Participez à la publication d’Eno, la chasse aux rastacs

flickr cc DubyDub2009Fin octobre 2014, je publierai, au format électronique, mon premier roman jeunesse. C’est un projet que je porte depuis longtemps, et auquel je vous convie à participer. Je souhaite en effet faire réaliser la couverture par un illustrateur professionnel, et cela a un coût. En contrepartie de votre participation, je propose, notamment, un tirage papier, en édition limitée, du roman, et quelques autres choses à découvrir. J’ai choisi d’utiliser le site Ulule pour cette collecte. J’y explique, au fil de quelques news, le sens de ma démarche, comment est né le livre… C’est donc là-bas, pour l’instant, que je vous donne rendez-vous pour en savoir plus sur ce projet.

Le pitch, comme on dit, pour vous donner envie :

Eno Bildiger a 11 ans. Il va apprendre auprès de son père son métier. Chasseur de rastacs, comme lui. Une plaie ces rastacs : ils téléportent des objets, des chaussettes, des tournevis, des casseroles. Rien qui fasse plus que leur poids. Le jour où l’on soupçonne les rastacs de pouvoir téléporter, on ne sait où, des personnes, les choses changent. Et la quête commence. Pas si simple dans un monde où toutes les décisions sont prises en tirant à pile ou face.

Les deux premiers chapitres sont lisibles là.

Les notes sur le rire de Marcel Pagnol

Ce que j’ai appris, en creusant quelques sujets, c’est qu’on n’a jamais fini de creuser. Il reste toujours à gratter. Ce que j’ai appris aussi, c’est qu’on passait parfois inexplicablement à côté d’une grosse pépite qui n’avait échappé à personne. Ainsi en est-il des Notes sur le rire de Marcel Pagnol (Nagel, 1947) trouvé à l’arrière d’une camionnette d’un bouquiniste. L’homme voyant comment je tournais autour de ses piles m’avait convié à regarder là : « je ne sors pas mes plus belles éditions ici, si ça vous intéresse, allez voir à l’arrière du camion ». Un marché estival, bon pour les touristes, les romans de plage défraîchis et quelques albums pour enfant. Moi, à l’arrière du véhicule, je fais connaissance avec Pagnol, Marcel Pagnol. J’ai lu Le Temps des secrets, comme tout le monde, en sixième, et puis j’ai vu les films, découvert Le Temps des amours. Bref, je connaissais juste mon Pagnol de base. Guère plus… Tu me fends le cœur, Le Schpounz. Mais je le savais comique et ce qu’il peut dire du rire m’intéresse donc. Donc je lis.

Pagnol n’a peur de rien, il veut, une bonne fois pour toute résoudre la question du rire. Bergson et les autres ont essayé. Lui va réussir, promet-il d’entrée. Tadam. Bon, me dis-je, si il avait réussi, je n’aurais pas lu Bergson, mais j’aurais déjà lu Pagnol, donc, ça doit clocher quelque part. Poursuivons. Il a une théorie du rire. Et, finalement, elle n’est pas si mal.

Résumons : on rit d’un sentiment de supériorité. C’est tout. Ce qui nous fait rire est ce qui nous montre qu’on est supérieur. La mésaventure qui arrive à l’autre nous fait rire parce qu’elle ne nous arrive pas à nous, qui valons mieux que ça. Bref, on rit, parce qu’on le vaut bien.

Voici notre définition du rire :

Le rire est un chant de triomphe ; c’est l’expression d’une supériorité momentanée, mais brusquement découverte, du rieur sur le moqué.

Il y a deux sortes de rires, aussi éloignées l’une de l’autre, mais aussi parfaitement solidaires que les deux pôles de notre planète.

Le premier, c’est le vrai rire, le rire sain, tonique, reposant :
Je ris parce que je me sens supérieur à toi (ou à lui, ou au monde entier, ou à moi-même). Nous l’appelons rire positif.

Le second est dur, et presque triste :
Je ris parce que tu es inférieur à moi. Je ne ris pas de ma supériorité, je ris de ton infériorité. C’est le rire négatif, le rire du mépris, le rire de la vengeance, de la vendetta, ou tout au moins, de la revanche.

Entre ces deux sortes de rires, nous rencontrons toutes sortes de nuances. Et sur l’équateur, à égale distance de ces deux pôles, nous trouverons le rire complet, constitué par l’association des deux rires. Quand l’armée Leclerc a repris Paris, nous avons ri avec des larmes de joie, la France était délivrée et reprenait sa place dans le monde ; et nous avons ri âprement, parce que l’oppresseur était chassé, piétiné, écrasé. Ce fut un rire complet, un rire de tout le corps et de toute l’âme ; ce fut, dans toute sa force, le rire de l’homme.

