Site icon Sébastien Bailly

416 – Correspondance 22

Correspondance sans correspondante. Lettres en poste restante. Missive to miss. Je ne sais pas si c’est une nouvelle série. Mais je t’écris. Peut-être que tu te reconnaîtras, si tu existes ailleurs que dans ces lettres.

Tu,

Comment as-tu fait pour disparaître à ce point ? Lorsque je croise certains sourires, mon cœur se noue toujours. Il ne suffit pas que tu t’effaces. Il faudrait gommer du paysage celles qui ont tes yeux, ta coupe de cheveux, cette hospitalité dans le regard, cette façon bravache de se redresser face aux contrariétés.

Tu te redresses toujours ? Tu n’as pas baissé les bras ? Tu ne baisses pas les yeux ?

Elles portent parfois ce manteau, cette robe. Et c’est parfois le détail d’une démarche, d’une nuque, d’une jambe croisée sur l’autre.

Évidemment, ce n’est que ça. Il n’y a rien de plus qui puisse revenir que ces éclats. Mais ça me percute aux moments les plus inattendus et ma volonté n’y peut rien. Ça me broie le cœur. Littéralement.

Elles ne voient pas la brume se densifier à leur passage, légères, aériennes. Elles m’ignorent lorsque je me recroqueville dans l’angle d’un immeuble, quand je me tasse au fond d’une banquette. Que pourraient-elles deviner ?

Elles se redressent, courent au prochain rendez-vous, et, dans leur sillage, tout ressemble un peu plus au printemps.

Je ne suis plus rien. A peine une respiration. Heureux malgré tout d’avoir approché par hasard un reflet que je n’espère plus.

Elles n’ont de toi qu’une facette, et c’est déjà trop de te savoir dans le kaléidoscope des inconnues qui croisent mon chemin.

Rien n’est plus douloureux qu’une foule où je te retrouve à force de détails éparpillés de l’une à l’autre.

Je rentre essoufflé, incapable de rien d’autre que ces mots. Des éclairs scintillants sur ma cornée. Je t’ai presque vue et c’est déjà trop.

S.

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