sur la présence des personnages tout le long du roman. On voit aussi quels mots sont les plus utilisés… Pour ceux que tente l’autoédition, on peut à la fin enregistrer son travail directement au format ePub (pas encore testé).

J’ai aussi choisi yWriter parce qu’il enregistre automatiquement tous les fichiers sur le disque dur, dans une arborescence qui lui est propre, et en les nommant pour s’y retrouver, mais au format RTF. C’est le format texte enrichi le plus lisible. Les notes restent accessibles même si le logiciel disparaît.

Côté notes, justement. On peut en créer autant qu’on veut autour du projet. C’est bien. On n’atteint cependant pas la souplesse d’un logiciel spécialisé comme Evernote. C’est ce dernier que j’utilise pour deux choses. D’abord la documentation « brute » : copiés-collés de wikipedia, par exemple. Parce que le système de recherche et de tags d’Evernote permet de s’y retrouver plus facilement. Dans yWriter je n’insère que des notes « élaborées », qui ont à voir avec la narration. Dans Evernote, je tiens aussi un journal de bord : quelques notes pour marquer les dates clefs du travail, les rencontres, les livres reçus, les entretiens, l’avancée de ce qui se fait « hors texte ». Ce texte sur les outils pourrait en faire partie.

Evernote est installé sur mon téléphone, sur mon iPad. Il me permet des notes rapides, en mobilité. Sa capacité de reconnaître les mots dans les textes photographiés autorise même la saisie rapide de citations dans des documents imprimés. Des avantages dont j’aurais du mal à me passer.

Que manque-t-il ? yWriter pourrait être enrichi d’un module de gestion de chronologie, qui permettrait de rattacher les scènes à une ligne du temps. Il y a déjà quelque chose de ce type, on peut associer chaque scène à une date et une heure. Mais la date c’est Jour 1, jour 2, jour 3, etc. Et ce n’est pas le plus pratique lorsqu’on a des dates « réelles » du type 12 avril 1932. Je vais sans doute pour cela utiliser un outil de frise chronologique de type TimelineJS, qui a l’avantage de s’alimenter à partir d’un simple GoogleDoc.

Le principal défaut qu’on pourrait trouver à yWriter est d’être un logiciel « hors ligne ». J’y vois pour l’instant plutôt un avantage. En effet, j’imagine qu’à la fin du travail d’écriture, j’apprécierai de m’isoler le temps nécessaire de la relecture. Et m’isoler, cela veut dire me trouver loin du web. Ce que le logiciel aura alors l’avantage de me permettre.

Bref, j’écris un livre. Et ce qu’écrire veut dire, aujourd’hui, hein ?

Si cela intéresse les Agences régionales du livres, les organisateurs de salon, les éditeurs, les associations d’auteurs, je peux animer des sessions de formations sur ces outils, d’une durée d’une demi-journée à trois jours, avec ou sans ateliers. Pour me contacter, c’est ici.