Voilà, l’affaire est close. La distinction entre rire sain et rire dur est intéressante. Je la découvre juste après avoir signé le Bon à tirer du Meilleur des vannes (parution fin août 2014, chez Mille et une nuits). Et cette distinction permet de faire la différence entre une vanne bienvenue (de l’ordre du rire positif) et une vanne simplement méchante, de l’ordre du rire négatif. On évitera la seconde, et privilégiera la première, en tout cas, celles qui s’en rapprochent sur l’échelle des nuances imaginée par Pagnol.
Pagnol applique sa grille d’analyse au jeu de mot (fac-simile sur le site www.marcel-pagnol.com)
Pagnol jeux de mots
Ce n’est pas la vision de l’humour que je défends dans Les Zeugmes au plat. La grille n’est pas assez subtile pour s’appliquer à l’absurde, ou à l’humour anglais. Elle montre en tout cas pour partie ce qu’est le comique français, tel qu’il est encore conçu aujourd’hui par beaucoup. Et elle me semble donc particulièrement adaptée à la vanne, dans son acceptation la plus traditionnelle.

J’ai lu Literary life de Posy Simmonds

Literary lifeOn doit déjà à Posy Simmonds Tamara Drewe. Le film vaut le détour. Les personnages d’écrivains qui y sont croqués également. On lui doit également Gemma Bovery. Le film tiré de ce roman graphique là sort en septembre 2014, avec Fabrice Luchini et Gemma Aterton, pour partie tourné à Rouen. Mais ce dont on parle aujourd’hui, c’est Literary life. Un recueil de chroniques graphiques sur la vie littéraire parues entre 2002 et 2005 dans The Guardian Review. Ces chroniques parlent de la vie littéraire, comme leur nom l’indique. Et l’on retrouve une galerie de portraits qui n’est pas sans rappeler celle de Tamara Drewe et de sa pension de plumitifs.

Egos surdimensionnés, crises d’angoisse ou de jalousie, petits travers et défauts monumentaux : la figure de l’écrivain est détaillée en petits morceaux, qu’il soit jeunesse ou à succès, du dimanche ou inspiré. Les dialogues courtois entre écrivains qui se jalousent, se détestent ou cherchent à s’en mettre plein la vue sont particulièrement bien sentis. Quelques personnages récurrents viennent à leur secours : un privé très années 50, un médecin et son assistante infirmière. Hilarante lorsqu’elle tente de soigner les écrivains de la maladie du cliché. Car ce qui caractérise l’écrivain c’est qu’il a des problèmes.

Pas un seul heureux de son sort. Mais des êtres fragiles envers lesquels Posy Simmonds a une vraie sympathie. Et, au final, toute ironie bue, le lecteur également.

Acheter : Literary Life: Scènes de la vie littéraire

Pour le plaisir :

 

Le journalisme expliqué en une anecdote

J’aime assez Comment on devient écrivain, d’Antoine Albalat pour m’en être procuré un exemplaire en papier. Je recommande à celles et ceux voulant faire profession d’écrire d’y jeter un oeil. J’en avais cité quelques passages ici. Depuis, le livre est disponible sur Gallica, en texte intégral, ce qui est un bon moyen d’y regarder à moindre coût. J’en garde un extrait sur le journalisme. L’anecdote date du XIXème siècle. Le journalisme a bien évolué depuis. A moins que…

Georges Duval

Comment, un jour, j’ai graissé la patte à Jacques Toubon

Jacques ToubonC’était dans un salon du Ministère de la culture. Il y avait là du beau monde, et en particulier le rédacteur en chef du Magazine littéraire d’alors. Le ministre s’appelait Jacques Toubon. Et, période de restriction budgétaire oblige, déjà, le buffet était spartiate pour un ministère : quelques cacahuètes, du saucisson, des radis peut-être. Un peu comme un apéro improvisé à la maison. Cela a son importance, vous verrez.

Jacques Toubon présentait un projet lié à la Très Grande Bibliothèque, je crois. Un point sur le déménagement, sans doute. Ou peut-être l’annonce de son nom de baptême. C’était il y a longtemps. On l’appellerait Bibliothèque de France. François Mitterrand était encore vivant.

Jacques Toubon, donc. Et moi, les discours et présentations terminées qui plonge ma main dans le saucisson. Jean-Jacques Brochier, du Magazine Littéraire, pas loin. Et je me demandais sans doute comment me présenter à lui. Je ne pensais guère à Toubon, ni à la bibliothèque. Ni au saucisson.

