Le futur archiduc de Caixa tomba éperdument amoureux d’une vendeuse de pommes de son âge. Il avait une quinzaine d’année et séjournait depuis quelques jours dans une ville moyenne, cherchant le moyen de rejoindre une capitale d’où il espérait mettre le cap vers une frontière. Il avait alors l’impression d’avoir cent fois vécu cette aventure. Il repéra la carriole du marchand de pommes, qui allait chaque semaine au marché. Carriole conduite par une jeune fille de son âge, sourire, dents blanches, pommettes, yeux rieurs, cheveux à la garçonne et grâce peu commune au moindre de ses déplacements. En faut-il plus pour faire chavirer un garçon de quinze ans ? Il acheta chaque matin des pommes huit jours de suite, ajoutant quotidiennement aux compliments de la veille. Cela n’y changeait rien. Chaque jour elle offrait exactement le même sourire, les mêmes questions, et le même bonne journée souhaité avec le même entrain. Aucune chance qu’il voyage un jour vers la capitale aux côtés de la donzelle et qu’elle lui accorde le moindre baiser. Le futur archiduc était amoureux, mais avait le sens du devoir. Il devait avancer, alors il avança. Et la marchande de pommes resta pour toujours une simple marchande de pomme. Et un regret dans la mémoire de l’archiduc.
