L’archiduc de Caixa croisa une fine équipe de brigands dont il se crut l’ami. Et il se réjouissait de mêler sa voix aux leurs : il s’agissait de participer aux rondes narratives du pays où l’on racontait des histoires. L’équipe de conteurs qui remportait la ronde organisait la ronde suivante dans son village et ainsi de suite, année après année, dans ce pays où les poètes et les chamans étaient vénérés. L’Archiduc fit donc une pause sur son chemin vers l’archiduché, le temps d’un tournoi poétique. Quelle ne fut sa désillusion lorsqu’il s’aperçut qu’aucun membre de son groupe ne portait la moindre attention à ses propos ! Il avait des conseils à donner et, lui semblait-il, connaissance de contes et de légendes parmi les plus beaux qu’on eut jamais racontés à travers tous les pays qu’il avait arpentés. Pourtant, quoi qu’il propose, on faisait autre chose et de ses préconisations personne ne tenait compte. Tant et si bien qu’il abandonna la partie avant la joute. Honteux de ne rien savoir offrir… ce qu’il avait à dire ne valait rien, et c’était à se demander même s’il avait la moindre capacité pour un discours, un fabliau, une simple réplique. Il en conçut une véritable mélancolie qui le tint alité de longues semaines. Le fait que la bande de drilles qui n’avait su tirer partie de ses propositions se classe bonne dernière de la joute ne le rassura même pas sur ses capacités. Il lui faudrait bien longtemps pour reprendre confiance.
