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Chaque mois, cinq idées pour améliorer votre créativité éditoriale

Journal – septembre 2026

1er septembre

Les questions de littérature et d’intelligence artificielle se bousculent, et les contacts se cumulent. Le sujet me passionne, et j’y consacre du temps. Beaucoup de prises de positions tranchées. Cela mérite exploration. Explorons, explorons.

Ce n’est pas une mauvaise fille, me dit-il. Non, réponds-je : elle est juste arrivée à son niveau d’incompétence. Et je ne dis pas : et elle a failli me tuer.

2 septembre

Hier soir, à la librairie Compagnie, Alexandre Gefen présente Histoire culturelle de l’IA dont il a dirigé la publication. De l’antiquite a aujourd’hui, ce qui crée le mythe et comment il s’accomplit. Un bel ouvrage illustré. Sa dédicace souhaite « refaire de l’IA un objet culturel ». Attelons-nous à la tâche.

3 septembre

Quelque chose qui change : la capacité à créer les outils d’écriture dont on a besoin pour un projet donné. Et mieux : possibilité de faire évoluer ces outils au fur et à mesure de l’avancée du projet et de l’évolution des besoins. La puissance disponible est colossale. Je n’ai pas l’impression que cette voie soit particulièrement explorée.

4 septembre

Le précipice au bord duquel on s’effondre ou l’on danse.

5 septembre

Le mot haine. J’ignore ce que c’est, concrètement. Un sentiment, une émotion. Haïr quelqu’un. Je ne suis même pas sûr de savoir ce que cela veut dire. Je ne crois pas avoir éprouvé de haine. Je peux remonter dans le flux du temps, aussi loin que possible. Je crois que j’ai toujours considéré que haïr était donner trop d’importance. Je suis bien plus facilement, capable d’indifférence ; au point que l’autre cesse d’exister. J’ai du mal avec un certain nombre de choses : la bêtise, l’injustice. Mais haïr ? Comment définir ce que ce serait ? L’antonyme d’aimer ? Je sais la place que prennent les gens que j’aime. Haïr serait donner autant d’importance… (comme souvent ici, j’écris au fil de la pensée, et à partir d’un mot) Je crois que si quelqu’un pense qu’on le hait, c’est surtout qu’il se donne de l’importance. De tout cela on peut sans doute faire de la littérature. Je vois ce qu’est un roman d’amour. Il faudrait que je me creuse pour imaginer un roman de haine. Cette difficulté à concevoir l’objet pourrait me tenter. Comme il m’est arrivé de commencer à écrire avec pour seul projet le roman d’amour, un jour écrire un roman de haine. Un Autoroute dont le moteur serait la haine de l’autre ? Pas simple à imaginer.

6 septembre

Chaque phrase de l’écrivain sera scrutée : il n’a le droit qu’au sublime. Il ne doit pas demander le sel sans qu’un frisson parcourt l’assistance ; les mots qu’il aura choisis ne sont pas ceux du commun. Le sel, bordel ! Passez lui le sel sans attendre qu’il ait écrit un roman.

7 septembre

Invité fin octobre à Abu Dhabi pour parler littérature et intelligence artificielle dans un colloque international. J’ai beau l’écrire, avoir lu mon nom dans le programme… je ne réalise pas très bien. La Sorbonne Abu Dhabi. Programme passionnant. S’attendre néanmoins à ce que la situation géopolitique joue éventuellement quelque tour pendable. Mais être invité… de diou.

8 septembre

Avoir fait table rase. Écrasé. Erasé. Le mot n’existe pas. C’est gommé. Effacé. Ecrasé. To erase. Il y a une erreur. Et puis quoi, après ? Il reste toujours quelques débris, de menues traces. Rien de comestible ou d’utilisable.

9 septembre

Le prochain roman sortira en février. Une étape dans ma façon d’écrire vers la façon d’écrire le suivant. Pour le lecteur, le livre existe seul, comme objet fini. Pour moi, cette fois (cette fois encore ?), c’est l’exploration d’une façon d’écrire. Ça ne compte pas à la lecture. 

11 septembre

Croisé hier soir Antoine Volodine, le temps de se serrer la main, et, surtout, de l’écouter, à la Maison de la poésie, sous le feu maîtrisé des questions d’Arno Bertina. En trois concepts qui trouvent leur écho : plaisir d’écriture, transe contrôlée, traumatisme par délégation. Humour, aussi. Le grand écrivain tel qu’en lui-même, et ça fait du bien. Nombreux auteurs, éditeurs, critiques dans la salle. Au nom des premiers, Arno a dit avec un trémolo à peine contenu l’émotion et la chance que nous avons de vivre en contemporains de l’œuvre post-exotique d’Antoine Volodine.

12 septembre

Certaines relations n’ont pas résisté à la traversée. C’est parfois du ménage qui se fait. La valeur se révèle dans la difficulté. Il y a ceux qui ont insulté (et parfois insisté), ceux qui se sont détournés, gênés, ceux qui ont fait comme s’ils n’avaient rien vu. Ceux qui attendaient, peut-être que la tempête soit passée. La maladie révèle. Il y a ceux qui ont été là. Ceux qui ont été au plus près. Et puis il y a toutes celles et tout ceux que j’ai laissé filer, accaparé par les nécessités de ma solitude. Quelques relations disparues dans la tempête sont des regrets qui, je le crains autant que je l’espère, m’accompagneront toujours. Mes fantômes. Présents au quotidien. Dans les ruines. Je n’ai pas su, pas pu ; je suis désolé. Je reconstruis avec vous, avec vos ombres dessinées dans la caverne.

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