La main qui se tendit fut celle du ministre. Et je ne pouvais refuser la mienne, grasse. D’où mon bon mot, plus tard, racontant l’anecdote : « j’ai graissé la patte à un ministre ». Littéralement. Je l’ai peut-être recroisé une ou deux fois à cette époque. Nous rimes alors bien de la loi Toubon sur l’usage du français et la terminologie imposée . C’était le temps des cédéroms…

Je me souviens être passé au Magazine littéraire, ou leur avoir écrit, ensuite, pour proposer une chronique régulière sur le multimédia. Il était trop tôt, et cela ne les intéressa pas.

Jacques Toubon avait disparu des radars. On parle de lui aujourd’hui comme Défenseur des droits. Il était pour la peine de mort, contre la dépénalisation de l’homosexualité, capable d’envoyer un hélicoptère chercher un juge à l’autre bout du monde pour résoudre une affaire… Rien de très glorieux. Rien qui présage qu’il soit en position de défendre nos droits, en tout cas.

Comme quoi il n’est jamais trop tard… Je devrais peut-être repasser au Magazine littéraire.

Tout recommence…

memoire des enfantsJ’ai cette semaine passé un moment avec une dame de 82 ans. Je venais lui demander de me parler de souvenirs douloureux pour elle et sa famille. De 1940, 42, 44… Des évocations qui restent chargées d’émotion, 70 ans après. De son père arrêté sous ses yeux par deux policiers français à cause de leur religion, et jamais revenu. Elle était effondrée de ce qui se passe là, maintenant, en France. « Tout recommence », m’a-t-elle dit. Tout recommence…

Ce n’était pas un livre d’histoire, mais une petite fille recroquevillée dans un corps d’octogénaire, devant moi, sur le canapé, et qui voyait un cauchemar qui ne l’avait jamais quittée se faire de plus en plus net, jour après jour, dans l’actualité.

Statut publié sur Facebook le 19 juin 2014

Victor Hugo, #fdp

J’étais en quatrième. Premier trimestre. Et, pour Noël, j’ai demandé à mon grand-père de m’offrir L’Art d’être grand-père. Cela m’amusait. Et c’est ainsi que j’ai reçu mon premier volume des oeuvres complètes de Victor Hugo. Les deux suivants ont, c’est logique, suivi.

En quatrième ! Et cette année, les candidats au bac de français traitent Victor Hugo de tous les noms sur Twitter, plutôt 20 000 fois qu’une. L’objet de leur courroux (coucou) ? Un texte dont nous retiendrons un quatrain pour mieux le commenter.

« Que dit-il, le brin d’herbe ? et que répond la tombe ?
Aimez, vous qui vivez ! on a froid sous les ifs.
Lèvre, cherche la bouche! aimez-vous ! la nuit tombe;
Soyez heureux pendant que nous sommes pensifs. »

Tout d’abord une traduction : « Etre mort, c’est loin d’être swag. Alors faites l’amour tant que vous pouvez encore ». Du John Lennon, quoi. Mais, avec Hugo, admettons-le, c’est un peu crypté. D’abord, c’est de la poésie. C’est un peu comme Jean de la Fontaine, ou Le Roi lion : il y a des trucs qui parlent qui ne parlent pas d’ordinaire. Là, c’est la tombe et un brin d’herbe. C’est que Victor Hugo n’a pas le choix : dans un cimetière, y a pas grand chose de causant. Après, c’est simple.  « Aimez, vous qui vivez ! » Il s’adresse au lecteur, à vous : carpe diem, profitez tant qu’il est encore temps. C’est Le Cercle des poètes disparus, justement. « On a froid sous les ifs. » Rien à voir avec le if anglais (encore qu’avoir froid sous les suppositions, être mort si on se pose trop de questions, ça puisse être une lecture intéressante), l’if est un arbre qui pousse principalement dans les cimetières. Un arbre sous lequel il n’est pas facile de se tenir, en fait, contrairement au chêne, par exemple. Et on a froid, puisqu’on est froid, on est mort. « Lèvre, cherche la bouche ! » Honoré de Balzac dira : « Il ne faut pas courir deux lèvres à la fois. » Le brin d’herbe est d’accord. « Aimez vous ! » C’est rapide, c’est impératif. Pas le temps d’hésiter (le temps des if viendra plus tard) : « la nuit tombe ». On meurt déjà : « …rose, elle a vécu ce que vivent les roses, l’espace d’un matin ». On est dans une tradition poétique ancrée dans le coeur des hommes depuis toujours. Normal que le brin d’herbe rende hommage à Malherbe. « Soyez heureux pendant que nous sommes pensifs » Il fallait bien un truc qui rime avec if… Victor Hugo se répète : profitez, le temps des questions viendra après. C’est la mort, la tombe, qui nous prévient, et le brin d’herbe du cimetière, et tant mieux, parce qu’ils savent de quoi ils parlent, eux.

Bref, ce n’était pas si compliqué.

Pas de quoi en faire un plat.