La ville de Bursifiane avait grandi au cœur d’une forêt luxuriance, s’arrangeant de l’implantation des shihuahuacos, des acajous, des tornillos, des cèdres blancs. Chacun de ces arbres vit plusieurs siècles, et parfois un millénaire, voyant naître vivre et mourrir des générations d’autochtones. Le futur Arciduc de Caixa apprit au cours de son séjour que les véritables habitants de la ville n’étaient donc pas les hommes et les femmes qui grouillaient au sol, mais les plantes elles-mêmes. Les êtres humains qui s’étaient installés là, dans des huttes ou des palais de terre séchée, n’avaient qu’une priorité : les arbres, des racines à la canopée. Chaque décision d’aménagement ou d’implantation était prise en fonction d’un cadastre informel qui donnait, quoi qu’il arrive, la priorité aux arbres. Pour peu que l’un d’eux meurent, c’était des cérémonies à n’en plus finir, lors desquelles ont brûlait jusqu’au moindre branchage du défunt, et les plus grandes fêtes avait lieu à l’occasion de rares plantations, ou de la découverte d’une jeune pousse portant en elle la promesse d’un géant de 40 mètres. Deux jeunes gardiens se postaient alors près de l’arbrisseau et seraient relevés à leur mort, et ainsi de suite jusqu’à ce que tronc atteigne enfin 10 mètres.
