Correspondance sans correspondante. Lettres en poste restante. Missive to miss. Je ne sais pas si c’est une nouvelle série. Mais je t’écris. Peut-être que tu te reconnaîtras, si tu existes ailleurs que dans ces lettres.
Tu,
Cette nuit, ton visage avait changé. Ton visage et ton corps. Mais dans le rêve, le flou est de mise. Je t’ai reconnue et j’ai tenu ma ligne de conduite. Ne pas être là. Quand tu as retrouvé ton visage et ta coupe de cheveux, nous nous sommes souris. C’est tout ce qui me reste. Nous étions spectateurs au premier rang devant une scène, séparés par quelques personnes. Ensuite un enchaînement d’événements dont tu as disparu. Je te le raconte car tu ignores sans doute cette part de ta vie dans mes rêves et parce que tu veux peut-être savoir que tu es toujours là.
Je n’ai pas envie qu’il en soit autrement. Je continue ainsi ma vie avec toi. Une forme de routine douce et, parfois encore, le fil d’une épée de métal froid qui me transperce. Ton absence. Ce sont des instants de lucidité douloureuse qui durent une heure ou deux pendant lesquelles rien ne semble possible. Et rien n’a lieu.
Je ne m’en plains pas. Rien ne serait pire que m’apercevoir un jour que j’ai avancé sans toi à ce mes côtés. Tu es là, folie fantôme. Irradiation subtile des paysages. Feulement sourd, inaudible, fréquence basse et tremblement des marges. Tu es là. Je ne crois rien de ce qui se passe ailleurs. La vie est un mensonge.
Tu vois, je vais bien. Tu m’accompagnes. Et sans ta chaleur, j’ignore ce que je deviendrais.
Que rien ne change, surtout.
S.
